La CAF n’a pas accédé aux revendications des télévisions africaines francophones
- Mathieu Nathanael NJOG

- 16 déc. 2025
- 4 min de lecture
DIFFUSION DE LA CAN MAROC 2025
Les télévisions africaines sont en désaccord avec la nouvelle politique de commercialisation des droits de retransmission. Ce d’autant plus que sur les 52 matchs de la CAN 2025, la CAF autorise à Canal+ l'intégralité de la retransmission des matches de cette compétition sportive la plus prisée du continent, alors que les télévisions nationales et chaînes privées africaines francophones auront les droits seulement sur 32 matchs. Elles sont exclues d'une partie des matchs de poule, des huitièmes, des quarts de finale et des demi-finales.

Au Cameroun, la CRTV, chaîne de télévision publique va diffuser 32 des 52 matches ; et Canal 2 International et Equinoxe TV, et Dash TV, trois chaines de télévision privées retransmettront 24 des 52 matches de la CAN Maroc 2025 qui démarre le 21 décembre 2025. Alors que la compétition comptera 52 matches, au maximum, 32 rencontres sont proposées aux télévisions nationales africaines. Un modèle de répartition contesté par les télévisions nationales publiques et privées, et partenaires de service public. Une protestation dont le ton a été donné en septembre 2025, par le Directeur Général de la RTS, Pape Alé Niang. Il était monté au créneau et jeter un pavé dans la marre de la diffusion des matchs de la CAN Dans une lettre ouverte, pour dénoncer cette commercialisation de la retransmission des 52 matches de la compétition la plus prisée du continent. « La Can est une compétition africaine, une fête du continent. Or, de par son lobbying, Canal dispose de 52 matchs alors que les télévisions publiques africaines n’ont que 32 matchs. On veut forcer le public à acheter le bouquet canal pour avoir tous les matchs », regrette-t-il. Pour diffuser les 32 des 52 matches, les télévisions nationales publiques africaines regroupées au sein de l’Union des Radio et Télévisions Nationales Africaines (URTNA) devraient débourser chacune la rondelette somme d’un milliard de francs CFA. Un montant qu’il estime cher payé.
Pis encore, la commercialisation est assurée par New World TV, est un groupe médiatique satellitaire panafricain basé au Togo, lancé en 2015, qui propose des chaînes d'information, sportives, culturelles et de divertissement via satellite et IPTV, avec un accent particulier. Il s’est illustré par l'acquisition exclusives des droits de diffusion sur le continent africain de grandes compétitions de la FIFA et de l'UEFA, à l’instar de la Coupe du Monde au Qatar 2022. Raison pour laquelle, les patrons des télévisions nationales publiques et privées et partenaires de service public issus de plusieurs pays du continent africain ont choisi de se réunir à Lomé le samedi 22 novembre 2025, pour adhérer à cette protestation déclenchée par le DG de la chaine nationale publique sénégalaise RTS. A l’issu de cette assise, ils ont signé une déclaration dans laquelle on pouvait lire que : « Nous, chaînes de télévision nationales africaines publiques ou privées assurant un service public entièrement gratuit à nos populations, tenons à exprimer notre profonde préoccupation et notre désaccord face à la nouvelle politique de commercialisation des droits de retransmission de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2025, telle qu’établie par la Confédération Africaine de Football (CAF) à travers son agent exclusif, New World TV ».

Réduit au rôle de fulgurant
Et par la suite, ont réclamé leur volonté commune et inébranlable d’assurer à leurs populations l’accès intégral à la retransmission des 52 matches de la compétition. Et pour cause, la CAN, compétition africaine la plus prisée, « est bien plus qu’un événement sportif. C’est une célébration de notre identité, un puissant levier de cohésion sociale, et surtout une manifestation concrète de l’investissement des peuples africains », soutiennent-ils. Arguant que contrairement aux compétitions de la FIFA ou de l’UEFA, le financement de la CAN repose majoritairement sur les États africains et donc sur le contribuable africain : - Prise en charge des sélections nationales ; - Construction et réhabilitation des infrastructures ; - Équipements logistiques et sécuritaires - Paiement des droits de retransmission par les chaînes publiques. « Dans ce contexte, il est injustifiable et économiquement inéquitable d’imposer un modèle de commercialisation calqué sur les standards de la FIFA et de l’UEFA, sans en adopter le modèle de financement », déplorent-ils. Et d’ajouter : « Faire cela revient à spolier les peuples africains qui se retrouvent contraints de souscrire à des chaînes privées ou étrangères pour suivre une compétition qu’ils ont, en réalité, déjà financée ».
Comme avant eux, Pape Alé Niang, avait réfuté que les télévisions publiques africaines ne doivent pas payer des sommes colossales pour obtenir seulement une partie des matchs, pendant que des opérateurs privés étrangers s’offrent la quasi-exclusivité des retransmissions. Et pour cause, depuis plusieurs années, une OPA silencieuse mais structurée s’est opérée sur le produit CAN. Canal+, TOTAL Energies et quelques acteurs du marché ont verrouillé l’accès à ce patrimoine collectif. Conséquence, les télévisions nationales, celles des peuples africains sont réduites au rôle de figurantes. Ainsi, des millions de familles sont contraintes à des abonnements hors de portée. Les jeunes africains sont privés de ce moment de communion, condamnés aux liens illégaux des IPTV et Telegram ou aux écrans fragmentés. « Au-delà du commerce, c’est une captation stratégique de notre imaginaire africain. C’est une privatisation symbolique, culturelle et psychologique qui pose la question de la souveraineté audiovisuelle », dénonçait Pape Alé Niang, DG RTS. C’est pourquoi dans la déclaration des télévisions nationales publiques et privées et partenaires de service public, elles appelaient solennellement la CAF à revoir ce modèle inéquitable de commercialisation et de répartition de la diffusion des matches de la CAN. « Nous demandons le rétablissement du principe d’accès universel à l’intégralité de la CAN pour les télévisions nationales africaines publiques ou privées assurant un service public gratuit aux populations ».
Mathieu Nathanaël NJOG


.jpeg)
Commentaires