Encore 87 milliards de FCFA pour que les investissements massifs du PAEPYS ne soient un éléphant blanc
- Mathieu Nathanael NJOG

- 26 juin
- 4 min de lecture
YAOUNDÉ
Le 25 juin 2026, à Minkoameyos, localité périphérique de la cité aux sept collines, le Ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a sacrifié au rituel : la pose de la première pierre de la reconfiguration du système d’alimentation en eau potable de la ville de Yaoundé. Montant de l'ardoise : 87 milliards de francs CFA. Objectif officiel : Sortir la capitale politique de son stress hydrique chronique et raccorder la périphérie (Soa, Mbankomo, Mfou, Nkomo). Décryptage d'un chantier sous haute tension.

Le Ministre de l'Eau et de l'Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a procédé, ce jeudi 25 juin 2026 à Minkoameyos, à la pose de la première pierre du projet de reconfiguration du système d'alimentation en eau potable de Yaoundé. Mais derrière le faste des discours et la formule choc du Minee affirmant que « l’eau potable pour tous n’est plus une promesse, c’est une réalité en marche », se cache une équation economico-technique complexe que la Camwater et son Directeur Général, le Dr Blaise Moussa, vont devoir résoudre au pas de course. Pour comprendre la pertinence, et surtout l’urgence absolue de ces travaux de 87 milliards de FCFA confiés aux entreprises ASPAC Technics et au Groupement Putman-Phoenix Environnement, il faut plonger dans les méandres du grand projet qui l’a précédé. Pendant des années, l’argument massue des autorités tenait en un acronyme : le PAEPYS (Projet d’Alimentation en Eau Potable de la ville de Yaoundé et ses environs à partir de la Sanaga). Ce méga-projet, véritable serpent de mer infrastructurel, est enfin entré dans sa phase opérationnelle, injectant théoriquement 300 000 m³ d’eau par jour (extensibles à 400 000 m³) dans le circuit. De quoi, sur le papier, couvrir les besoins de Yaoundé jusqu’en 2040. Seulement voilà, la réalité macroéconomique s'est heurtée à une dure loi physique : on ne peut pas déverser un océan d'eau dans des tuyaux corrosifs, percés ou inexistants.
Le PAEPYS produit l'eau en abondance depuis le fleuve Sanaga, mais le réseau de distribution de Yaoundé, vétuste, obsolète et largement sous-dimensionné, était incapable d'acheminer cette manne jusqu'aux ménages. C’est le fameux « paradoxe de la Sanaga » : l’eau est là, mais les robinets restent secs. La cérémonie de lancement des travaux organisée en grande pompe n’est donc pas une simple extension de prestige, c’est une opération de sauvetage industriel visant à reconfigurer un réseau obsolète pour que les investissements massifs du PAEPYS ne soient pas définitivement engloutis dans le sol friable du Mfoundi sous forme de pertes techniques. Le marché, étalé sur une durée d'exécution contractuelle de 36 mois (soit trois ans de patience imposés aux Yaoundéens), affiche une facture salée. Que contiennent réellement ces 87 milliards de FCFA ? Les cahiers de charges évoquent la construction de cinq stations de reprise et de trois grands réservoirs d'une capacité additionnelle globale de 13 250 m³. Le cœur du réacteur réside également dans la pose de 160 kilomètres de nouvelles canalisations et le raccordement de 30 000 nouveaux ménages. La capitale sera un grand chantier de boue et de poussière selon la saison avec les pelleteuses et les pioches qui vont creuser le long des voiries urbaines non sans détruire le bitume rare où il en existe déjà et surtout les chantiers de constructions, d’aménagement et d’entretien des routes nouvellement livrés.

Le coût de la modernisation et le défi des délais
Mais l’innovation majeure qui suscite l’intérêt des analystes économiques reste l’intégration annoncée d’un système moderne de télégestion. Au Cameroun, la CAMWATER perd chaque année des milliards de FCFA en « eau non facturée », victime des fuites non détectées et des raccordements frauduleux. Introduire de la technologie numérique pour manager le réseau à distance est une nécessité managériale que le DG Blaise Moussa, en manager moderne, tente d’imposer. Reste à savoir si la maintenance suivra, dans un contexte où les budgets de fonctionnement des entreprises publiques camerounaises sont souvent dévorés par la bureaucratie. Une lecture attentive de la tribune officielle de Minkoameyos permettait de décoder la géopolitique financière derrière ce projet. Aux côtés de Gaston Eloundou Essomba et du PCA de la Camwater, on notait la présence remarquée de Son Excellence Alain Leroy, Ambassadeur du Royaume de Belgique, ainsi que des représentants d'intérêts italiens. Ce n'est pas un hasard. La reconfiguration du réseau de Yaoundé est le fruit de négociations serrées avec les partenaires techniques et financiers européens. Pour la Belgique et ses entreprises spécialisées (à l'instar d'ASPAC), le marché de l'eau camerounais est une vitrine commerciale stratégique. Pour Yaoundé, c'est une bouffée d'oxygène financière, même si cela alourdit la dette bilatérale. Le gouvernement camerounais multiplie d'ailleurs les fronts : entre le Projet de Sécurité de l'Eau (SEWASH), et le futur méga-projet d'approvisionnement en eau potable de Douala, l'exécutif est engagé dans une course contre la montre face à l'explosion démographique urbaine.
Si le Ministre de la Fonction Publique et de la Réforme Administrative, Joseph LE, le Gouverneur de la Région du Centre et le Préfet du Mfoundi étaient présents pour donner une onction solennelle à l'événement, le véritable test commence maintenant pour le MINEE et la CAMWATER, respectivement Maître d'ouvrage et Maître d'ouvrage délégué. Gaston Eloundou Essomba n’a d’ailleurs pas manqué d’exhorter les entreprises adjudicataires au « strict respect des délais contractuels ». Une mise en garde qui sonne comme un aveu de frilosité. Au Cameroun, les projets d'infrastructure ont la fâcheuse tendance à glisser dans le temps, se transformant souvent en avenants financiers successifs qui gonflent les budgets initiaux. 36 mois, c'est long pour des populations asphyxiées par les coupures intempestives, et c'est court pour poser 160 km de conduites dans un tissu urbain anarchique comme celui de Yaoundé. Le MINEE a également appelé les citoyens au « civisme et à la compréhension » face aux désagréments des chantiers (routes éventrées, embouteillages). Une formule polie pour dire aux Yaoundéens que pour boire l'eau de la Sanaga en 2029, il faudra accepter d'avaler la poussière des travaux dès 2026. La pose de la première pierre à Minkoameyos est un acte politique fort, prescrit, rappelle-t-on, par le Chef de l’État, Paul Biya. Mais sur le terrain de l'économie réelle, le succès de cette reconfiguration ne se mesurera pas au volume de béton coulé sous les applaudissements des officiels. Il se mesurera au compteur des 30 000 nouveaux abonnés et à la régularité du précieux liquide dans les robinets. Rendez-vous est pris dans 36 mois. D’ici là, notre rédaction gardera l’œil ouvert.
Mathieu Nathanaël NJOG



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