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Condamné à payer Piccini 76 milliards FCFA, l'État lâche encore 3,45 milliards FCFA pour calculer le prix des finitions

6 sept.
4 min de lecture

Dernière mise à jour : 9 sept.


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COMPLEXE SPORTIF D’OLEMBE

Alors que le Groupe italien Piccini vient d’arracher une victoire cinglante face à l’État du Cameroun devant les tribunaux internationaux, l’ONIES dégaine un nouveau chèque de plus de 3,4 milliards FCFA. Non pas pour poser une seule brique de l'hôtel ou de la piscine olympique, mais pour... « assister » la maîtrise d’ouvrage. Plongée au cœur d'un gouffre financier où les sous-traitants locaux étouffent, pendant que la facture globale frôle désormais des hauteurs vertigineuses.


Dans la mythologie contemporaine des grands chantiers camerounais, le Complexe sportif d’Olembé occupe une place de choix, quelque part entre la caricature administrative, le mirage architectural et l’abîme budgétaire. Alors même que les projecteurs de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN 2021, disputée en 2022) sont éteints depuis près de quatre ans, la cuvette de 60 000 places continue de dévorer les deniers publics avec une voracité déconcertante. Le dernier épisode en date de ce feuilleton rocambolesque porte la signature de François Félix Ewane, administrateur de l’Office national des infrastructures et équipements sportifs (ONIES).

Le 24 juillet 2026, à la faveur d’une décision mûrie dans le secret des cabinets ministériels, l’ONIES a attribué un marché de 3 455 030 250 FCFA TTC à l’entreprise AMA Consultants. Vingt mois de prestation payables en trois tranches, adoubés au préalable par le ministère des Marchés publics (MINMAP). Mais attention au trompe-l’œil : cette coquette somme tirée des caisses de l'État ne servira pas à couler le moindre mètre cube de béton, ni à poser le premier carreau de la piscine olympique abandonnée aux herbes hautes. Non. Il s’agit exclusivement d’un marché d’« assistance à maîtrise d’ouvrage ». En clair : le contribuable camerounais débourse plus de 3,45 milliards FCFA pour qu’un cabinet privé explique à l'administration comment achever ce qu’elle n’a jamais su conduire à terme.


Le couperet de l'arbitrage international : la note réelle de l'éviction de Piccini

Cette nouvelle rallonge financière intervient dans un climat de déroute juridique et budgétaire totale. La sentence arbitrale internationale rendue dans le contentieux opposant l’État du Cameroun au Groupe italien Gruppo Piccini est venue rappeler la note salée des décisions précipitées. Si les rumeurs initiales évoquaient des montants astronomiques frôlant les 250 milliards FCFA, le décompte chirurgical fixé par le tribunal arbitral au 4 septembre 2026 établit l'addition minimale à 76,34 milliards FCFA. Dans le détail, la sentence fixe l’indemnité principale en capital à 78,5 millions d’euros (soit 51,49 milliards FCFA). À cela s’ajoutent 2 860 394,50 euros au titre de 70 % des frais juridiques exposés par Piccini, ainsi que 157 427,55 dollars américains représentant 70 % des frais d’arbitrage. Au taux de change du 4 septembre 2026 (1 € = 1,1622 $), ces frais annexes culminent à environ 1,97 milliard FCFA.


Pascaline Maguine Ekombe Wanki, Administrateur adjoint;  Joseph Antoine Bel,, Président du Comité d'orientation et  François Félix, :Administrateur de l'ONIES
Pascaline Maguine Ekombe Wanki, Administrateur adjoint; Joseph Antoine Bel,, Président du Comité d'orientation et  François Félix, :Administrateur de l'ONIES

Le véritable poison financier réside dans les intérêts pré-sentence, arrêtés au taux composé annuel EURIBOR 6 mois augmenté de 4 %, courant du 29 novembre 2019 au 4 septembre 2026. L’EURIBOR ayant fortement progressé — passant de zones négatives entre 2019 et 2021 à des moyennes de 3,694 % en 2023, 3,488 % en 2024, 2,204 % en 2025 et environ 2,453 % en 2026 —, la facture des intérêts s’élève à elle seule à 34,9 millions d’euros, soit 22,88 milliards FCFA. Évincé sans ménagement en 2019 au profit des Canadiens de Magil Construction qui ont eux-mêmes fini par claquer la porte sur fond d’impayés et de récriminations croisées, Piccini vient de transformer l’amateurisme contractuel des autorités locales en un sinistre financier majeur. Pendant ce temps, sur le site d'Olembé, l’hôtel 4 étoiles promis reste une structure spectrale, le centre commercial relève du mirage et les terrains annexes subissent les outrages du climat tropical. Le coût global de l’ouvrage, qui dépassait déjà les 200 milliards FCFA, s'envole vers des sommets surréalistes.


Les sous-traitants locaux dans la nacelle du désespoir

Mais le drame d’Olembé ne se joue pas seulement dans l’enceinte feutrée des cours d'arbitrage européennes. Sur le terrain, au milieu de la poussière de la banlieue nord de Yaoundé, la réalité est celle d'un tissu économique local dévasté. Dans l'ombre des prétoires, des dizaines de petites et moyennes entreprises (PME) camerounaises sous-traitantes se retrouvent asphyxiées, essorées, agonisantes. Depuis l’arrêt brutal des travaux à grande échelle, ces prestataires locaux réclament en vain le règlement de leurs factures pour des travaux pourtant exécutés. Plusieurs structures ont déposé le bilan ; leurs promoteurs, ruinés, se retrouvent traqués par leurs propres banquiers et créanciers.

L’histoire d’Olembé est jalonnée de ces ouvriers travaillant sans contrat formalisé, réclamant leurs arriérés sous un soleil de plomb dès 2018, alternant débrayages et promesses ministérielles sans lendemain. Huit ans après le lancement du chantier, alors que le stade principal ne sert plus qu'à héberger d'occasionnelles rencontres sportives, la méthode d'État reste inchangée. En confiant 3,45 milliards FCFA à AMA Consultants pour une simple mission de conseil et de surveillance, l’ONIES pose une question terrifiante : si la simple assistance à la décision coûte plus de trois milliards de francs, quel sera le coût réel du dernier coup de peinture sur les ruines du complexe ? À Yaoundé, la leçon demeure constante : les grands chantiers ne s'achèvent jamais, ils se refinancent à perpétuité.

Mathieu Nathanaël NJOG

Journaliste d'Investigation, Grand Reporter & Analyste des Questions Sportives

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