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Le grand dialogue des sans-voix ou le syndrome du décorum de l’impuissance

AMVC

Du 18 au 20 juin 2026, l’hôtel de ville de Bafoussam s’est drapé de ses plus beaux atours protocolaires pour accueillir la septième Assemblée Générale de l’Association des Maires de Villes du Cameroun. Placée sous un thème ronflant, hautement technocratique, choisi sans doute pour meubler le vide sidéral de l’audace politique : « Du diagnostic à l’attractivité : valoriser le capital local pour un développement économique local et un marketing territorial décentralisé performant ». Derrière ce jargon de consultants en quête de perdiems, la réalité des Communautés Urbaines camerounaises reste pourtant crue, têtue et désespérément amorphe.



Les Maires des quatorze Communautés Urbaines du Cameroun accompagnés de leurs collaborateurs en présence du représentant du MINDDEVEL et du représentant du Secrétaire Général du SENAT ont, du 18 au 20 juin 2026, tenu dans la salle des délibérations de la Communauté Urbaine de Bafoussam (CUB) les travaux de la septième Assemblée Générale de l'Association des Maires de Villes du Cameroun (AMVC) sous le thème : « Du diagnostic à l'attractivité: valoriser le capital local pour un développement économique local et un marketing territorial décentralisé performant ». Sous le regard bienveillant du Gouverneur de la Région de l’Ouest, Awa Fonka Augustine, représentant d’un pouvoir central qui feint de décentraliser tout en serrant le cordon de la bourse, le gotha des Super-Maires s'est congratulé. Mot de bienvenue du Maire de la ville de Bafoussam hôte, Roger Tafam, propos liminaire de Roger Mbassa Ndine, Maire de la Ville de Douala et premier Président en exercice l’AMVC. La messe était dite avant même d'avoir commencé. On a rappelé, la bouche en chœur, que les Maires sont les « interlocuteurs privilégiés pour remonter les préoccupations des populations ». Traduction dans les faits : des boîtes aux lettres de luxe, chargées de digérer la colère sociale sans jamais avoir les coudées franches pour y répondre. Car le huis-clos qui a suivi a accouché, comme à l’accoutumée, d’une souris administrative.

Une Assemblée Générale pour la forme

Le communiqué final, document lissé au papier de verre pour ne froisser aucune sensibilité dans les salons feutrés de Yaoundé, égrène les maux qui étranglent nos cités : lourdeurs de la passation des marchés publics, loi sur la fiscalité locale qui assèche les caisses des Collectivité Territoriales Décentralisées (CTD), ou encore les réformes laborieuses de la police municipale à la NASLA. Mais pourquoi donc ces magistrats municipaux, pourtant à la tête des plus grandes métropoles du pays, se contentent-ils de porter et reconduire les plaidoyers là où ils devraient taper du poing sur la table ? La réponse se trouve dans l'ADN même de leur légitimité. Aucun de ces Maires de villes n’est le produit d’une authentique onction de la base. Ils ne doivent pas leur fauteuil au suffrage direct d'un corps électoral conquis par un programme, mais aux arbitrages secrets du Comité central du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC). Ils sont des désignés, des parachutés de la discipline du parti. Être tous logés à la même enseigne partisane a un prix, et ce prix, c'est le mutisme. Comment le Maire de Douala, de Yaoundé ou de Garoua peut-il s’insurger publiquement contre l'hypercentralisation étouffante pilotée par le Ministre de la Décentralisation et du Développement Local (MINDDEVEL) ou le Ministère des Finances, sans oublier tous les autres départements ministériels qui freinent des quatre fers le transférer les 15% de compétences et de ressources au CTD imposées par la loi dans le processus progressif de la décentralisation.




Des miettes en guise de victoires

Conséquence, les transferts effectifs n'ont pas encore atteint ce seuil, se situant souvent très en dessous des prévisions légales. Alors, pour se donner l’illusion d’exister, l'AMVC se réjouit des miettes. Le communiqué final remercie chaleureusement le Gouvernement pour la « rétrocession effective des Parcours Vita ». On croit rêver. À l’heure où les routes des grandes villes s'effondrent, où l'assainissement est inexistant et où l'éclairage public relève du miracle, la grande victoire de nos Maires de villes est de pouvoir gérer des pistes de jogging. Une « avancée notoire », osent-ils écrire. Quelle audace dans la résignation ! Quant à la plateforme digitale : « jesuisaucameroun.com » lancée en grande pompe pour séduire la diaspora, elle ressemble fort à un énième gadget de communication jeté dans un océan d’inefficacité. Comment convaincre les Camerounais de l'étranger d'investir dans des territoires dont les managers locaux n'ont même pas le droit de valider une commission consultative d’attribution foncière sans l'onction d'un Sous-préfet ou d'un Ministre ? L’AMVC donne rendez-vous au SENAT, le 3 juillet prochain, puis à Limbe pour sa prochaine session. Les Maires y iront, le sourire de commande aux lèvres, s'enfermeront à nouveau pour accoucher des mêmes vœux pieux. Pendant ce temps, Yaoundé décide, Yaoundé bloque, Yaoundé asphyxie. Et nos Super-Maires, prisonniers de leur propre chapelle politique, continuent de murmurer là où le peuple attend d'eux qu'ils hurlent.



André Som N., à Bafoussam

 
 
 

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