Dernière ligne droite avant le grand chantier de la rénovation de l’aérogare passagers de Douala
- Mathieu Nathanaël Njog
- il y a 24 heures
- 4 min de lecture
AEROPORT INTERNATIONAL DE DOUALA
Il y a de ces projets dont l’urgence ne se murmure plus dans les couloirs feutrés des Ministères, mais s’impose avec l’évidence d’un impératif national. L’Aéroport International de Douala, poumon économique et vitrine vitale du Cameroun vers le reste du monde, s’apprête à faire sa mue. Longtemps sujet à des spéculations, à des calendriers mouvants et à l’impatience légitime des usagers du ciel, le Projet de Rénovation de l’Aérogare Passagers de l’Aéroport International de Douala (RAP-AID) a définitivement franchi le Rubicon.

La Commission de Suivi et de Recette Technique (CSRT) a examiné, du 13 au 15 juillet 2026 dans la salle de conférences de la Direction Générale de la société Aéroports Du Cameroun (ADC S.A.), les études architecturales et techniques élaborées par TPF/KARDHAM pour la réalisation du lot 2 du projet de rénovation de l'aérogare passagers de Douala. Trois jours d'examen minutieux ont suffi pour s'assurer que les études du futur bâtiment principal de l'aérogare passagers de Douala. Ils intègrent les attentes et observations formulées par les différentes parties prenantes. Elle fait suite à la réunion des membres du Conseil d’administration d’Aéroports Du Cameroun (ADC S.A.), qu’avait présidé le 8 juillet, le Président du Conseil d’Administration (PCA), Dr Fritz Ntone Ntone accompagné du Directeur Général Thomas Owona Assoumou. Occasion de prendre connaissance l'Avant-Projet Détaillé définitif (APD Pro) qui a été validé séance tenante. Les études présentées par le maître d'œuvre, Groupement de TPF/KARDHAM, en présence du partenaire historique qu’est l'Agence Française de Développement (AFD) et des Cabinets d'expertise AMPI, APAVE et Bureau Veritas, a scellé l'aboutissement des études de conception. Il marque le passage irréversible de la théorie à la pratique, du papier au béton. L’APD Pro n’est pas une simple formalité administrative ou un empilement d'esquisses architecturales flatteuses. C’est le testament technique du projet. Il fixe avec une précision d'horloger le parti architectural, les matériaux de construction, les solutions énergétiques, la sécurité incendie, la sûreté aéroportuaire ainsi que l’estimation financière consolidée de l’ouvrage.
Loin d'une simple validation de complaisance, la séance du 8 juillet a donné lieu à un examen de fond serré. Les administrateurs d'ADC S.A. n'ont rien laissé au hasard. Alimentation énergétique du futur terminal, intégration des normes environnementales, infrastructures numériques de pointe, dispositifs d'accueil adaptés aux personnes à mobilité réduite (PMR) et traitement esthétique de la façade principale : chaque chapitre a été passé au crible. Face au feu roulant des questions, les ingénieurs du Groupement TPF/KARDHAM ont apporté des garanties solides, confirmant que le futur joyau aéronautique de Douala répondra en tout point aux exigences exigeantes de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI). Pour mener à bien ce chantier gargantuesque, le montage financier traduit un engagement sans faille. Évalué à 95 milliards de FCFA, le financement repose sur un trépied solide : - 36,7 milliards FCFA apportés sur fonds propres par ADC S.A. ; - 38,3 milliards FCFA issus d'un prêt de l'AFD (scellé lors de la signature de la convention par Mme Virginie Dago) ; - 20 milliards FCFA pris en charge par l'État du Cameroun au titre des APEC (droits de douane et taxes). « ADC n’a aucun problème de trésorerie pour honorer ses engagements. Le montage financier est rigoureux et ne laisse place à aucun dérapage », avait tenu à rassurer le Dr Fritz Ntonè Ntonè pour faire tordre le cou aux rumeurs et aux inquiétudes amplifiées sur les réseaux sociaux.

Un hub moderne pour le Cameroun de demain
L’Appel à manifestation d’intérêt (AMI) lancé en mai 2026 pour la présélection des entreprises s’est clôture ce 15 juillet 2026. La suite s'inscrira dans un tempo resserré : le lancement de l'appel d'offres restreint auprès des entreprises préqualifiées débouchera sur le choix final du constructeur entre octobre et novembre 2026. Sauf contrainte majeure, les engins lourds prendront d'assaut l'aérogare en février 2027 pour un chantier prévu sur 30 mois, ciblant une livraison solennelle en août 2029. Pendant que le Lot 2 (bâtiment principal et équipements) boucle sa préparation administrative, le terrain, lui, rugit déjà. Depuis le 15 juin 2026, les équipes de l’entreprise China Harbour Engineering Company Limited (CHEC) ont entamé les travaux du Lot 1 consacrés à l'extension des chaussées aéronautiques et des parkings avions, pour un contrat de douze mois. Mais réhabiliter un aéroport en pleine exploitation s'apparente à une opération à cœur ouvert. Comme le soulignait récemment Olivier Baric, Délégué Afrique à Aéroport Marseille Provence Ingénierie (AMPi) : « Au-delà de la complexité technique d’intervenir sur un patrimoine bâti existant, c’est surtout le fait que les travaux soient réalisés dans un aéroport en exploitation qui constitue l’enjeu principal du projet. »
Pour prévenir tout incident et garantir une étanchéité parfaite entre les zones de chantier et les flux de passagers, CHEC a soumis son Étude d’Impact sur la Sécurité Aéroportuaire (EISA) au Comité de sécurité côté piste, dirigé par le Directeur de l'Aéroport International de Douala, Jacob Bahayang Mbargaso. Pas moins de 12 scénarios critiques (intrusions d'engins, dommages aux réseaux souterrains, souffle des réacteurs) ont été analysés, donnant lieu à 37 mesures d'atténuation strictes. Déplacement temporaire de la clôture de sûreté, balisage de pointe et briefings quotidiens : tout a été pensé pour que le vol quotidien des compagnies aériennes ne souffre d'aucune perturbation. À travers le RAP-AID, ADC S.A. ne cherche pas seulement à colmater des brèches ou à rafraîchir une peinture vieillissante. Il s'agit d'une métamorphose structurelle profonde. L'extension du bâtiment principal, le redimensionnement des espaces de livraison des bagages, la fluidification des circuits de débarquement et d'embarquement, ainsi que la modernisation des équipements de sûreté vont radicalement changer l'expérience usager. À l'heure où la concurrence régionale fait rage dans le golfe de Guinée entre les différentes plateformes aéroportuaires, le Cameroun se donne les moyens de ses ambitions. En faisant prévaloir la rigueur technique, la clarté financière et une gouvernance exigeante, le duo de choc formé par Fritz Ntone Ntone et Thomas Owona Assoumou pose les jalons d'un aéroport international de Douala résolument tourné vers l'avenir, prêt à accueillir la croissance du trafic mondial avec modernité, sécurité et sérénité. Le compte à rebours est enclenché.
Mathieu Nathanaël NJOG
Grand Reporter / Anaglyphe & Analyse Stratégique

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