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La paix des braves de la FIFA et la FIFPRO qui ne va pas plaire à la FECAFOOT

FOOTBALL MONDIAL

On les disait à couteaux tirés, engagés dans une guerre de tranchées juridiques qui menaçait de faire sauter le système des transferts et de paralyser le calendrier international. Les prophètes de l’apocalypse du ballon rond savouraient déjà le spectacle d’un sport business sombrant dans l’anarchie des tribunaux civils. Patatras ! À la veille du coup d’envoi de la Coupe du Monde de la FIFA 2026, l’instance faîtière du football mondial, basée à Zurich, et le syndicat mondial des joueurs (FIFPRO) ont choisi de doucher les ardeurs des amateurs de sensationnel.



Par un coup de théâtre dont le football a le secret, Gianni Infantino et Sergio Marchi ont paraphé un accord historique, qualifié sans ambages de « nouvelle ère de la gouvernance ». Un protocole d’accord contraignant, effectif immédiatement et verrouillé jusqu’au 31 décembre 2031. Six ans de paix armée, ou plutôt de cohabitation intelligente, qui redistribuent les cartes du pouvoir. Pour comprendre la portée de ce séisme institutionnel, il faut lire entre les lignes de ce pacte qui s'apparente à un véritable traité de Westphalie du football professionnel. Qu’abandonne la FIFPRO sur l’autel de la réconciliation ? Rien de moins que son arsenal de guerre judiciaire. L'accord stipule l'obligation pour le syndicat mondial, ses divisions continentales et l'ensemble de ses syndicats membres, de retirer sans délai toutes les procédures judiciaires intentées à l'encontre de la FIFA. Mieux, la FIFPRO s’interdit à l'avenir d'intenter ou de soutenir la moindre action en justice en dehors du cadre réglementaire du football. Une reddition ? Non, une monnaie d'échange hautement stratégique. En contrepartie de cet armistice, les footballeurs professionnels obtiennent ce qu’ils réclamaient en vain depuis des décennies : une chaise (et une voix) à la table où se partagent les milliards et se décident les calendriers. C'est la naissance de la Plateforme mondiale de dialogue social, une structure inédite présidée et administrée par la FIFA.

 

L’art du compromis : Armistice judiciaire contre droit de cité

Désormais, la relation entre les employeurs (les puissantes Ligues via la World Leagues Association et les clubs via l'European Football Clubs) et les employés (les joueurs) est institutionnalisée sous l'arbitrage de la FIFA et des confédérations. Cette plateforme ne sera pas une simple chambre d'enregistrement ou un salon de thé pour dirigeants en costume trois-pièces. Elle fonctionnera avec trois groupes de travail thématiques aux pouvoirs élargis : - Le système des transferts et les questions réglementaires ; - Le système national de transferts et l’accompagnement du dialogue social ; - Le bien-être des joueurs, la santé et la sécurité au travail. Ainsi, tout futur amendement au sacro-saint Règlement du Statut et du Transfert des Joueurs (RSTJ) devra obligatoirement obtenir l’approbation conjointe des partenaires sociaux. Finis les oukases de Zurich tombant du ciel ; place à la cogestion. La grande nouveauté réside également dans l'infiltration – consentie – de la FIFPRO dans les arcanes les plus secrètes de la FIFA. Des représentants des joueurs siégeront désormais au Tribunal du Football, dans les organes juridictionnels, dans les commissions permanentes, et au sein de la Sous-commission des Droits humains et du Développement durable. Le Saint des Saints, le Conseil de la FIFA, ouvre également ses portes à la FIFPRO, qui y jouira d’un statut d'observateur avec droit de parole.



