Le SYNTIC arme ses délégués du personnel pour le combat syndical dans le secteur
TELECOMMUNICATION
À Douala, le Syndicat des Travailleurs de l’Information et de la Communication (SYNTIC) a réuni, du 20 au 21 juillet 2026, une quarantaine de délégués du personnel nouvellement élus. Sous l’encadrement technique de la Fédération SUD-PTT de France, cette session de formation unique vise à transformer les représentants des salariés en acteurs avertis et incontournables du dialogue social.

Les grandes institutions se construisent grâce à de grands hommes. C’est fort de ce précepte que le Syndicat des Travailleurs de l’Information et de la Communication (SYNTIC), sous l'impulsion de son Président national Corneille Koungou, continue d'imprimer sa marque dans le paysage social camerounais. Du 20 au 21 juillet 2026, la capitale économique du Cameroun, Douala, a servi de cadre à un séminaire-atelier intensif de formation syndicale destiné aux leaders et délégués du personnel récemment issu des élections sociales de février dernier. Une quarantaine de participants, venus de diverses régions du pays et représentant les fleurons du secteur des télécommunications et des services (Orange Cameroun, Orange Money, MTN, MMC, Camtel, IHS, Intelcia, Ericsson, InQ Digital, Emploi Service), ont pris part à ces travaux. Une mobilisation impressionnante qui traduit l'estime et la reconnaissance de la base envers une organisation engagée au service de la justice sociale, de la solidarité et de la responsabilité. Pour le président national du SYNTIC, Corneille Koungou, ce rendez-vous s'inscrit dans la droite ligne d'une politique initiée depuis 2019 : « C’est une priorité pour nous dans l’optique de préparer la relève du leadership syndical et d’outiller nos délégués du personnel dans les missions qui les attendent. Surtout que la formation syndicale au Cameroun n’est pas une formation académique. C’est pourquoi nous faisons recours aux partenariats avec des organisations comme le Bureau International du Travail (BIT), la Fondation Friedrich Ebert, et les syndicats africains et européens, comme c’est le cas en ce moment avec les camarades de la Fédération SUD-PTT Solidaires. »

Télécommunications : un secteur sous hautes tensions sociales
Le premier volet de la formation s'est concentré sur l'appropriation des instruments juridiques régissant le travail au Cameroun. Présente pour l'occasion, Mme Ndoum Ezo’o Dorette, Inspectrice du travail, a rappelé avec précision les rôles, missions, droits et devoirs des délégués du personnel. L’inspectrice a vivement insisté sur l’immunité protectrice dont jouit le délégué, rappelant qu’aucun licenciement ni aucune mutation ne peut intervenir sans l'avis préalable du Ministre du Travail. Elle a également réitéré les obligations de l'employeur, notamment la mise à disposition d'un local fonctionnel et l'octroi d'un crédit de 15 heures par mois pour l'exercice de leurs fonctions. Mme Ndoum Ezo’o Dorette n'a pas manqué de cadrer les dérives potentielles : « Les délégués du personnel qui ne sont pas formés confondent très souvent leur rôle. Certains se prennent pour des co-actionnaires, oubliant qu’ils ont signé un contrat de subordination avec leur employeur. Or, comme travailleurs, ils doivent être des exemples. C’est aussi vrai que leurs responsabilités sont biaisées parce que certains employeurs les considèrent comme des ennemis. Pourtant, le délégué est la courroie de transmission entre les travailleurs et la direction, mais aussi le relais avec l’inspection du travail. » Au fil des échanges interactifs, la question de la formation obligatoire à la charge de l'employeur au lendemain des élections, tant sur le rôle du délégué que sur l'hygiène, la sécurité et la santé au travail a été clarifiée.
En cas de blocage d’interprétation des textes, l'usage du recours à l'arbitrage technique de l'Inspection du travail a été préconisé pour tuer dans l’œuf les conflits inutiles. Partenaire stratégique du SYNTIC depuis 2019, la Fédération SUD-PTT de France a dépêché pour la deuxième fois, après son passage remarqué en 2024, l’expert-formateur Bouafi Issam. Ce dernier a rappelé d'emblée la primauté des conventions internationales de l'OIT, qui s'imposent juridiquement en cas de conflit ou de négociation. À travers des travaux pratiques, des simulations et des études de cas concrètes, l'expert français a abordé plusieurs modules cruciaux : techniques de communication, dialogue social, gestion des conflits, santé et sécurité au travail, ainsi que la méthodologie d'élaboration d'un plan d'action d'entreprise. De ces travaux interactifs, un profil-type du « bon délégué » est ressorti. Pour être efficace, le représentant syndical doit : - Être à l'écoute constante des difficultés du terrain et associer directement les salariés aux solutions proposées ; - Imposer la création de conseils de discipline garantissant le principe du contradictoire en cas de menace de licenciement ; - Évaluer froidement le rapport de force et renforcer les adhésions pour asseoir l'influence du syndicat ; - Cartographier les services de l'entreprise pour identifier les freins réels à la performance et aux conditions de travail. « J’ai ressenti chez les participants de la détermination. Si on a de la détermination et de l’envie, on ne peut qu'arriver à ses fins. Le pire serait la résignation. Mais les participants ont montré de la volonté, ce qui prouve qu’ils sont désormais en capacité d’en découdre pour l'intérêt collectif », a confié Bouafi Issam à l'issue des ateliers. Un enthousiasme partagé par les nouveaux élus sur le terrain : « Ce qui m’a le plus marqué, c’est l’interactivité de cette formation. Pour mon premier mandat, j’ai appris énormément sur la posture à adopter, que ce soit dans la négociation ou la rédaction de mon plan d’action », a témoigné l'un des participants.

Bâtir le rapport de force et négocier efficacement
Derrière la réussite de cette session de formation, les débats ont mis en lumière les réalités sombres et les mutations hostiles du secteur des télécommunications au Cameroun. En premier lieu, la faible représentativité des femmes parmi les délégués du personnel a été vivement déplorée, conséquence directe d'une baisse drastique des recrutements féminins dans les métiers de la tech. Plus préoccupant encore, une réticence féroce de certaines multinationales vis-à-vis de l'action syndicale a été dénoncée. Refus d'organiser des élections professionnelles, discriminations à l'encontre des élus les plus vindicatifs, externalisation massive du personnel vers des sociétés d’intérim ou réduction artificielle des effectifs titulaires sur les sites : autant de stratégies d'évitement déployées par le patronat pour affaiblir la représentation des salariés. À ces obstacles s'ajoute le non-reversement récurrent des cotisations syndicales par certains employeurs, asphyxiant financièrement les organisations répressives. C’est d'ailleurs cette contrainte budgétaire qui a contraint le SYNTIC à regrouper ses troupes dans une session unique à Douala, renonçant au format habituel scindé entre Yaoundé et la capitale économique. Face à ce constat, les participants ont réaffirmé l'urgence pour les confédérations de réactiver le plaidoyer politique pour une révision en profondeur du Code du travail de 1992, jugé excessivement favorable au patronat. En attendant une évolution législative, le SYNTIC exhorte ses bases à se battre pied à pied pour la signature et l'application stricte de conventions collectives d’entreprise et de secteur. À la clôture des travaux, le Comité d’organisation a tenu à adresser une distinction de gratitude à Corneille Koungou pour sa vision et son leadership éclairé. Alors que le mandat des nouveaux délégués ne fait que débuter, le message du SYNTIC est clair : la maîtrise du droit et la solidarité de groupe restent les uniques remparts contre l'arbitraire.
Mathieu Nathanaël NJOG



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