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Sept « champions locaux » bénéficient d’une assistance de l’IFC pour une reconquête économique

FINANCE INTERNATIONALE

Sous les lambris d’un grand hôtel de Douala, la Société Financière Internationale, bras armé du Groupe de la Banque Mondiale pour l’accompagnement du secteur privé, a officiellement donné, ce 19 juin 2026, le coup d'envoi de la première cohorte camerounaise de son Initiative des Champions Locaux. Elle a été matérialisée par la signature avec sept entreprises Camerounais, certainement pas les plus connu mais les plus déterminés, d’un programme ambitieux, taillé sur mesure pour les extirper des habitudes managériales rétrogrades et des goulots d’étranglement financiers qui plombent leur croissance.



La cérémonie de lancement officiel de la première cohorte camerounaise de l'Initiative des Champions Locaux (Local Champions Initiative – LCI), qui s’est tenue ce 19 juin 2026 dans la capitale économique camerounaise n'avait rien d’un raout bureaucratique. Derrière le jargon policé des institutions de Bretton Woods, qualifiant les entreprises locales, de créateurs de richesse et de moteur dans la création des emplois dans la plupart des économies africaines, le constat est sans appel : La majorité PME n’ont pas une durée de plus de cinq ans. Elles s'essoufflent face aux défis structurels. La réalité est brute : Déficit de gouvernance, accès squelettique aux capitaux de long terme, et une fâcheuse tendance à l'éparpillement. C’est pour inverser cette trajectoire que la Société Financière Internationale (SFI/IFC) a conçu un programme pour accompagner les entreprises locales à fort potentiel dans leur prochaine phase de croissance. Afin de leurs inculquer ses trois piliers fondamentaux : - Le rehaussement des standards au niveau international ; - La préparation à l’Investissement pour rendre les PME attractives pour les capitaux étrangers ; et – la facilitation de l’expansion régionale afin de propulser les champions du pays vers la zone CEMAC.

La SFI sort le chéquier et la méthode

En signant de manière individuelle six accords d’assistance technique avec : - Agro World Group et Green House Ventures pour le secteur agricole ; - CAMLAIT et l'UCCAO pour l'agro-industrie historique ; - INFOTECH SA pour les services technologiques et l’accès à l'énergie (GPL) ; et - TAF Investment Group pour les infrastructures ; et un accord de financement avec CATRAMP pour le secteur de la logistique, IFC veut favoriser leur développement de leurs activités. Pour Nana Ouattara, Chargée des Opérations pour l'IFC : « Ce ne sont pas nécessairement les entreprises les plus connues ou les plus solides, mais les plus déterminées ». Mais ensemble, ces entreprises illustrent le dynamisme du secteur privé camerounais et son rôle essentiel dans la création d'emplois, le développement des chaînes de valeur et la transformation économique de leur pays. À travers cette initiative, IFC fournira un accompagnement ciblé visant à renforcer la gouvernance, la gestion, la compétitivité et la préparation à l'investissement des entreprises participantes. L'objectif est de les aider à accéder à de nouvelles opportunités de croissance, attirer davantage de financements, renforcer leur résilience et accroître leur impact économique.



Le ton est donné. Ici, l’on ne parle pas de subventions cosmétiques, mais de « course au financement », comme l'a si bien imagé Mme André Marie Bembong Sohaing, Experte-Consultante de l'IFC. Le programme propose une thérapie de choc : « Renforcement de la gouvernance d'entreprise, mise aux normes environnementales et sociales, et rigueur salariale. L’objectif ultime ? Rendre ces structures investment-ready (prêtes pour l'investissement) afin de lever des fonds à l’international ». Si pour certaines entreprises, le chemin de la rigueur ne fait que commencer, pour d'autres, les fruits passent déjà la promesse des fleurs. Dans cette ambiance de célébration, la grande attraction de cette journée aura sans doute été l'annonce du financement sonnant et trébuchant de 7,5 millions d’euros (environ 5 milliards de FCFA) accordé à CATRAMP. Cette bouffée d'oxygène financière est destinée à soutenir l'expansion transfrontalière de cette société de Transit vers la République centrafricaine et le Tchad. Une illustration parfaite de ce que Charlotte Ndaw Sako, la Représentante Régionale d'IFC (pour le Cameroun, Gabon, RCA, Saô Tomé et Principes) appelle « la transformation économique par l'intégration régionale ».

