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La Communauté Urbaine noyée par des monticules d'ordures qui pavoisent les différentes artères

DOUALA


Les artères de la ville de Douala sont des décharges à ciel ouvert. Les multiples solutions préconisées par l’exécutif de la Mairie de la ville soit n’ont pas été mise en œuvre soit se sont avérées inefficaces. Le Ministre de l’Administration Territoriale est monté au créneau le 24 décembre 2025 pour tirer la sonnette d’alarme et donner le deadline du 1er février 2026 pour mettre fin à ce spectacle hideux et nauséeux qui décore la quasi-totalité des villes du Cameroun par un pavoisement des artères des différentes voiries urbaines par des monticules des de déchets. Témoignant de manière efficiente l’échec d’une politique gouvernementale, si elle existe, d’assurer l’hygiène et la salubrité qui sont des services publics de base, dans un pays qui se veut émergent en 2030. Notre enquête.




Dans un message porté aux Gouverneurs des régions, signé le 24 décembre 2025 par le Ministre de l’Administration Territoriale (MINAT), Paul Atanga Nji, on peut lire cet aveu cinglant d’un échec gouvernemental d’apporter des réponses aux problèmes élémentaires du service public d’assainissement des villes en hygiènes et salubrité : « Mon attention a été appelée par les plaintes récurrentes des populations sur le dépôt et l'amoncellement des ordures ménagères sur la voie publique, notamment sur les axes principaux de nos grandes villes et quartiers ». Une situation très peu reluisante qui perdure depuis au moins trois ans sous la mandature finissant des exécutifs municipaux. Même l’organisation par le Ministère de l’Habitat et du Développement Urbain (MINHDU), des États généraux pour trouver des solutions scientifiques, les agglomérations urbaines sont restées perpétuellement envahies par les tas d’immondices. Preuve s’il en était besoin que le Ministère de l’Habitat et du Développement Urbain (MINHDU), les Mairies de ville et les Communes se sont montrés impuissants. Et la société HYSACAM ayant jusqu’à il y a encore quelques mois le monopole de l’enlèvement dans les 14 Communautés urbaines a affiché sa défaillance logistique due aux énormes impayées avec la non-redistribution par l’administration centrale des droits d’accises aux Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD). Face à la gravité de ce phénomène, les populations certes résignées dans une attitude d’incivisme ont créé des dépotoirs de fortune sur les trottoirs et terre-pleins pour exprimer leur ras-le-bol devant l’arrêt du service de ramassage dans les quartiers et l’enlèvement des bacs à ordures ménagères.

 

Les grandes villes dans les poubelles rampantes

Obligeant les populations de partager leur quotidien désormais avec des monticules de déchets produits par des ménages qui débordent les bacs à ordures, les points de dépôts des ordures ménagères comme des nouveaux monuments, envahissant les accotements et inondant les caniveaux pour s’épancher allégrement le long des chaussées des axes des différentes voiries urbaines lorsqu’elles ne les coupent simplement pas, au point de réduire la circulation, créer des bouchons et disputer les espaces marchands avec les commerces dans les marchés. Un état de chose que les populations vivent dans une insécurité sanitaire sans précédente et pendant des semaines avant de voir sous la commande la CUD, la société HYSACAM déployée un service spécial avec tractopelles, camions, et éboueurs pour enlever ces monticules d’ordures qui se sont érigés comme un pavoisement d’arbustes servant d’« ornement des espaces aménagés ». Un service approximatif qui salit encore plus les espaces nettoyés en laissant des marques de salissure au sol comme pour valider que ces dépotoirs d’ordures ménagères de fortune sont désormais reconnus. Conséquence, à peine 24 heures après le passage de ce déploiement spécial d’HYSACAM, le cycle reprend de plus belle, avec un déversement des réserves maintenues dans les domiciles. Donnant à penser que les populations qui étaient effrayées par la proportion que prenaient ces tas d’immondices devant leurs domiciles ou leur quartier, au point de les amener à un moment de retenu, le temps de ce ramassage.