Cette diplomatie interne vise un objectif majeur : réguler la charge de travail des athlètes. Alors que les cadences infernales imposées par les nouvelles formules des compétitions faisaient grincer des dents, la FIFA s'engage à ce que les décisions affectant la santé des joueurs soient prises sur la base d'un processus structuré et collaboratif. En clair, les vacances, les périodes de repos obligatoires et la reconversion professionnelle deviennent des sujets de négociation collective. Sur le plan financier, l'accord ne manque pas de substance. Le Fonds de la FIFA pour les joueurs professionnels – qui indemnise les footballeurs victimes de salaires impayés par des clubs défaillants ou véreux – se voit doté d'une enveloppe de 20 millions de dollars américains (soit environ 10 milliards de francs CFA) pour le cycle 2026-2029. De quoi offrir un filet de sécurité à des milliers de professionnels évoluant dans des championnats économiquement fragiles. De plus, une part « juste et appropriée » des dotations des compétitions seniors de la FIFA sera directement allouée aux joueurs participants, tandis qu'un cadre mondial de normes minimales sera édicté pour les équipes nationales féminines. « Ce sont les joueuses et les joueurs qui façonnent ce sport que nous aimons tant, et il est de notre devoir d’assurer leur protection », s’est félicité Gianni Infantino, jouant la carte du président protecteur et moderne.

 

L’effet boomerang : Le camouflet de Zurich pour Tsinga

Tandis que, David Terrier, figure de proue de la FIFPRO Europe a rappelé que les actions syndicales « ne visaient jamais la confrontation », justifiant ainsi le retrait immédiat de toutes les plaintes. Si à Zurich et Paris on débouche le champagne pour célébrer cette paix des braves, du côté de Yaoundé, précisément au quartier Tsinga (ou prochainement à Warda) où siège la Fédération Camerounaise de Football (FECAFOOT), cet accord historique résonne comme un violent retour de manivelle. Une véritable douche écossaise pour les théoriciens de la terre brûlée syndicale. Pour comprendre le malaise qui s'empare des couloirs de la fédération camerounaise, il faut rembobiner le film des événements jusqu'en novembre 2024. Profitant de la rupture de banc temporaire intervenue en octobre de la même année entre la FIFA et la FIFPRO, la FECAFOOT avait, dans un élan d'autorité, retiré la qualité de membre au Syndicat National des Footballeurs du Cameroun (SYNAFOC), dirigé par Geremi Njitap. À l'époque, les laudateurs zélés et les exégètes de cour du président de la FECAFOOT s'étaient empressés de monter au créneau. À coups de tribunes enflammées et de sorties médiatiques triomphalistes, ils expliquaient, la bouche en cœur, que le SYNAFOC était définitivement enterré. L'argument massue était alors tout trouvé : la FIFPRO étant en guerre avec la FIFA, l'instance internationale ne lèverait pas le plus petit doigt pour servir de bouée de sauvetage au syndicat camerounais.



Le SYNAFOC était décrit comme un organe illégitime, déconnecté des réalités juridiques mondiales, voué à disparaître dans les oubliettes du football camerounais. Manque de chance ou myopie stratégique ? Le communiqué de la FIFA vient de détruire méthodiquement tout cet édifice argumentaire. En gravant dans le marbre que « la FIFPRO est le principal partenaire social à l’échelle mondiale en ce qui concerne la représentation des joueuses et des joueurs en tant qu’employés », la FIFA réaffirme la suprématie incontestée du réseau FIFPRO et de ses antennes nationales, dont le SYNAFOC fait partie intégrante. Mieux encore, le protocole d'accord insiste sur le « renforcement des relations professionnelles entre les parties prenantes au niveau national », citant explicitement les contrats-types, les conventions collectives et les chambres nationales de résolution des litiges. Autant de chantiers où le SYNAFOC est constitutionnellement incontournable. Ce retour à l'ordre mondial de la gouvernance sonne comme un cinglant désaveu pour la politique d'exclusion de Tsinga. En voulant s'engouffrer dans une brèche juridique éphémère, la FECAFOOT se retrouve aujourd'hui en totale contradiction avec la nouvelle doctrine de la FIFA, qui impose le dialogue social obligatoire avec le syndicat des joueurs. Alors que Zurich donne l'exemple de la réconciliation et de la concertation, le football camerounais va-t-il persister dans sa logique de marginalisation de ses propres footballeurs ? Les laudateurs du Prince de Tsinga devront rapidement réviser leurs éléments de langage : la bouée de sauvetage de la FIFA n'est pas seulement activée pour le syndicat, elle est désormais obligatoire pour naviguer sur les eaux du football moderne.




Mathieu Nathanaël NJOG

 
 
 

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