Quand l'Ordre des Avocats du Cameroun immole ses propres enfants sur l'autel d'un « assainissement » à géométrie variable
- Mathieu Nathanaël Njog
- 19 août
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 20 août
CRISE AU BARREAU DU CAMEROUN
Par la Résolution n° 003/CB/2026 adoptée le 06 mai 2026, le Conseil de l’Ordre des Avocats au Barreau du Cameroun a brutalement disqualifié plus de 400 avocats stagiaires titulaires de licences professionnelles y compris ceux ayant réalisé de très lourds investissements financiers pour se former dans des institutions de pointe en Afrique Australe et dans des universités d'État ou privées agréées. En leur fermant l'accès au Certificat d’Aptitude à la Profession d’Avocat (CAPA) après deux années de stage bien accomplies et validées, le Barreau viole le principe cardinal de non-rétroactivité, méconnaît le décret présidentiel de 1995 et installe une insécurité juridique dévastatrice au sein du monde judiciaire camerounais.

Le déni des diplômes et l'incohérence institutionnelle
Comment comprendre qu'un Ordre professionnel, censé incarner le temple sacré de la légalité et le bouclier suprême du droit, en vienne à méconnaître des diplômes professionnels délivrés par l'État au profit de la seule licence classique dite académique ? À l’heure où les directives de la CEMAC et l'ensemble des politiques éducatives africaines prônent avec insistance la professionnalisation des enseignements universitaires pour coller aux réalités du marché de l'emploi, le Barreau du Cameroun opte pour un anachronisme consternant. Est-ce que le contenu des formations en cycle professionnel ne contient pas l'intégralité des cours fondamentaux du droit ? La réponse est évidemment oui, avec une plus-value pratique indéniable par rapport au cursus théorique traditionnel. Le comble de l’injustice réside dans le caractère éminemment sélectif et discriminatoire de cette décision. Lors des sessions précédentes du concours d'accès au stage, de nombreux candidats titulaires de ces mêmes licences professionnelles ont été parfaitement admis. Plusieurs d'entre eux ont achevé leur cursus avec succès et exercent aujourd'hui en toute légalité comme avocats inscrits au grand tableau. Pourquoi cette tolérance d'hier devient-elle subitement le crime d'aujourd'hui ? Pourquoi sacrifier ces 400 jeunes sur l’autel d’un assainissement tardif et à géométrie variable ? Il convient de rappeler que cette contestation fait suite aux vives tensions observées lors du dernier Examen d'Aptitude au Stage d'Avocat (EASA) tenu les 18 et 19 avril 2026 à Yaoundé, dont les résultats proclamés le 2 juillet 2026 ont consacré l'admission de 1 008 candidats sur environ 5 200 inscrits, et où plusieurs postulants avaient déjà été injustement recalés sans information préalable.

L'illégalité manifeste et la violation des droits acquis
Sur le plan strictement juridique, la rigoureuse analyse développée par Maître Yannick Djemeni, Avocat au Barreau du Cameroun, met à nu l'illégalité flagrante de la posture du Conseil de l'Ordre. L’examen de fin de stage d’Avocat est exclusivement régi au Cameroun par le décret présidentiel n° 95/033 du 20 février 1995. En son chapitre 2, les articles 4 et 5 fixent de manière limitative les conditions de candidature : être de nationalité camerounaise, jouir de ses droits civiques, être âgé de 23 ans au moins, être de bonne moralité, et avoir accompli un stage de deux ans. La réglementation en vigueur ne subordonne la présentation à l'examen de fin de stage à aucun préalable relatif à la nature du diplôme initial. En instaurant par simple résolution ordinale une condition supplémentaire non prévue par le Décret présidentiel, le Conseil de l’Ordre s'affranchit ouvertement du principe fondamental de la hiérarchie des normes en droit administratif. De plus, en publiant cette mesure couperet à quelques mois seulement de l’examen de fin de stage, la résolution n° 003 viole le principe cardinal de non-rétroactivité des actes administratifs et la théorie des droits acquis. Ayant satisfait aux conditions requises lors de leur admission initiale au stage, les droits des stagiaires étaient juridiquement consolidés. Proposer, comme le fait l'article 2 de la résolution, d'accorder une période de trois années supplémentaires pour permettre aux stagiaires de « régulariser » leur situation académique en repassant une licence classique, relève d'une moquerie institutionnelle inacceptable. Face à cet arbitraire intolérable qui menace de ruiner le sacrifice de centaines de familles, un collectif d'avocats stagiaires s'est légitimement constitué pour ester l'Ordre des Avocats en justice. Le Barreau s'honorerait à rapporter immédiatement cette décision scélérate avant que le juge administratif ne vienne rétablir l'ordre du droit.
Mathieu Nathanaël NJOG
Grand Reporter / Anaglyphe & Analyste spécialisé des questions économiques



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