Le Bus Rapid Transit « TransYaoundé » prend forme et lance sa grande mue métropolitaine
MOBILITE URBAINE
Un corridor pilote Nord-Sud de 22 kilomètres, 28 stations ultra-modernes et une flotte projected de 52 bus électriques articulés : la capitale politique du Cameroun franchit un cap décisif dans la restructuration de sa mobilité urbaine. Présidée ce mercredi 23 septembre 2026 à l’Hôtel de Ville par le Maire de la ville, Luc Messi Atangana, la cérémonie de lancement officiel de la phase préparatoire du Bus Rapid Transit (BRT), baptisé « TransYaoundé », marque l'entrée du projet dans une dynamique opérationnelle d'études de conception détaillée et de concertation inclusive. Entre ambitions d'intermodalité, défis de financement de près de 120 milliards FCFA et impératifs socioculturels, retour sur les grands enjeux technologiques, économiques et civiques du « métro de surface » yaoundéen.

La salle des délibérations de l'Hôtel de Ville de Yaoundé offrait, ce mercredi 23 septembre 2026, le décor des grand-messes institutionnelles qui marquent le tournant décisif d'une métropole en quête de modernité. Sous la présidence effective du Maire de la ville, Luc Messi Atangana, s'est tenue la réunion de lancement officiel de la phase préparatoire du projet de Bus Rapid Transit (BRT), baptisé « TransYaoundé ». Autour de la table, l'arène des décideurs publics et des partenaires du développement affichait complet. Représentants des administrations sectorielles impliquées, délégations de l’Union européenne (UE) et de l’Agence française de développement (AFD), syndicats de transporteurs urbains, autorités traditionnelles et délégués des populations riveraines ont pris part à cette assise cruciale. L'objectif partagé était clair : sceller le pacte de concertation autour d'une infrastructure destinée à redessiner le paysage socio-économique et spatial de la capitale politique camerounaise. Pour Luc Messi Atangana, ce lancement matérialise l'aboutissement d'une réflexion stratégique engagée depuis plusieurs années pour désaturer une cité suffocante sous les embouteillages chroniques, la dégradation des artères principales et le désordre urbain. Dans son discours d'ouverture, l'édile de la capitale a rappelé la vision centrale du projet : offrir aux Yaoundéens une alternative de transport en commun fiable, écologique, sécurisée et accessible financièrement à toutes les couches sociales.
Du Nord au Sud : L'anatomie d'un corridor de 22 kilomètres
Au cœur des présentations techniques dévoilées lors de cette réunion de lancement, le tracé de la ligne pilote de TransYaoundé dessine une véritable colonne vertébrale nord-sud pour la cité des sept collines. S'étendant sur une longueur comprise entre 22 et 24 kilomètres, ce corridor structurant a pour mission d'interconnecter les deux portes d'entrée majeures de la ville. Le parcours reliera directement la plateforme multimodale d’Olembé, au Nord, à la pénétrante Sud au niveau d’Ahala. Entre ces deux terminus clés, le BRT traversera des hubs névralgiques de forte densité démographique et commerciale : Messassi, le carrefour Etoudi, le plateau administratif de l’Hôtel de Ville, le Marché central, l’axe historique du Poste central, puis les carrefours stratégiques de Mvog-Mbi et Mvan. L'architecture du réseau prévoit l'implantation de 28 stations sécurisées et aménagées, équipées de systèmes de billettique intelligente et d'accès facilités pour les personnes à mobilité réduite. Grâce à des voies de circulation strictement réservées (site propre) et à un système de priorité absolue accordé aux bus aux carrefours à feux, le temps de trajet entre Olembé et Ahala sera significativement réduit, passant d'environ 80 minutes actuellement dans les bouchons à 65 minutes sur voie dédiée.

