Le lancement du Budget à Ngaoundéré a permis d’afficher les ambitions de l’Etat
- Mathieu Nathanael NJOG

- 19 janv.
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LOI DE FINANCES 2026
La cérémonie traditionnelle de lancement de budget au titre de l’exercice 2026 a été présidée le 13 janvier 2026 à Ngaoundéré par le Ministre des Finances, Louis Paul Motaze. A l’occasion des hauts responsables des ministères en charge des Finances, de l'Économie et des Marchés publics ont présenté des communications techniques sur la circulaire d'exécution du budget, les principales réformes et innovations fiscales, douanières et comptables, le Budget d'Investissement Public, ainsi que sur les défis de l'exécution des lois de finances

Devant la forte mobilisation des différentes composantes sociologiques de la région, conduit par le Gouverneur de la Région de l’Adamaoua, Kildadi Taguieke Boukar t son Etat-major, au rang desquelles les élus, les opérateurs économiques, les autorités administratives, sécuritaires, religieuses, traditionnelles, le Ministre des Finances, Louis Paul Motaze, ayant fait le déplacement en grande formation avec ses responsables des services centraux et déconcentrés de ladite région, mais aussi et surtout avec les responsables d'autres départements ministériels, notamment le Ministère de l'Économie, de la Planification et de l'Aménagement du Territoire (MINEPAT), le Ministère des Marchés Publics (MINMAP) et le Ministère de la Décentralisation et du Développement Local (MINDDEVEL), a tenu à préciser que : « Le lancement du budget de l'État n'est pas un simple rituel administratif. II constitue un cadre privilégié d'échanges sur les défis de l'exécution des lois de finances et pose les bases d'un dialogue de gestion horizontal et vertical ». A travers plusieurs communications, ces différentes responsables de la suite du Ministre des Finances ont présenté les grandes lignes du budget, et éclaire les citoyens sur les priorités publiques, les choix fiscaux et les projets majeurs prévus pour l’année à venir. L’objectif principal étant de donner aux acteurs de la chaîne budgétaire une vision globale et compréhensible des politiques menées afin de susciter leur adhésion mais aussi et surtout favoriser une exécution optimale des lois de finances. Parce qu’il en existe trois types de lois de finances : - la loi de finances initiale ou première loi de finances que le Parlement vote ; - la loi de finances rectificative ou collectif budgétaire est une loi qui modifie au cours de l’année les dispositions de la loi de finances initiale ; et - la loi de règlement quant à elle, constate les résultats de l’exécution de la loi de finances. Une simplification de la compréhension qui interpelle chaque citoyen à un sursaut patriotique aussi bien dans l’accomplissement de son devoir fiscal que dans la gestion des ressources publiques.
Les chiffres clés
A la suite des présentations en langage simplifié et facile portant notamment sur la circulaire d'exécution du budget, les principales réformes et innovations fiscales, douanières et comptables, le Budget d'Investissement Public, ainsi que les mesures destinées à améliorer l'efficacité de la commande publique, il est ressorti des chiffres clés. Il est à retenir pour une meilleure compréhension par la population que Le budget de l’Etat pour l’année 2026 est équilibré en recettes et dépenses à 8 816,4 milliards de FCFA. Il se répartit en 8 683,9 milliards de FCFA pour le budget général et 132,5 milliards de FCFA pour les 13 Comptes d’Affectation Spéciale (CAS). Par rapport à la loi de finances rectificative de 2025, il a augmenté de 1 080,5 milliards de FCFA (+14%) résultant d’une hausse de 1 014,9 milliards de FCFA du budget général et de 65,6 milliards de FCFA du budget des CAS. Les recettes propres de l’Etat sont estimées à 5 687,0 milliards de FCFA dont 523,7 milliards de FCFA de recettes pétrolières et gazières ; 3 446,2 milliards de FCFA de recettes des impôts et taxes ; 1 243,2 milliards de FCFA de - recettes douanières ; 400,0 milliards de FCFA de recettes non fiscales s’établissent ; 73,8 milliards de FCFA de dons ; 2 996,8 milliards de FCFA d’emprunts. Les dépenses de l’Etat sont projetées à 6 210,5 milliards de dépenses du budget général hors remboursement du principal de la dette ; dont 2 031,15 milliards de budget d’investissement public ; 1 626,2 milliards de FCFA de dépenses de personnel ; 532,5 milliards de FCFA des intérêts de la dette publique ; 631,0 milliards de FCFA (1,7% du PIB) de déficit budgétaire ; 1 890,6 milliards de FCFA dont 1 041,6 milliards de FCFA pour la dette intérieure de remboursement de la dette publique ; 1 339,5 milliards de FCFA destinés à l’acquisition des infrastructures productives et des équipements collectifs ; 1 107,0 milliards FCFA prévus pour l’éducation, 391,3 milliards FCFA pour la santé publique ; 77,8 milliards de FCFA pour le secteur Affaires Sociales et Emploi ; 1 106,2 milliards de FCFA alloués à la décentralisation, en hausse de 147,4 milliards par rapport à 2025 ; 50 milliards FCFA destinés au soutien à l’autonomisation des femmes et à la promotion de l’emploi des jeunes.

