Le langage de vérité du Ministre Elondou Essomba n’a pas satisfait les attentes des industriels
- Mathieu Nathanael NJOG
- il y a 5 jours
- 6 min de lecture
CRISE ENERGETIQUE
Le Ministre de l’Eau et de l’Energie a clôturé le 22 janvier 2026 une visite de travail de trois jours dans la région du Littoral par un atelier d’échange stratégique au GECAM pour décrypter avec les opérateurs économiques les enjeux du secteur de l’électricité qui est en proie à d’énormes perturbations mais aussi qui est en pleine mutation. Cette rencontre fait suite à son précédent passage en février 2024 où il avait fait des promesses non tenues sur l’amélioration de la fourniture en énergie électrique.

L’accès à l’électricité est un enjeu majeur pour insuffler une croissance économique durable. Malheureusement dans le contexte actuel, l'insuffisance, l'instabilité (délestages fréquents) et le coût élevé de l'énergie électrique constituent un frein majeur à l'industrialisation du Cameroun. Le Ministre de l’Eau et l’Energie (MINEE) Gaston Eloundou Essomba a effectué une visite de travail les 20 et 21 janvier 2026, au cours de laquelle, il est allé évaluer les travaux de construction du corridor de la ligne 400 (225 KV) de Nkolkoumou-Edea dans la Sanaga-Maritime, et des postes de transformation de Bekoko, Bonamoussadi, Koumassi, Deido, Logbaba et Ngodi-Bakoko. Un séjour qu’il a clôturé le 22 janvier 2026, en prenant part en compagnie du Gouverneur de la région du Littoral, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, des Directeurs Généraux de SONATREL, ARSEL et ENEO, à l’atelier d’échange stratégique organisé par le Groupement des Entreprises du Cameroun (GECAM) en vue de rassurer le patron sur les évolutions majeures d’un secteur de l’électricité, considéré comme un socle essentiel de l’essor économique, et qu’on dit en pleine mutation dans une période où la fourniture en énergie électrique connait de fortes perturbations, et peine à alimenter les populations en général et en particulier le secteur industriel de manière fiable. Portant la voix du patronat, le Président de la Commission Industrielle et Compétitivité, Ibrahima Ousmanou n’a pas caché la colère des Chefs d’entreprises dont 80 % souffre de cette crise énergétique. S’offusquant comme lors de la rencontre de 2024, du manque d’un planning de coupure et lorsqu’il existe du respect de celui-ci. « Le véritable souci, ce sont les interruptions non maîtrisées et la mauvaise qualité de l’énergie. Cela bloque l’investissement, augmente les charges imprévues et renchérit les coûts de production », a-t-il dénoncé. Et d’ajouter : « Groupes électrogènes surtaxés, carburant coûteux, pannes d’équipements, double fiscalité : pour les industriels, la crise énergétique agit comme un impôt indirect sur la production, freinant l’expansion et l’emploi ». Et comme piste de solution, il a mis l’accent sur la nécessité de l’instauration d’un dialogue transparent et de l’élaboration et le suivi d’un tableau de bord opérationnel pour résoudre les problèmes récurrents de production et de distribution électrique. « L’industrie peut s’adapter à un déficit, à condition qu’il soit prévisible », a-t-il déclaré. A sa suite, le Président du GECAM, Célestin Tawamba, s’est montré encore plus incisif en déplorant de manière sibylline que les promesses du MINEE de février 2024 n’ont pas été tenues : « Plus nous parlons, plus la situation se dégrade. Les entreprises ont besoin de visibilité. Si rien ne change, il faudra dire aux investisseurs de cesser de venir. » Et jetant comme un pavé dans la marre, l’exaspération des patrons dont plus de 200 ont fait le déplacement pour avoir réponse à cette lancinante question : « Nous avons lourdement investi dans les barrages. Mais on a l’impression que plus on investit, moins il y a de l’électricité. Comment l’expliquer ? » Pourtant, il est de notoriété mondiale que le Cameroun dispose le 3e potentiel hydroélectrique d'Afrique subsaharienne.