Des bus électriques articulés de 18 mètres pour décarboner la ville
L'une des innovations majeures de TransYaoundé réside dans le choix de sa technologie roulante. Le projet prend le pari de la transition énergétique en misant sur des véhicules 100 % électriques articulés d'une longueur de 18 mètres. Pour la première phase d'exploitation du corridor pilote, la feuille de route prévoit le déploiement de 52 bus électriques articulés, capables de transporter environ 43 000 à 50 000 passagers par jour. À terme, avec la montée en puissance de la flotte qui devrait atteindre 137 véhicules, la capacité d'emport du réseau grimpera à près de 110 000 voyageurs quotidiens. Outre le gain écologique substantiel en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de pollution sonore en plein centre-ville, ce système garantira un niveau de confort et de sécurité inédit. Sur le plan financier pour les usagers, le tarif moyen annoncé lors de la réunion de lancement oscille entre 200 et 300 F CFA. Cette grille tarifaire sociale vise à rendre le service compétitif par rapport aux taxis collectifs et aux mototaxis, tout en garantissant un droit à la mobilité pour les classes populaires.
Entre études financées et levée de fonds pour les travaux
Présenté familièrement comme le « métro de surface » de Yaoundé, le projet TransYaoundé impose toutefois une distinction rigoureuse entre la phase d'études actuellement financée et la réalisation des grands travaux d'infrastructure. Le coût global du projet est estimé dans une fourchette allant de 100 à 180 millions d’euros, soit environ 66 à 118 milliards FCFA (couramment arrondis entre 65 et 120 milliards FCFA). L'ampleur définitive de l'enveloppe dépendra des arbitrages techniques retenus lors des études de conception détaillée, notamment en ce qui concerne les ouvrages d'art, le réaménagement de voirie de façade à façade et l'expropriation des emprises. Pour l'heure, l'étape engagée ce 23 septembre 2026 repose sur une enveloppe financière ferme de 4 millions d’euros (environ 2,6 milliards FCFA) sous forme de don mobilisé par l’Union européenne et l’Agence française de développement (AFD). Ces fonds sont spécifiquement attribués au financement des études techniques de détail, à la concertation publique et à l'assistance à la maîtrise d'ouvrage (AMO). La mobilisation des financements lourds destinés aux chantiers de construction et à l'acquisition du matériel roulant fera l'objet de négociations ultérieures auprès des bailleurs de fonds internationaux et de partenaires privés dans le cadre de partenariats public-privé (PPP).

Une trajectoire issue du Plan de Mobilité et du programme MoVe Yaoundé
Le projet de BRT ne surgit pas ex nihilo dans le paysage urbain. Il s'inscrit en droite ligne du Plan de Mobilité Urbaine Soutenable (PMUS) de la Communauté Urbaine de Yaoundé, arrêté et validé dès 2019 pour anticiper la croissance démographique galopante de la capitale. Ce cadre stratégique a bénéficié d'une accélération notable grâce au programme « MoVe Yaoundé » (Mobilité Verte et Sûre à Yaoundé), lancé officiellement en janvier 2024. Ce programme préparatoire a permis de réaliser les pré-faisabilités techniques, d'analyser la demande de transport et de structurer l'intermodalité entre le futur BRT et les modes traditionnels (taxis, clando, mototaxis). Alors qu'une mise en service initiale à l'horizon 2028 a parfois été évoquée, les responsables du projet et les partenaires financiers rappellent que le calendrier demeure tributaire de la finalisation des études détaillées, de la libération des emprises et du bouclage du tour de table financier. La cérémonie de l'Hôtel de Ville marque ainsi une étape fondatrice dans le mûrissement du dossier, posant les bases solides avant le premier coup de pioche.
Le défi de l'intégration des acteurs du transport privé
Au-delà des métriques d'ingénierie et des flux financiers, la réussite de TransYaoundé repose sur l'adhésion sociale et l'intégration harmonieuse de l'écosystème du transport existant. Le Maire Luc Messi Atangana l'a martelé : le BRT n'a pas vocation à éradiquer les taxis de ville ou les mototaxis, mais à restructurer l'offre globale à travers une complémentarité intelligente. La phase préparatoire qui s'ouvre accorde une place prépondérante à la concertation avec les syndicats de transporteurs, les commerçants du marché central et les populations riveraines du tracé. L'enjeu est de transformer les acteurs traditionnels du transport informel en rabatteurs vers les 28 stations du corridor, créant ainsi de nouvelles opportunités économiques via des lignes feeder (lignes d'alimentation). En ouvrant ce chantier d'envergure, la Communauté Urbaine de Yaoundé et ses partenaires internationaux posent les jalons d'une transformation profonde de la capitale. TransYaoundé s'affirme comme le laboratoire d'une métropole africaine moderne, résiliente et inclusive, décidée à faire du droit à la mobilité un levier majeur de son développement socio-économique.
Mathieu Nathanaël NJOG
Journaliste d'Investigation, Grand Reporter & Analyste Spécialisé des Questions Economiques

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