Les reformes structurantes
Pour le MINFI, tout en s'inscrit dans la continuité de la mise en œuvre de la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND 30), la loi de Finances 2026 vise à transformer structurellement notre économie, à renforcer sa résilience face aux chocs internes et externes, et à assurer une croissance inclusive, créatrice d'emplois et de richesses durables, tout en garantissant la mise en œuvre efficace des objectifs prioritaires fixés par le Président de la République pour le prochain septennat. Traduisant la volonté du Gouvernement de consolider la reprise économique observée ces dernières années, de renforcer l'investissement public productif, de préserver les équilibres macroéconomiques et budgétaires, tout en poursuivant les efforts de soutien au pouvoir d'achat des ménages et de protection des couches sociales les plus vulnérables. Quant à la décentralisation, cette loi de finances marque une étape décisive dans la consolidation de la fiscalité locale, à la suite de l'adoption, en 2024, de la loi y relative. En consacrant le transfert effectif de certaines recettes fiscales au profit des Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD). Une réforme qui vise à renforcer durablement leur autonomie financière et à leur donner les moyens d'exercer pleinement les compétences qui leur sont dévolues. Elle permet ainsi d'accroître de manière substantielle les ressources fiscales affectées aux communes et aux régions, tout en donnant un contenu concret et opérationnel au panier fiscal dévolu à l'échelon régional, pierre angulaire de l'approfondissement du processus de décentralisation. « Dans le cadre de la mise en œuvre de cette réforme structurante, des mécanismes spécifiques ont été mis en place par les services budgétaires, fiscaux et comptables du Ministère des Finances afin d'assurer un recouvrement efficace et un reversement régulier des recettes au profit des CTD », souligne Louis Paul Motaze, Ministre des Finances.
Il en est de même de la dimension agro-pastorale. De nombreuses dispenses fiscales sont prévues en faveur des agriculteurs tant en phase d'investissement que d'exploitation, permettant de revoir le coût de l'investissement dans le secteur agricole (agriculture, élevage et pêche) à la baisse de près de 30%. Il s'agit, sans être exhaustif, de la dispense des charges fiscales et patronales sur les salaires versés aux ouvriers agricoles saisonniers; de l'exonération de la TVA sur l'achat des pesticides, des engrais et des intrants, ainsi que des équipements et matériels de l'agriculture, de l'élevage et de la pêche; de l'exonération des droits d'enregistrement des mutations de terrains affectés à l'agriculture, à l'élevage et à l'aquaculture; de l'exonération des droits d'enregistrement des conventions de prêts destinées au financement des activités agricoles, de l'élevage et à la pêche; de l'exonération de la taxe foncière des propriétés appartenant aux entreprises agricoles, d'élevage et de pêche, et affectés à ces activités, à l'exclusion des constructions à usage de bureau; de l'exonération au cours des cinq (05) premières années d'exploitation, de la contribution des patentes et de l'acompte et du minimum de perception de l'Impôt sur le revenu. « Ces mesures, parmi tant d'autres, constituent la preuve éclatante, s'il en était encore besoin, de la ferme volonté des pouvoirs publics de faire de l'agriculture un véritable moteur de la croissance économique de notre pays. Elles traduisent l'ambition clairement affirmée de donner une impulsion décisive à l'accroissement de la production agricole et à la promotion de la transformation locale de nos produits, afin de créer davantage de valeur ajoutée, de stimuler l'emploi et de renforcer la résilience de notre économie », affirmera Louis Paul Motaze . Et de poursuivre : « En plaçant l'agriculture au cœur de ses priorités, l'État réaffirme ainsi sa volonté d'assurer un développement équilibré, inclusif et durable, au bénéfice des populations et des générations futures ».
Obligation de transparence de la SNH
Ce budget ambitieux, plus structuré et plus social, est émaillée des innovations. Les principales innovations de la loi de finances 2026, portent sur : - La mise en place des dotations aux pouvoirs publics pour les institutions constitutionnelles (Présidence de la République, Premier Ministère, Assemblée Nationale, SENAT, Conseil Economique et Social, Cour Suprême et Conseil Constitutionnel), qui ne sont désormais plus soumises à la définition d’un cadre de performance en lien avec le budget ; - la suppression des chapitres communs, pour donner place aux dotations pour dépenses accidentelles et imprévisibles (qui ne dépassent pas 10% des crédits du budget de l’Etat), logés l’une au MINEPAT (investissement) et l’autre au MINFI (fonctionnement). Rappelons que, les chapitres communs regroupaient des provisions budgétaires non réparties dont la gestion était centralisée et gérée par le MINFI et le MINEPAT au profit des administrations. Le montant de ces provisions était élevé, contrairement aux bonnes pratiques internationales en matière de transparence budgétaire. Ainsi, il a été procédé au reversement dans les budgets des ministères concernés des dépenses prévisibles jadis financées par lesdits chapitres, et deux dotations ont été constituées pour les dépenses accidentelles et imprévisibles ; - la création de deux dotations spéciales regroupant respectivement les crédits de la dette et ceux des pensions ; - la création d’un Fonds Spécial, pour le soutien à l’autonomisation économique des femmes et à la promotion de l’emploi jeune d’un montant de 50 milliards ; - l’éclatement du Fonds de reconstruction des Régions de l’Extrême-Nord, du Nord-Ouest et du Sud-Ouest en deux Fonds distincts, l’un pour la région de l’Extrême-Nord, et l’autre pour les Régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, pour une meilleure efficacité ; - la disparition des interventions directes de l’Etat au niveau de la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH). Ainsi dorénavant, la SNH transférera au Trésor Public, toutes les recettes issues de la vente d’hydrocarbures sans déduire les transferts et paiements dus par l’État à la SNH ; - l’application intégrale du décret de 2019 portant Nomenclature budgétaire de l’Etat, à travers l’implémentation des classifications administrative et fonctionnelle. A l’instar de la création d’un Fonds Spécial pour l’Autonomisation Economique des Femmes et pour la Promotion de l’Emploi des Jeunes. « C’est à ce prix que nous atteindrons l’efficacité recherchée des politiques publiques » conclura Louis Paul Motaye.
Mathieu Nathanaël NJOG


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