Le GECAM estime à 202,2 milliards de FCFA, les pertes directes pour les 289 entreprises affectées
- Mathieu Nathanael NJOG
- 17 janv.
- 5 min de lecture
CRISE POST-ELECTORALE DE 2025
Une étude du Groupement des Entreprises du Cameroun sur l’impact profond de la crise post-électorale sur l’économie nationale a permis de produire un rapport d’évaluation qui a conduit a révélé que le secteur privé a été victime d’un choc sans précédent. Avec 94 % des entreprises affectées, une baisse moyenne du Chiffre d’affaires de 33,5 %, et des pertes directes estimées à 202,2 milliards de FCFA. Ce document sert aussi de plaidoyer pour proposer au gouvernement des recommandations.

Le Groupement des Entreprises du Cameroun (GECAM) a mené du 06 novembre au 02 décembre 2025 une enquête dont ont répondue 283 entreprises membres et non membres de ce patronat, représentant un poids économique de 4 825 milliards de FCFA de Chiffre d’affaires, soit près de 67% du chiffre d'affaires national. Elle a été complétée par des entretiens qualitatifs auprès de 11 organisations professionnelles clés. Elles représentent un échantillon composé de 56% de PME, 28% de micro-entreprises et 16% de grandes entreprises (LE), couvrant les secteurs de la Production (26%), du Commerce (27%) et des Services (47%). Il ressort que 78% des entreprises sondées sont installées à Douala qui était l’épicentre de la crise. Une crise post-électorale de la présidentielle du 12 octobre 2025 d'une ampleur sans précédent au Cameroun. Elle a connu trois phases successives : caractérisées par une montée des tensions entre le 12 et le 25 octobre ; une intensification des troubles entre 26 et le 30 octobre ; et de graves perturbations de l'activité économique du fait des opérations dites de « villes fantômes » entre le 03 et le 05 novembre 2025 voire au-delà. Ces différentes phases ont entraîné des perturbations importantes de l’activité économique nationale, notamment dans les régions du Littoral, de l’Extrême-Nord, du Sud-Ouest, de l’Est et de l’Ouest.
Elles ont été marquées par un contexte d’instabilité sécuritaire accrue, de perturbations de la chaîne d’approvisionnement et de fort ralentissement de la demande, affectant particulièrement le secteur privé. Entrainant des interruptions des flux logistiques, des fermetures temporaires ou prolongées et à une forte baisse de fréquentation. Toute chose qui a fait subir aux entreprises un choc économique majeur, mettant en évidence des vulnérabilités structurelles différenciées et des capacités de résilience inégales. « À cet égard, 94 % des entreprises interrogées ont déclaré avoir été touchées, directement ou indirectement, par ces événements ». L’évaluation approfondie de cette enquête révèle qu’avant l'éclatement de la crise, le tissu économique était déjà fragile. A cet effet, 65 % des entreprises déclaraient se trouver dans une situation vulnérable ou intermédiaire. Alors que 58% des entreprises ont fait état de difficultés préexistantes, liées notamment à la hausse des coûts des intrants, à un accès restreint aux devises étrangères et à un approvisionnement insuffisant en fourniture en énergie électricité.

Les actes de vandalisme ont entrainé des dégâts de 9,156 milliards de FCFA
Conséquence, la crise a entraîné une contraction moyenne du chiffre d'affaires de 33,5%, correspondant à une perte de 202,2 milliards de FCFA (environ 0,6% du PIB en 2025), dont 160,5 milliards de FCFA imputables à la seule ville de Douala. Les finances publiques ont également été touchées, avec un déficit fiscal immédiat estimé à 43,3 milliards de FCFA, principalement au niveau de la TVA et de l'impôt sur les sociétés. Cependant, il est donné de constater que les secteurs les plus touchés sont : - l'hôtellerie et la restauration (–53,4%) ; - la construction (–44,6%) ; l’Industrie et l’énergie (–39,8%). Par ailleurs, 24 entreprises, soit 08% de cet échantillon ont signalé des dégâts matériels (vol, destruction, incendie), estimés (sur la base des 15 entreprises ayant fourni des informations lors de l'enquête quantitative) à 9,156 milliards de FCFA, le secteur du commerce et de la distribution étant parmi les plus touchés. Le rapport fait ressortir que la crise post-électorale s’est notamment traduit pour ces entreprises par des perturbations logistiques et des hausses de coûts généralisées, le blocage des flux logistiques, affectant particulièrement l'agriculture (86%) et l'industrie (74%) ; des pressions inflationnistes importantes, avec un taux moyen de 20,1% observé par les entreprises, pour atteindre 32,5% dans le secteur agricole ; mais aussi des arrêts effectifs d'activité, touchant 75 % des entreprises.
Une situation qui a entrainé des tensions de trésorerie et risques de solvabilité. Puisque ces perturbations ont provoqué un assèchement marqué des liquidités. C’est ainsi que 44% des entreprises ont déclaré ne plus être en mesure de faire face à leurs obligations fiscales, 45% à leurs cotisations sociales et 40% à leurs paiements bancaires. Au total, 30 % des entreprises ont signalé leur incapacité à respecter les trois types d'engagements, ce qui représente un risque important pour la continuité de l'activité économique formelle. Dans les impacts sociaux et managériaux, la pression financière a conduit 17,3 % des entreprises à réduire leurs effectifs. Au-delà des suppressions d’emplois, 56 % des organisations reconnaissant faire face une dégradation significative du climat social et du fonctionnement interne. La perception du climat des affaires reste une préoccupation majeure : 81 % des entreprises qualifient la situation de fragile, critique ou très préoccupante. Dans ce contexte, le moral des chefs d'entreprise apparaît durement touché, puisque 39% d'entre eux expriment des sentiments de pessimisme ou de détresse, une proportion qui monte à 50% dans le secteur de l'hôtellerie-restauration.
Le GECAM ne s’est pas contenter de faire une évaluation alarmiste de la situation. Son rapport est aussi assorti des recommandations stratégiques sur les leviers de relance identifiés comme prioritaires par les chefs d'entreprise. Ce sont entre autres : - 72 % des entreprises sollicitent des mesures fiscales d'urgence allant de l’allègement ciblé au moratoire sur les audits en passant par le report des échéances pour alléger la pression de trésorerie des entreprises ; - 51% des entreprises plaide pour un appui financier à travers la mobilisation de mécanismes de financement, à l’instar des subventions et lignes de crédit, avec un accent particulier pour 63% sur les micro-entreprises qui en ont fait la demande ; - 46% et 45% entreprises aspirent à une réhabilitation des installations de production endommagées et renforcement de la sécurité dans les zones économiques ; - Et globalement, il y a une exigence faite sur des mesures d'apaisement logistique concernant le secteur des transports mais qui affecte toute la chaine logistique d’approvisionnement. Il est le fruit d’un atelier sur le retour d'expérience. Il s’agit de la suspension temporaire des contrôles routiers sur les grands corridors afin de rétablir les flux commerciaux. Et l’étude de conclure que : « Cette crise d'une gravité exceptionnelle pour le secteur privé a touché près d’un tiers du tissu productif formel qui se trouve dans une situation de vulnérabilité critique ». Et de poursuivre par l’appel à : « Une réponse rapide, concertée et cohérente qui apparaît essentielle afin de contenir les effets de la crise et transformer cette période de fragilité en une opportunité de réformes structurelles afin de favoriser la compétitivité et la stabilité durable de l'économie camerounaise ».
Mathieu Nathanaël NJOG


.jpeg)