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Face au trafic illicite de médicaments, l'alerte de Vienne sur l'urgence sanitaire d'une région en sursis

il y a 21 heures
4 min de lecture

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AFRIQUE CENTRALE

Au cœur de la somptueuse capitale autrichienne, loin des réalités crues des officines de fortune et des frontières poreuses du Bassin du Congo, la 13ème Conférence des Nations Unies contre la criminalité transfrontalière a servi de caisse de résonance à un cataclysme silencieux. Entre 251 tonnes de poison saisis et un taux ahurissant de 71 % de contrefaçons médicales, le rapport conjoint de l’ONUDC, de l’OMS et de la Commission de la CEMAC jette une lueur crue sur un marché de la mort qui prospère sur le dos des populations. Voyage au bout de l’effroi sanitaire, là où la bureaucratie internationale croise le fer avec les seigneurs de la pègre transnationale.


Il y a de ces grand-messes diplomatiques où la solennité des décors le dispute à la gravité des tragédies qu’elles entendent conjurer. À Vienne, sous les auspices de la 13ème Conférence des Nations Unies contre la criminalité transfrontalière, la délégation de la Commission de la CEMAC n’est pas venue faire de la simple figuration protocolaire. Conduite d’une main de maître par le Commissaire en charge du Marché commun, S.E. Mbogo Ngabo Seli, épaulé stratégiquement par Algadi Atim Oumar, Directeur de la criminalité transnationale au CCPAC, et Abdon Fortuné Ngoma, Chef de service de la libre circulation, l’équipe sous-régionale est venue poser un diagnostic sans concession. Ici, sur les rives du Danube, loin de la poussière des pistes douanières de Kousséri, de Garoua-Boulaï ou de Djibloho, la réalité africaine s’est abattue sous la forme d’un couperet statistique. Le document officiel sobrement intitulé « Le trafic de produits médicaux en Afrique centrale », fruit d’une alchimie institutionnelle inédite entre l’ONUDC, l’OMS et l’exécutif communautaire de la CEMAC sonne comme un réquisitoire implacable. Il ne s’agit plus seulement de contrebande ordinaire ou de resquille fiscale, mais bien d’une criminalité de prédation qui s’attaque au sanctuaire le plus intime de l’humain : sa santé.

251 tonnes de la mort : anatomie d’un pillage sanitaire (2020-2025)

Les chiffres ont cette indécence des vérités qu’on ne peut plus camoufler sous le tapis feutré des rapports d’activités bureaucratiques. Entre 2020 et 2025, ce sont plus de 251 tonnes de produits médicaux qui ont été interceptées dans les filets des forces de sécurité et des douanes de la zone CEMAC. 251 tonnes de comprimés de pacotille, de sirops frelatés au diéthylène glycol, d’antibiotiques de pacotille et de vaccins de contrebande conservés à des températures tropicales aberrantes. Mais le chiffre le plus étourdissant, celui qui donne des sueurs froides aux épidémiologistes et aux pharmaciens intègres, gît dans la macabre proportion révélée par l’OMS : 71 % des échantillons analysés se sont avérés être des produits falsifiés. Sept médicaments sur dix vendus dans ces circuits de la mort ne contiennent soit aucune substance active, soit des doses mortelles de produits toxiques. Comment en est-on arrivés là ? La réponse est un truisme géopolitique et économique. Les réseaux criminels transnationaux, fort habiles, ont infiltré les circuits d’approvisionnement réglementés, jouant des failles béantes de la porosité frontalière. Dans un marché sous-régional où l’accès aux soins de qualité relève encore du parcours du combattant pour les couches vulnérables, le faux médicament s’impose, par sa macabre accessibilité financière, comme l’ersatz mortel d’un système de santé publique défaillant. Pis encore, l’enquête le démontre sans fard : ce trafic lucratif ne nourrit pas seulement de petits revendeurs de bas étage ; il alimente, à bas bruit, les caisses noires des groupes armés et des réseaux terroristes qui ensanglantent l’espace communautaire. Le crime pharmaceutique est devenu le carburant géopolitique de l’insécurité en Afrique centrale.

La feuille de route 2026-2030 : l’armure fragile de la CEMAC

Face à cette hydre aux multiples tentacules, la Commission de la CEMAC a choisi de ne point courber l’échine. À Vienne, le dévoilement de la feuille de route régionale 2026-2030 a marqué la volonté manifeste de passer de l’indignation verbale à la riposte opérationnelle. Portée par une triple ambition, cette stratégie communautaire s’articule d’abord autour du renseignement. On ne combat pas des seigneurs de la pharmacie occulte avec de simples barrières de douane manquées ; il faut anticiper, croiser les flux de données criminelles et infiltrer les filières de blanchiment. Ensuite, l’harmonisation des législations pénales et sanitaires s’impose comme un impératif catégorique. Il n’est plus tolérable que les frontières étanches de la souveraineté nationale profitent à des trafiquants habiles à jouer du « forum shopping » juridique, élisant domicile là où la loi pénale est la plus laxiste. Enfin, le contrôle draconien des grands corridors commerciaux, ces artères économiques où transitent le meilleur et le pire de la mondialisation, doit faire l’objet d’une surveillance militarisée et intelligente. La messe est dite, mais la route est encore longue. Alors que le rapport de référence est désormais accessible au public pour servir de boussole aux décideurs, la question demeure entière : la volonté politique affichée sous les lambris dorés de Vienne saura-t-elle triompher des pesanteurs bureaucratiques locales et de la corruption endémique qui gangrènent les points de passage frontaliers ? La survie sanitaire de millions de citoyens du Bassin du Congo est à ce prix. L’histoire jugera ceux qui auront su transformer le plomb de l’incurie en or de la souveraineté sanitaire.

André Som N.

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