Le MINEE vent les reformes d'envergure du gouvernement
En réplique, le Ministre de l’Eau et de l’Energie, Gaston Eloundou Essomba qui avait annoncé en février 2024, lors de sa précédente séance d’échange avec le patronat avait annoncé qu’avec la mise en service des sept (07) groupes du Barrage de Nachtigal en fin de ladite année pour une offre totale en énergie électrique de 420 MW, les coupures d’électricité seront de vieux souvenir. Puisqu’elle permettrait de compenser en coût et en régularité l’approvisionnement des centrales thermiques, afin d’observer un retour progressif à la normale dans les sept régions qui constituent le Réseau Interconnecté Sud (RIS). Pour justifier cette promesse non tenue, il va expliquer que certes l’offre de production du Cameroun est de 1 536 MW (dont 1 365 MW venant de l’hydroélectrique et du gaz, et 171 MW de fuel) mais la demande qui est affichée est de 1 206 MW. Normalement, en situation optimale de production, l'offre est supérieure à la demande et ceci sans avoir recours à la production thermique et du fuel. Mais for curieusement, les interruptions intempestives de l’énergie électrique persistent. Il va évoquer pour plusieurs contraintes. La plus fondamentale est la faible pluviométrie du fait du phénomène des changements climatiques. « La saison des pluies 2025 a été l'une des saisons des pluies les plus courtes. Nous avons 04 barrages réservoirs avec une capacité de plus de 13 milliards m3 d'eau, mais nous avons enregistré un déficit hydraulique de 3 milliards de m³ », indiqué Gaston Eloundou Essomba. Conséquence les Barrages de Nachtigal, de Song-Loulou, et Edéa ne fonctionnent pas à leur plein régime. Ils ne peuvent produire respectivement qu’en deçà de leur capacité : 260 MW sur 420 MW, 320 mW sur 384 MW et 60 MW sur 100 MW. Pour ne pas arranger les choses, il va maintenir l’incertitude :« Personne ne peut provoquer hydrologie et aujourd'hui personne ne peut nous dire le volume d’eau qu’on va recevoir pendant la saison des pluies de 2026 ». La deuxième contrainte est liée à la saturation des infrastructures de transport, notamment entre Edéa et Douala où la capacité de transit est de 545 MW pour une demande à Douala d’au moins de 671 MW, alors que l’offre disponible qui est fournie est de 811 MW. Des travaux en cours pour augmenter la capacité de transit seront livrés en fin juin 2026. « C'est dire que même cette année, nous ne serons pas sortis de l'auberge. La situation sera autant cauchemardesque que les années antérieres », a susurré un Chef d'entreprise. A cela s’ajouter d’autres contraintes qui sont liées aux surcharges des transformateurs aussi bien en moyenne et basse tension ; aux surcharges des lignes de distributions, aux impayés dus aux différentes Centrales dont l’ardoise est de près de 170 milliards de FCFA, ce qui entraine une autre grosse contrainte qui est la non maintenance de ces unités de production. Toutes ses contraintes conduisent à un déséquilibre financier exorbitant et chronique du secteur, qui affiche un déficit mensuel de 13 milliards de FCFA pour ENEO, soit 156 milliards de FCFA par an.

Les retombéés prévisionnelles: réalité ou mirage?
Mais le MINEE, Gaston Eloundou Essomba va se montrer très confiant pour les mois et les années à venir au regard des réformes structurelles engagées par le gouvernement qui proposent des solutions qu’il dit efficientes et efficaces. A l’instar de la renationalisation en cours de la société ENEO Cameroun qui est présenté comme la réforme la plus fondamentale pour laquelle le gouvernement est en train de mobiliser la liquidité nécessaire pour payer la valeur transactionnelle de 78 milliards de FCFA. Soutenant qu’elle s'inscrit dans une logique de renforcement de la souveraineté énergétique, de sécurisation des services publics stratégiques et de redressement structurel du secteur de l'électricité. Ce qui va permettre de mener des actions fortes dans la quête à un équilibre financier qui permettront de couvrir le gap de 13 milliards de FCFA dès 2027. Cela passe par le refinancement de la dette du secteur et l’assainissement des arriérés ; la lutte renforcée contre la fraude et les pertes d’énergie estimée à 60 milliards de FCFA de pertes annuelles ; le raccordement de 150 MW supplémentaires pour les industriels de la zone de Douala avant fin 2026 ; le paiement systématique des factures des administrations publiques ; la poursuite du remplacement de 1,33 millions de compteurs post-payés en pré-payé. A cet effet, 50 000 compteurs pré-payés ont été commandés pour être installés en 2026. Ce qui permettra une avance de plus ou moins de 200 millions de FCFA par mois que ENEO va recevoir, et d’une diminution des charges d'environ 20 millions de FCFA par mois liées à l'enlève et à la distribution des factures. De même, les coûts de l'assistance technique vont connaître un déclinement suffisamment important d’au moins 300 millions de FCFA par mois. « En synthèse partielle, nous disons qu'en fin 2027, l'ensemble de ces opérations entamées pourraient générer des revenus prévisionnels additionnels cumulés de 09 milliards de FCFA. De plus, les charges vont connaître une baisse de 3,8 milliards de FCFA, soit une réduction des charges en 2026 de 2,5 milliards de FCFA et des charges supplémentaires de l'ordre de 4,5 milliards, faisant ainsi passer des charges de 44 à environ 40 milliards de francs CFA. Le secteur pourra ainsi couvrir le gap de 13 milliards de francs CFA dès 2027 », affirme Gaston Eloundou Essomba. L’autre solution est la signature du Compact Énergétique du Cameroun validé en août 2025 par les Bailleurs de fonds. Ce qui va favoriser le développement des infrastructures de production dans la perspective d’accroître l'offre en énergie d’au moins 3 000 MW à l'horizon 2030. Ceci afin de fournir l'accès à l'électricité à environ 8 millions de personnes supplémentaires et aux industries, faisant passer le taux d'accès de 74% aujourd'hui national à 100%. Le Ministre Eloundou Essomba de rassurer : « Alors, nous disons qu'en fin 2028, la poursuite des opérations entamées en 2026 et en 2027 pourrait générer des revenus prévisionnels de 16 milliards FCFA. Ce secteur pourra ainsi couvrir la totalité du cap du 13 milliards. Et générer un surplus de 6,6 milliards de FCFA ». Avant de conclure que la recherche de cet équilibre financier va générer des investissements qui sont garants de l'amélioration du secteur de l'électricité. C’est pourquoi, il invite le secteur privé à s’investir car l’atteinte de ces résultats en s’engagent dans quelques-uns de ces projets, sinon cela ne sera possible.
Mathieu Nathanaël NJOG


.jpeg)