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Ndjamena s'étouffe, Fongod colmate les brèches pour sauver une coopération bafouée


DOUANES CAMEROUNAISE

L’ambiance des grands jours flottait, ce lundi 08 juin 2026, dans les couloirs feutrés de la Direction Générale des Douanes à Yaoundé. Entre deux écrans de visioconférence et quelques dossiers empilés, le Comité de direction hebdomadaire s'est transformé en un véritable plaidoyer pour le sauvetage d’un grand malade : le corridor Douala-Ndjamena. Face à ses lieutenants des services centraux et déconcentrés, Edwin Fongod Nuvaga a troqué sa casquette de manager pour celle de diplomate d'urgence économique. L'objectif ? Sauver ce qui peut encore l'être d'une coopération bilatérale tchadienne sérieusement mise à mal par des démons bien camerounais.



Il faut dire que le timing n'a rien d'un hasard. Du 30 mai au 05 juin dernier, le Directeur Général des Douanes et Droits Indirects du Tchad a séjourné sur le sol camerounais. Une visite de travail aux airs d’explication de texte. Derrière les sourires de façade et la diplomatie des poignées de main, le cri d'alarme des opérateurs tchadiens résonne à cor et à cri. En cause ? L'interminable chemin de croix du transit. Les fameuses Brigades routières et une multitude de postes de contrôle, officiels ou improvisés, brillent de mille feux par des tracasseries devenues insupportables pour l'économie de l'hinterland. Pour Edwin Fongod Nuvaga, il y a urgence dans la demeure. Le message présidentiel transmis à ses collaborateurs est sans ambiguïté : les recommandations issues de cette visite doivent être appliquées « résolument ». Comprendre : il faut nettoyer les écuries d’Augias sur le corridor. Réduire les coûts prohibitifs, compresser des délais de passage qui s'apparentent parfois à de l'extorsion temporelle, et réhabiliter la confiance avec Ndjamena. Pour y parvenir, le patron des gabelous prescrit un remède de cheval : renforcer la collaboration avec les autorités locales aux frontières et imposer des séances de travail musclées avec les opérateurs transfrontaliers. Reste à savoir si la base, souvent sourde aux notes de service de la haute hiérarchie, acceptera de lâcher du lest sur le bitume.

Le corridor Douala-Ndjamena est devenu un labyrinthe où chaque kilomètre a son prix. Si la facilitation a aujourd'hui le vent en poupe dans les discours officiels, c'est surtout parce que le Tchad, fatigué de payer les pots cassés des abus routiers, commence sérieusement à regarder ailleurs. L’autre gros morceau de ce Comité de direction concerne le portefeuille direct des Camerounais. La douane est passée à la vitesse supérieure dans sa traque aux terminaux numériques non dédouanés. Le stock invisible des boutiques et magasins de la place est dans le collimateur. Le message aux commerçants est une sommation : régularisez ou subissez. Pour le consommateur lambda, l'administration a sorti l'artillerie technologique. Un site internet (www.mpie.camcis.cm) permet désormais de vérifier si son précieux smartphone est un « citoyen fiscal » honnête ou un clandestin de la contrebande. Et pour couper court à la panique générale, la DGD précise, non sans malice, que le couperet du blocage ne visera pas les puces ou les numéros de téléphone des abonnés, mais bien les codes IMEI des appareils non répertoriés.



Le FMI et la Banque Mondiale en arbitres internationaux

La manœuvre est habile et déporte la responsabilité fiscale directement sur les géants de la téléphonie mobile. Toute connexion d’un téléphone non dédouané au réseau local engagera la responsabilité financière de l’opérateur permissif. Les objectifs affichés font saliver le Trésor public : maximisation des recettes, civisme fiscal forcé et sécurité. Une méthode de collecte électronique qui, curieusement, a fortement séduit la délégation tchadienne lors de son récent séjour. Un « benchmarking » à succès, dit-on dans les rapports, qui pourrait bientôt s'exporter à Ndjamena. Pendant que la Douane camerounaise tente de régler ses comptes avec le marché noir et ses propres dérapages routiers, les institutions de Bretton Woods observent, carnet de chèques et loupe à la main.

Le Fonds Monétaire International (FMI) s'apprête ainsi à débarquer à Yaoundé pour une mission d’évaluation centrée sur les « contrats de performance ». Cette réforme, labellisée par l'Organisation Mondiale des Douanes (OMD), la Banque Mondiale et la CNUCED, est implémentée depuis 2011 au Cameroun. Les chiffres officiels brandis par la DGD affichent un bilan idyllique : - Traitement des déclarations liquidées le jour même de leur enregistrement ; - Chute drastique des mauvaises pratiques en interne ; - Hausse spectaculaire des recettes et du contentieux douanier.

Surtout que cette fiscalité sur l’importation des téléphones mobiles importés a enregistré un couac qu’on semble minimiser la DGD. Où on aurait mis des stratégies de contournement sans faire de vague. En attendant que l’Agence de Régulation des Télécommunications (ART) et les Opérateurs économiques opérant sur le marché coupent la poire en deux afin que l’Arrêté du MINFI s’applique sans anicroche. Parallèlement, une autre mission de la Banque Mondiale a pris ses quartiers ce même lundi 08 juin derrière l'Hôtel Le Diplomate, au quartier Bastos. Au menu des discussions menées par Jean Philippe Garçon, chef de mission : le Projet d’amélioration de la Performance du Corridor Douala-N’Djamena (PCDN). Preuve s’il en était besoin que la survie économique du Cameroun se joue en grande partie sur sa capacité à rester attractive pour ses voisins. Le rideau est tombé sur ce comité de direction avec les traditionnels vœux de « fructueuse semaine » formulés par le DG à ses troupes. Mais sur le terrain, entre les puces électroniques à traquer et les Brigades routières à discipliner, la semaine s’annonce surtout électrique.


Mathieu Nathanaël NJOG

 
 
 

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