Pourquoi le Gouvernement veut reprendre la globalité des actions du Groupe français
- Mathieu Nathanael NJOG

- 16 juil. 2025
- 5 min de lecture
SOCIETE GENERAL DU CAMEROUN
Une convention a été signée le mardi 15 juillet 2025 à Douala entre le Ministre des Finances, Louis Paul Motaze et le Directeur des réseaux Bancaires Internationaux en Afrique, Bassin Méditerranéen et Outre-mer, François Bloch, en vue de la cession à l’État du Cameroun de l’intégralité des 58,08% des parts détenus par le Groupe Société Générale dans sa filiale Société Générale Cameroun. L’ouverture de cette période post-signing va conduire à terme à l’Etat du Cameroun de devenir l’actionnariat majoritaire avec 83,6%. Les enjeux de l’implication du Gouvernement.

La cérémonie officielle de la signature d'un Accord entre l'Etat du Cameroun et le Groupe Société Générale s’est déroulée le 15 juillet 2025 à Douala. Elle portait sur la cession de l'intégralité des parts détenues dans le capital de Société Générale Cameroun (SGC) à hauteur de 58,08% du capital. Les autres actionnaires sont l'Etat du Cameroun qui se situe à 25,6% et Allianz Assurance Cameroun à 16,32%. La composition des délégations des deux parties témoignait de la très haute importance de cet évènement. La Délégation camerounaise conduite par le Ministre des Finances, Louis Paul Motaze était accompagné d’un représentant de la Présidence de la République, un représentant des Services du Premier Ministère, le Gouverneur de la région du Littoral, et son Etat-major, et celle du Groupe Société Générale conduite par le Directeur Afrique de la SG, était accompagné de la Vice-présidente Porte-Parole des Réseaux Bancaires, en Afrique Subsaharienne (AFS) de SG, le Responsable de la Direction Stratégique SG et le Directeur Général SGC. Elle fait suite à la décision du Groupe bancaire français, Société Générale à se désengager de certaines de ses filiales en Afrique, à l’instar de la Société Générale Cameroun. Marquant ainsi sa volonté de mettre un terme à une longue coopération bancaire tissée depuis près de 60 années. Le Groupe SG va engager il y a un an la procédure de vente de cette filiale, au point de trouver un potentiel repreneur, le Gouvernement du Cameroun sur Très Hautes Instructions du Président de la République, s’est opposé en faisant prévaloir le droit de préemption sur l'intégralité des actions à céder, conformément aux dispositions de l'article 10.2 des Statuts de la SGC. « La prise de contrôle par l'Etat vise d'une part à s'assurer de la pérennité et de la continuité des activités de cette banque de référence dans le paysage financier camerounais et, d'autre part, à protéger et garantir les intérêts des clients, des partenaires ainsi que des employés », a déclaré Louis Paul Motaze, Ministre des Finances.

Le processus n’a pas encore été finalisé
Cette signature marque un moment fort dans l'histoire de la relation qui a existé entre l'Etat du Cameroun et cette institution bancaire de référence. En attendant la clôture de la transaction conduit depuis six (06) mois par le Cabinet Grant-Thornton, il faut dire qu’elle ouvre la période post-signing qui va s'étaler jusqu'au départ définitif du Groupe SG de sa filiale Cameroun. Au stade actuel, l’opération reste entre-autre soumise à la validation des autorités réglementaires à savoir, la Commission Bancaire d’Afrique Centrale (COBAC). Toutefois, pour comprendre cet engagement du Gouvernement a réaffirmé sa détermination au renforcement d’un système bancaire solide, inclusif et performant, au service du développement économique et social du Cameroun, il faut tenir compte des sept (07) grands enjeux majeurs qui sous-tendent cette décision de l’Etat du Cameroun. A savoir : - La stabilité du système bancaire camerounais parant du fait que la Société Générale Cameroun est la seule banque dite « internationale » encore présente au Cameroun. Sa présence assure une certaine crédibilité aux yeux des investisseurs internationaux, car elle respecte des standards élevés. Un positionnement que l’État veut éviter afin qu’un éventuel repreneur ne dégrade ces standards, ce qui nuirait à l’image et à la solidité du secteur bancaire local. - Le poids systémique dans l’économie. Classé 2è banque sur le plan national précédé par Afriland Firts Bank, SG Cameroun c’est 140 milliards de FCFA de fonds propres, 1 500 milliards FCFA de dépôts et 1 000 milliards FCFA de crédits. Elle finance presque toutes les grandes entreprises du pays dans le secteur des BTP (Razel,…), des Agro-industries (Boisson du Cameroun,…), du secteur des télécommunications (MTN, Orange), et du secteur des technologies innovantes. La plupart de ces entreprises sont des filiales appartenant aux filiales de multinationales liées à SG Paris par des accords-cadres et dont leur collaboration avec une banque internationale est souvent une exigence pour elles.

Sept grands enjeux pour comprendre le rôle de l’Etat
Last but not the least, puisqu’il y a en outre les enjeux suivants : – La préservation sociale, au regard de ce que la SGC, c’est plus de 800 emplois à préserver. – La sécurité politique, puisque le Cameroun entre à partir d’octobre 2025 dans une série d’élections jusqu’en mars 2026, parmi lesquelles la plus cruciale est l’élection présidentielle qui va ouvrir les hostilités. Dans cette fièvre électorale, tout mouvement social causé par une cession mal gérée pourrait avoir des conséquences néfastes allant à la déstabilisation du pays et par ricochet de l’écosystème financier. Raison pour laquelle l’État a tout intérêt de garantir une transition sans heurts, où toutes les parties (Société Général, Repreneur, et le Personnel) doivent être satisfaites. - Stratégique et financier. SG Cameroun étant une banque très rentable avec un résultat net moyen de 25 milliards de FCFA par an et des dividendes distribués de 15 milliards de FCFA, l’État, qui était jusqu’ici 2è actionnaire avec 25,6%, passera à environ 83,68 % après la reprise des actions de SGC (58,08 %). Permettant ainsi de capter une part plus importante des bénéfices, tout en pouvant revendre ensuite à un nouvel acteur bancaire. Ce d’autant plus que dans l’ensemble, l’État n’a pas vocation à gérer une banque, mais à veiller à la sécurisation de la transition de vente afin de maximiser ses intérêts. Présente au Cameroun depuis une soixantaine (60) d'années, Société Générale a su au fil des décennies, jouer un rôle de premier plan dans l'écosystème financier national à travers le financement de notre tissu économique national, par le biais des innovations dans les services financiers proposés et l'accompagnement de nos politiques publiques de développement. La banque a toujours occupé une place de choix dans le paysage financier national. « Le Gouvernement réaffirme ainsi son engagement à faire en sorte que l’État entende pleinement jouer son rôle de stratège dans le secteur bancaire, afin d’assurer l’inclusion financière, le soutien au développement économique et la souveraineté financière du Cameroun », souligne Louis Paul Motaze, dans le communiqué qui sanctionne cet Accord.
Mathieu Nathanaël NJOG
Article publié dans le journal Le Canard Libéré du Cameroun
www.lecanardlibere237.com
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