Bain de jouvence pour les « Champions locaux »

Dans le conducteur de cette matinée orchestrée par Nana Ouattara, cheville ouvrière du projet, les discours n'ont pas versé dans l'autosatisfaction béate. Mme Charlotte Ndaw Sako, avec le ton professoral mais bienveillant qu’on lui connaît, a rappelé la philosophie de l’institution : « Qu’il s’agisse de jeunes entreprises à fort potentiel ou d’entreprises familiales établies depuis plusieurs générations, elles contribuent à bâtir des économies plus résilientes. Notre ambition est d’en faire les champions nationaux et régionaux de demain. » Mais c’est sans doute Marie Andrée Bembong Sohaing (Experte- Consultant IFC) qui aura planté les banderilles de la lucidité dans l’assistance : « Le parcours qui s’ouvre sera très exigeant. Le développement durable ne se construit pas en un jour, il se bâtit pas à pas, avec rigueur et pragmatisme ». Comprenez : l'IFC apporte le réseau et l'expertise, mais les managers camerounais devront transpirer. L’un des aspects les plus cruciaux de cette initiative reste l’accompagnement des entreprises familiales locales. Au Cameroun, le cimetière des affaires est plein de structures florissantes qui n’ont pas survécu au décès de leur fondateur. Paulin Nzuko, dirigeant d’une entreprise familiale héritée compte sur ce projet pour remettre la Société Camlait SA qui fait face à un marché hautement concurrentiel à flot. En mettant l’accent sur la transition managériale et la transparence, la SFI s'attaque à un tabou économique national.



Le témoignage de Boris Kamgo Youdom, PDG d’Agro World Group, qu’il a bâti progressivement dans la douleur résume l'état d'esprit général : « Nous sommes honorés de faire partie de cette première cohorte. Cet accompagnement représente une opportunité importante pour renforcer notre organisation, accélérer notre croissance et mieux nous préparer aux opportunités d'investissement futures ». Même son de cloche chez INFOTECH SA, où l'on entrevoit déjà les moyens d'étendre la distribution du gaz domestique à une majorité de ménages camerounais. Certes, le déploiement de la stratégie IFC 2030 qui a engagé le montant record de 71,7 milliards de dollars (environ 35 850 milliards de FCFA) au niveau mondial en 2025 en faveur de sociétés privées et d’institutions financières dans des pays en développement, impressionne sur le papier. Mais sur le terrain de la zone CEMAC, la réalité des affaires est souvent un parcours du combattant teinté de tracasseries fiscales et administratives. L’initiative de la SFI est salutaire, elle est même une bouée de sauvetage. Toutefois, l'État du Cameroun devra, lui aussi, accorder ses violons pour que ces « Champions Locaux » ne soient pas étouffés dans l'œuf par un environnement des affaires encore trop rigide. En attendant, les sept élus de la cohorte 2026 ont jusqu'au mois de juillet ou août prochain pour boucler leurs premiers exercices sous l'œil inquisiteur et formateur de Washington. La course est lancée. Espérons seulement que la moisson soit à la hauteur des promesses. « Avec l’Initiative des Champions Locaux, notre ambition est d’aider des entreprises prometteuses à franchir une nouvelle étape de croissance et à devenir les champions nationaux et régionaux de demain », a conclu Mme Charlotte Ndaw, Représentante Résidente d'IFC



Mathieu Nathanaël NJOG

 
 
 

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