Pour le MINAT, il faut mettre fin à ces dépotoirs d’ordures de fortunes en invitant les Mairies à procéder à « la délocalisation des bacs à ordures installés sur les axes principaux ou en bordure des routes principales des quartiers et en garantissant l'accessibilité aux engins dédies à la collecte des ordures ménagères dans une plage horaire comprise entre minuit et 06 heures du matin ». Faisant suite, la Communauté Urbaine de Douala (CUD) a publié depuis le 7 janvier 2026 un programme de passage des camions de collectes des déchets de la société HYSACAM dans tous les Arrondissements de la ville de Douala, de 6 h 00 à 16 h 00. Cinq (05) jours après, ce déploiement n’a pas encore véritablement pris corps. Pis encore, les habitants de plusieurs quartiers (Leprosserie, Bonendale, PK 14-17, Logbessou,…) s’étonnent que leurs zones ne soient pas concernées par ce programme. Renforçant l’illustration d’un mépris assumé. C’est à se demander si rendre la ville propre est un luxe ou un droit ? Comme le fait remarquer le chroniqueur Hilaire Ham Ekoue : « Les populations ne devraient pas avoir à supplier pour qu’on leur enlève les déchets de sous leurs fenêtres. Nettoyer, c’est gouverner. Laisser une ville crouler sous les ordures, c’est aussi abandonner sa population ». Et de poursuivre : « À moins que les dirigeants locaux ne considèrent désormais la saleté comme une stratégie : Plus un peuple vit dans l’insalubrité, moins il réclame l’essentiel ». C’est incompréhensible dans une ville de Douala où l’exécutif de la CUD a, avec le soutien financier des Bailleurs de Fonds, investi énormément dans la construction des infrastructures liées à la gestion des déchets : La Station de Traitement des Boues de Vidange (STBV) de Ngombe, PK 24 dans l’Arrondissement de Douala 5è dont on ne cesse d’annoncer qu’elle sera opérationnelle en 2026 et conduira systématiquement à la fermeture de la décharge de PK 10 Nyalla. Le Centre de Transfert des déchets de Youpwé, premier du genre en Afrique Centrale.

 

Des reformes couteuses et infructueuses

A cela il faut ajouter l’opérationnalisation de la Régie de la Propreté Urbaine (RPU) courant 2025 et sa dotation d'une bonne partie des équipements dont elle avait besoin pour contribuer à une amélioration significative du ramassage des ordures ménagères pour pallier aux difficultés en termes de logistique de la part de la société HYSACAM puisque n’ayant qu’à disposition 40 camions sur la centaine qui a merveilleusement fonctionnement entre 2000 et 2022. Ce qui était clairement un handicap dans le travail de collecte des ordures. « Au 30 septembre 2025, le taux de mobilisation du matériel roulant d’enlèvement et de transport des déchets par HYSACAM restait assez faible et se présentait avec une dette de 5 423 273 113 Fcfa », dévoilent les travaux de la session du Conseil Communautaire de novembre 2025. Ainsi, le Conseil Communautaire a lors de la session ordinaire de décembre 2025, recommandé la nécessité de renforcer les missions de la Régie de la Propreté Urbaine en la dotant des moyens conséquents de collecte des ordures ménagères avec l’acquisition de 30 camions afin de réduire au maximum le déficit structurel causé par la défaillance de HYSACAM. Et validé la construction en 2026 des déchetteries « ABRIS POUBELLES » dans la ville de Douala, « pour une collecte modernisée » pour un montant de 237 800 000 FCFA. Autrement dit, même la reforme dans la collecte des ordures annoncée en grande pompe en septembre 2026 dans le plan d’urgence présenté par le Maire de la ville, Roger Mbassa Ndinè à la veille de l’élection présidentielle n’a pas porté les fruits escomptés. Flop sans précédent.





Une réforme qui se voulait plus inclusive. Car, elle prévoyait le transfert des activités de pré-collecte précédemment confiées à des prestataires sélectionnées dans le tard, aux Communes d’Arrondissement. Et l’aménagement des points de décharges transitoires afin d’épargner à l’avenir la Ville, des dépôts désordonnés des déchets ménagers dans leurs arrondissements de compétence. Mais aussi la signature qu’un protocole d’accord entre la CUD avec un Consortium constitué d’entreprises d’origines Ethiopienne, Allemande et Camerounaise qui utilisera le procédé de l’incinération pour valoriser les déchets en fin de produire l’énergie électrique qui pourrait être revendue le KWh à un prix dérisoire à Enéo. Des réserves sont émises sur tous ces projets mirifiques en une année électorale. Car la plupart sont restés sur des effets d’annonces. Ce qui fait dire que tous ceux qui sont annoncés pour l’exercice 2026 à l’instar des « ABRIS POUBELLES » pourraient connaitre le même sort que celui des parkings aménagés des moto-taxis projetés depuis 2021 pour un bilan de moins de quatre parkings pilotes construits et qui sont boycottés par les bénéficiaires. Ce qui fait sortir l’expert environnemental, Didier Yimgoua de ses gongs. « Qu'est ce qui peut bien animer certains exécutifs des Mairies à garder les solutions sans résultats probants alors qu'il existe des alternatives innovantes en matière de traitement des déchets à l’instar de l’économie circulaire avec la fabrication du compost qui va servir à créer des bassins de production d'agriculture biologique ? ». Parce qu’il argue que les autorités compétentes doivent reconnaître en toute humilité que le protocole classique de traitement d'ordures ménagères est inadapté dans les grandes villes dont on ne maîtrise ni les données démographiques encore moins la pression foncière.



Mathieu Nathanaël NJOG

 

 
 
 

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