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La jungle du béton armé et les destructions à la tête du client de la CUD

DOUALA

À Douala, l’immobilier ne tue plus seulement le paysage ; il tue, au sens propre, ses habitants. Dans la capitale économique du Cameroun, le béton est devenu une loterie macabre où les dés sont pipés par l’appât du gain, l’incivisme des promoteurs et la complicité passive pour ne pas dire tarifée de ceux qui ont la charge de nous protéger.




Le mercredi 3 juin 2026, aux environs de 16 h 30, le verdict est tombé à Bépanda Omnisport. Un immeuble d’habitation de type R+3, encore en chantier, s’est effondré comme un château de cartes. Le bilan officiel, communiqué deux jours plus tard par le Maire de la Ville, le Dr Roger Mbassa Ndinè, fait état de trois rescapés extraits des décombres par les sapeurs-pompiers et, hélas, d'une victime humaine. Une vie de plus sacrifiée sur l'autel de la cupidité urbaine. Pourtant, ce drame porte les stigmates d'une chronique d'une mort annoncée. Le chantier de Bépanda avait été formellement mis sous scellés le vendredi 29 mai 2026 par la Police Municipale de la Communauté Urbaine de Douala (CUD). Mais au mépris des lois, des décrets de 2016 fixant les règles d’utilisation du sol, et des rappels à l'ordre administratifs, le promoteur a brisé les scellés pour poursuivre ses travaux clandestins. Une violation manifeste qui interroge : comment un chantier scellé peut-il continuer à vibrer au son des truelles sans que personne ne s'en émeuve à la municipalité ? Jusqu’à ce jour silence radio sur le sort du Maitre d’ouvrage.

72 heures plus tard, au quartier New-Bell Bamoun, un autre immeuble R+5 s’est aussi effondré sans faire perte en vie humaines, mais beaucoup de dégâts matériels pour les occupants. Que ce soit les commerces ou les habitants. Pendant que Bépanda pleure ses morts, et les victimes de New-bell Bamoun comptent versent des larmes sur les énormes pertes, le quartier Bobongo 2 (Bloc 1), juste derrière l'immeuble Bilbao et en face de Vision Confort, retient son souffle. Un autre monstre de béton, un R+5 de l'avis des riverains terrifiés, s'incline de jour en jour, menaçant de s'écrouler sur les habitations voisines. Ici, le scénario est identique, mais le vernis institutionnel craque de toutes parts. Certes, les services de l'urbanisme ont officiellement classé l'édifice parmi les « immeubles menaçant ruine » et la police municipale y a apposé ses scellés. Le Maire de la Ville annonce à grand renfort de communiqués le déploiement d’équipes techniques pour sensibiliser les populations et planifier une démolition « dans les meilleurs délais ». Mais sur le terrain, la réalité est plus sombre. Dans une correspondance poignante adressée aux lanceurs d’alerte, les riverains dénoncent une vérité que les rapports officiels passent sous silence : « Nous avons alerté les agents de la communauté urbaine qui sont passés plusieurs fois (...) ils n’ont rien fait et rien dit, ils ont plutôt pris de l’argent tout en leur laissant continuer cette construction qui fait peur à tout le monde. »  Le voilà, le véritable ciment des drames de Douala : le billet de banque qui achète le silence des contrôleurs. L'anarchie architecturale ne prospère pas par ignorance des textes — notamment la loi n°2004/003 du 21 avril 2004 régissant l’urbanisme au Cameroun — mais parce que le contrôle technique est devenu un fonds de commerce pour certains agents véreux.



Le chiffre noir : 500 bombes à retardement

Face à ce péril systémique, la CUD tente de bander les muscles. On se souvient de l'opération commando menée dans le quartier Bonadibong, où un immeuble vétuste datant des années 60-70, situé en plein virage près de l’ancien cinéma Le Berlise, avait été ecrasé par la pelleteuse sous la protection du Groupement Mobile d’Intervention (GMI) N°2. Il en est de même de l’immeuble de l’ancien Institut Polyvalent Privé Njo-Njo de Bonadouma. Ce jour-là, avocats, commerçants et agences de communication, berf tous les ocupants avaient dû vider les lieux à l'emporte-pièce, sous le vrombissement des moteurs. Si cette destruction entrait dans le cadre des instructions gouvernementales post-effondrement de l'immeuble R+4 de Mobil Guinness, elle avait mis en lumière un autre phénomène pervers : la spéculation foncière. Les locataires délogés soupçonnaient ouvertement le bailleur d'avoir orchestré la vétusté de l'immeuble pour revendre cette parcelle hautement stratégique à des « prédateurs fonciers », impatients d'y dresser des complexes luxueux.

Les services déconcentrés du Ministère de l'Habitat et du Développement Urbain (MINHDU) ainsi que du MINDCAF estiment à près de 500 le nombre d'immeubles menaçant ruine ou construits au mépris du plan d’occupation du sol dans la seule ville de Douala. Une quinzaine seulement ont été neutralisés. Le Maire Roger Mbassa Ndinè a beau marteler que c'est « la fin de la récréation » et brandir le Guichet Unique de Facilitation de la CUD pour inciter à l'obtention des Permis de bâtir, le compte n'y est pas. La bureaucratie s'agite, les communiqués radio-presse s'empilent, mais les immeubles continuent de pencher, les dalles aussi ne cessent de tomber dans les chantiers. Tant que les scellés de la Communauté Urbaine de Douala saigneront sous les coups de boutoir de la corruption, tant que les promoteurs véreux sauront quel montant glisser dans la poche du contrôleur pour continuer à couler des dalles sans fouilles préalables, les populations de Douala dormiront la peur au ventre. À Bépanda, le béton a parlé. À Bobongo, il prévient. A Mobil Guinnes, il a fait des morts et des disparus. Qu'attend la CUD pour couper les mains de ceux qui monnaient nos vies ?




Mathieu Nathanaël NJOG

 
 
 

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