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Un rendez-vous de codéveloppement riche en annonces mais aux résultats mitigés

BUSINESS WEEK 2026

Yaoundé a, encore une fois, enfilé son costume des grands jours à l’occasion de PROMOTE 2026, le Salon International de l’Entreprise, de la PME et du Partenariat. Dans ce cadre, et sous l’égide de la coopération Cameroun-Union Européenne, s’est tenue du 16 au 19 juin 2026 la deuxième édition de la « Business Week ». La capitale camerounaise s'est parée de ses plus beaux atours, entre sourires de circonstance et discours lisses. Un rendez-vous qui, à en croire le thème ; « Investir ensemble pour la croissance et l’emploi », promettait, selon la rhétorique officielle, de redessiner les contours de notre écosystème économique.



Les lampions se sont éteints après quatre jours d’une gigantesque messe économique organisée au Palais des Congrès de Yaoundé. Mais derrière le vernis des inaugurations, la coupure symbolique du ruban de l’Eurovillage et les flashs flatteurs des photographes, une question dérangeante persiste, tenace, comme un cheveu dans la soupe : à qui profite vraiment ce théâtre de salon facturé à coups de dizaines de millions de francs CFA ? On connaît la chanson, le disque est rayé à force d’avoir servi. Ces sommets, véritables chefs-d'œuvre de l’art oratoire et de la diplomatie des salons, sont devenus le sport favori de nos administrations et de leurs partenaires. Le décorum était impeccable, le concept de « Global Gateway » bien décliné, et l’Eurovillage s’était dressé tel une éphémère cité de toile et de bois pour abriter des promesses que le premier vent de la fin de semaine a emporté.

Dans les couloirs, pourtant, une catégorie d’acteurs affiche une mine radieuse : les prestataires de services. Traiteurs aux buffets raffinés, agences de communication, loueurs de chapiteaux et experts en événementiel se frottent les mains. Pour eux, le business, le vrai, a déjà eu lieu. Il s’est matérialisé dans les factures validées et les bons de commande dûment signés. Pour le reste du tissu économique camerounais, celui qui ne boit pas de champagne sous les tentes climatisées et qui lutte au quotidien contre le harcèlement fiscal, les tracasseries douanières et l’inertie administrative, cette Business Week ressemble étrangement à une pièce de théâtre dont il ne sera jamais que le spectateur impuissant.


Transport, logistique et énergie : les éternels refrains du « demain »

Au cœur de ce rendez-vous, présenté comme l’un des plus importants de la sous-région, S.E. Jean-Marc Châtaigner, Ambassadeur de l’Union Européenne, et le Ministre Délégué auprès du Ministre de l’Économie, du Plan et de l’Aménagement du Territoire (MINEPAT), Paul Tasong, ont, avec une précision chirurgicale, déclamé le catéchisme habituel du codéveloppement. Signatures de conventions de financement stratégiques par-ci, panels de haut vol sur le climat des affaires par-là, avec en prime le patronat représenté par le Président du GECAM, Célestin Tawamba : la mécanique protocolaire a été, comme toujours, d’une fluidité remarquable.

Des sessions thématiques majeures ont captivé l'auditoire. Outre les débats sur l’innovation, les études en Europe et les séances de coaching, les enjeux liés à l'énergie et aux infrastructures de transport, deux secteurs névralgiques qui conditionnent l'émergence tant rabâchée, étaient au centre des échanges. Seulement, au Cameroun, ces sujets sont traités avec cette condescendance polie qui consiste à « échanger » indéfiniment au lieu d'agir. Regardons un instant dans le rétroviseur : où sont les résultats palpables des précédentes grand-messes organisées avec le même faste ? Le constat est cruel : deux ans, cinq ans plus tard, les fameuses « retombées » se sont systématiquement évaporées dans les méandres de l’exécution budgétaire et des lourdeurs bureaucratiques. Le bilan réel ? Invisible. Le mirage est parfait : on simule la construction de l’avenir pendant que le présent continue de s’effriter dans le noir des délestages et sur le bitume défoncé de nos axes lourds.

Le risque systémique du surplace

Inviter le patronat et les Directeurs généraux de multinationales, à l’instar de Philipp Knill du BMZ, à disserter sur l’amélioration du climat des affaires alors que les PME locales étouffent sous des coûts logistiques prohibitifs et une insécurité énergétique chronique tient de l'exercice de style narcissique. C’est la mise en scène d’une coopération qui, à force d'être célébrée dans les salons huppés, a fini par perdre le contact avec la réalité du terrain. La Business Week 2026 ne sera, hélas, qu’une étape de plus dans ce cycle immuable de l’incantation. Une fois les rideaux tombés et l’Eurovillage démonté, que restera-t-il ? Quelques conventions poussiéreuses qui rejoindront leurs consœurs dans les tiroirs des ministères, en attendant la prochaine édition en 2028. À Yaoundé, on sait accueillir. On sait fêter. On sait promettre.

Mais notre gouvernance souffre d'une amnésie chronique lorsqu'il s'agit de transformer le bruit des discours en silence opérationnel des usines qui tournent. Certes, certains participants reconnaissent qu'au-delà des discussions, cette expérience leur a permis de renforcer leur réseau et de réaffirmer leur engagement envers la jeunesse. Toutefois, les vrais défis économiques attendent qu'on les traite avec un peu moins de protocole et un peu plus de courage politique. Alors, on en vient à se demander si cette deuxième édition changera enfin la donne, ou si nous devons simplement acter une nouvelle démonstration de notre formidable capacité à organiser le vide.




Mathieu Nathanaël NJOG

 
 
 

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