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L’analyse rigoureuse  et sans concession de sept de coopération par le Pr Viviane Ondoua Biwolé

il y a 21 heures
6 min de lecture

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 PROGRAMME FMI-CAMEROUN 2017–2024

« Le FMI révèle, la gouvernance décide » : c'est sous cette ligne directrice que l'enseignante-chercheuse et experte en gouvernance publique, la Pr Viviane Ondoua Biwolé, dresses le bilan de sept années d'évaluation (2017–2024) des accords conclus entre le Cameroun et le Fonds Monétaire International (FMI). La mission du FMI d'octobre 2026 offre l'occasion de revisiter nos avis depuis le lancement du programme en 2017.


Son constat : le Cameroun présente un profil résilient mais fragile. Des progrès existent : réforme des finances publiques, digitalisation au service de la capture fiscale, croissance positive. Mais la croissance reste insuffisante et le rythme comme le coût de l'endettement inquiètent. Les réformes accusent aussi du retard : compte unique du Trésor, interventions directes persistantes de la SNH, projets structurants inachevés. La dette intérieure, supérieure à 3 500 milliards FCFA, crispe en outre le climat des affaires. Les chocs extérieurs ne peuvent pas tout justifier : les causes internes sont déterminantes. Entre 2017 et 2024, seize billets publiés sur mon blog défendent une même thèse. Le succès du programme dépend moins des agrégats macroéconomiques que de la gouvernance et du capital humain qui portent les réformes. Ma rencontre avec la mission en octobre 2026 me conforte dans cette idée : le problème du Cameroun n'est ni économique ni technique, il est politique. Il tient au choix des responsables sur la base de leurs compétences, aux arbitrages d'investissement, aux priorités et à la gouvernance. Multiplier les solutions techniques face à un problème politique reste vain. Une urgence s'impose : boucher les trous sources de pertes sèches, à commencer par les subventions chroniques aux entreprises publiques. À court terme, l'illusion d'une situation maîtrisée peut durer. À moyen terme, le pays risque de revivre les restrictions des années 1980-1990 : réduction des effectifs de la fonction publique et modernisation forcée de l'administration. Le document joint au présent post résume mes propositions de 2017 à 2024. Les développements postérieurs n'ont rien apporté de nouveau.

 

La permanence du diagnostic : Quand le miroir de Bretton Woods renvoie nos propres fractures

Lorsque la mission d’évaluation post-financement du Fonds Monétaire International (FMI) a déposé ses valises à Yaoundé en cet octobre 2026, l’atmosphère dans les couloirs du ministère des Finances et de l’Économie oscillait comme à son habitude entre soulagement poli et inquiétude feutrée. Soulagement d'abord, parce que la croissance demeure positive et que les leviers de digitalisation des régies financières continuent d'offrir une meilleure capture fiscale. Inquiétude ensuite, car les métastases structurelles dénoncées depuis près d'une décennie continuent de ronger le corps social et économique de la Nation. Au-delà de la phraséologie feutrée des communiqués internationaux, le constat formulé par le FMI reste d'une lucidité désarmante : le Cameroun affiche un profil économique à la fois résilient et extrêmement fragile. Une résilience de façade portée par la dynamique du secteur privé et la diversification naturelle de son tissu économique, mais plombée par des pesanteurs internes que les chocs exogènes, qu'il s'agisse de la crise sanitaire du Covid-19, des tensions géopolitiques en Europe de l'Est ou des fluctuations des cours des matières premières ne sauraient plus décemment justifier. Entre septembre 2017 et décembre 2024, seize billets de blog rédigés par le Pr Viviane Ondoua Biwolé ont scandé l'évolution de nos relations avec le bailleur de fonds de Washington. Fil conducteur d'une consistance remarquable : le programme du FMI ne réussira ni ne sombrera sur le terrain des équations comptables ou des agrégats macroéconomiques, mais sur celui, éminemment plus complexe, de la gouvernance et de la qualité du capital humain qui anime l'appareil d'État.

 

Le leurre des solutions techniques face à un nœud éminemment politique

Pendant sept années consécutives, l'administration publique camerounaise a rivalisé d'ingéniosité pour empiler les réformes techniques, multiplier les comités ad hoc et promulguer des textes normatifs à la pelle. On a vu naître la loi de 2017 sur les entreprises publiques, la modernisation du cadre financier avec le budget-programme, ainsi que la mise en œuvre de multiples plateformes numériques. Pourtant, le Compte Unique du Trésor tardait toujours à être pleinement opérationnel, les interventions directes et hors budget de la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) persistaient à troubler la lisibilité des comptes publics, et les grands projets structurants s'éternisaient dans des chantiers interminables aux coûts exponentiels. Pourquoi cette impuissance chronique de la technique ? La réponse apportée lors des échanges de cet octobre 2026 est catégorique : le mal camerounais n'est ni d'ordre économique, ni d'ordre normatif ou procédural. Il est profondément politique. S'obstiner à apporter des remèdes technocratiques à un problème d'arbitrage politique relève d'une fuite en avant aveugle. La question centrale n'est pas de rédiger un énième manuel de procédures comptables, mais de savoir sur quelles bases sont désignés les dirigeants des organismes publics et ministères, comment sont arbitrés les choix stratégiques d'investissement public et quelle volonté politique est réellement mobilisée pour mettre un terme aux rentes de situation. Tant que la compétence, le mérite et l'éthique ne constitueront pas les seuls critères de nomination des hauts responsables publics, les conseils d'administration des entreprises d'État continueront de siéger avec des dirigeants aux mandats expirés, incapables de porter la moindre vision entrepreneuriale.


L'urgence absolue : colmater les fuites et rationaliser le périmètre de l'État

Sur le plan budgétaire, l'heure n'est plus aux colmatages superficiels. Le montant de la dette intérieure, qui franchit la barre astronomique des 3 500 milliards de francs CFA, agit comme un véritable garrot sur le secteur privé national. Les entreprises locales, asphyxiées par les arriérés de paiement de l'État, réduisent leurs investissements, accumulent à leur tour des dettes sociales et fiscales, créant un cercle vicieux d'impayés qui fragilise l'ensemble du système bancaire sous-régional. Dans le même temps, les entreprises publiques continuent d'engloutir des centaines de milliards de francs CFA sous forme de subventions d'équilibre et de transferts à fond perdu. Au lieu de constituer des leviers de création de richesse ou de fourniture de services publics efficaces, nombre d'entre elles se comportent en gouffres financiers dont les pertes sèches menacent la souveraineté budgétaire du pays. Face à cette situation, l'allégement du train de vie de l'État n'est plus une simple recommandation cosmétique du FMI, mais une nécessité de survie économique. Il devient impératif de restructurer le gouvernement en ramenant le nombre de départements ministériels de plus de 40 à une équipe resserrée de 20 à 25 portefeuilles. La suppression des doublons administratifs, la réduction drastique des comités budgétivores et le nettoyage rigoureux du fichier solde de la fonction publique s'imposent comme les premières étapes d'un audit stratégique de l'appareil d'État.


De l'illusion d'optique à la menace des ajustements brutaux

À court terme, le gouvernement camerounais peut certes entretenir l'illusion d'une situation financière maîtrisée. Les émissions de titres publics sur le marché financier de la BEAC et les appuis budgétaires des partenaires bilatéraux apportent des bouffées d'oxygène temporaires. Mais cet équilibre précaire ne résistera pas indéfiniment à l'accumulation des déficits cachés et à l'accroissement du coût de la dette. Sans une inflexion radicale dans le mode de gestion des deniers publics et dans le choix des hommes, le spectre d'une cure d'austérité drastique pointe de nouveau à l'horizon. Le Cameroun s'expose, à moyen terme, au risque de revivre la violence des ajustements structurels des années 1980 et 1990. À cette époque sombre de notre histoire économique, le pays avait dû procéder en urgence à des coupes sombres dans les effectifs de la fonction publique, à la baisse généralisée des traitements des agents de l'État et à la démantèlement précipité de fleurons industriels nationaux. Pour éviter que l'histoire ne se répète sous la forme d'une modernisation forcée subie dans la douleur, le pays doit d'ores et déjà opérer sa mutation. Il s'agit de renoncer définitivement au modèle « princier » de gestion des affaires publiques — fondé sur la redistribution des rentes et l'illusion d'une abondance éternelle — au profit d'un modèle d'efficience axé sur la performance, la reddition de comptes et la valorisation sans complaisance des compétences nationales. Le temps presse : la gouvernance doit enfin décider avant que la contrainte extérieure ne nous y force.

Mathieu Nathanaël NJOG

 

 

Indicateur Macroéconomique / Structurel

Constat (2017-2024)

Impact & Risque à Moyen Terme

Dette Intérieure

Supérieure à 3 500 milliards FCFA

Asphyxie du secteur privé et fragilisation des banques

Entreprises Publiques

Pertes récurrentes et mandats échus

Risque budgétaire majeur et subventions chroniques

Entreprises Publiques

Pertes récurrentes et mandats échus

Risque budgétaire majeur et subventions chroniques

Taille du Gouvernement

Plus de 40 ministères & doublons

Dépenses de fonctionnement excessives et dispersion

Masse Salariale

Explosion des effectifs & dérives RH

Pression continue sur les recettes propres de l'État

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