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Quand le MINHDU s’offre une cure de jouvence culturelle sur « La Route des Chefferies »

URBANISME ET TRADITION

On connaissait le Cameroun des chantiers interminables, des routes biodégradables et des plans d’urbanisme régulièrement piétinés par l’anarchie foncière. Ce 6 juillet 2026, dans les salons feutrés de Yaoundé, on a découvert le Cameroun des « esthètes de la truelle ». Célestine Ketcha Courtès, la patronne du Ministère de l'Habitat et du Développement Urbain, a paraphé une convention de partenariat de trois ans avec l’ONG La Route des Chefferies.



Le décorum était planté, presque hollywoodien. Pour meubler le décor de cette « première année du nouveau mandat de S.E.M Paul BIYA », une formule devenue le refrain obligatoire de toute messe administrative qui se respecte, le Ministère de l'Habitat et du Développement Urbain (MINHDU) a sorti le grand jeu. Représentants de l’Agence Française de Développement (AFD), pontes de l’UNESCO/ISESCO, experts de l’ICOMOS… Tout ce que la République compte de partenaires au chevet d'un développement qui se cherche encore s'était donné rendez-vous. Au menu : inventer la ville durable camerounaise en y injectant une dose d'identité culturelle. Rien que ça. Jusqu'ici, nos centres urbains ressemblent à de pâles copies de cités occidentales, le bitume défoncé et la gestion chaotique des ordures en plus. L'intérêt majeur de cette alliance entre le MINHDU et l’ONG La Route des Chefferies (RDC) réside dans une prise de conscience tardive, mais nécessaire : on ne bâtit pas l’avenir d’une nation en niant son passé. En acceptant de collaborer avec une ONG qui a fait ses preuves dans la cartographie et la sauvegarde des trésors des chefferies traditionnelles (notamment à l'Ouest du pays), le MINHDU tente de soigner l’amnésie collective de nos urbanistes. L’accord prévoit un inventaire national géoréférencé. En clair, il s'agit de ficher numériquement les monuments classés, les architectures vernaculaires et les ensembles historiques. L'intérêt est de cesser de détruire nos bâtiments historiques pour y ériger des immeubles miroirs sans âme, étouffants et inadaptés à notre climat. Intégrer l'identité locale dans l’aménagement urbain n'est plus un luxe folklorique, c'est une urgence patrimoniale.

 

Financer la tradition avec l’argent du Nord

Au-delà des sourires de circonstance et du crépitement des flashs, une question taraude le citoyen lambda, habitué aux éléphants blancs institutionnels. Ne soyons pas naïfs. Si le MINHDU s'emballe pour la pierre traditionnelle et la paille séchée, c'est aussi parce que le « développement durable » et le « patrimoine » sont des mots magiques qui font saliver les bailleurs de fonds internationaux. La présence ostentatoire de l’AFD et des Agences onusiennes à la signature n'est pas fortuite. L'opportunité ici est double : - Financière et technique : C'est l'occasion de capter des financements extérieurs dits « verts » ou « culturels » pour moderniser nos communes. Le ministère s’engage d'ailleurs « dans la limite de ses moyens » une clause d'auto-amnistie bien connue de nos administrateurs pour dire que si l'argent ne vient pas d'ailleurs, le projet attendra. - Politique et managériale : Pour l'ONG La Route des Chefferies, c'est une consécration. Passer de la préservation culturelle locale à la co-définition des Plans de Sauvegarde et de Mise en Valeur (PSMV) des villes camerounaises est un bond de géant. L'opportunité est belle de faire entrer le génie architectural de nos ancêtres (Bamoun, Bamiléké, Sahelien, Sawa) directement dans les manuels d’urbanisme officiels. « Ce n'est pas une simple Convention administrative, c'est un acte de foi », a martelé la Ministre Célestine Ketcha épse Courtès, refusant de voir le patrimoine se « muséifier ». Pour une fois, le discours officiel touche du doigt une vérité : la culture doit nourrir son homme.



Du bitume, des emplois et de l'art urbain

La valeur ajoutée de ce projet se décline en cinq axes ambitieux, allant de la création de corridors verts et pistes cyclables à la réhabilitation des fronts de mer, en passant par le développement de l'art urbain. Mais le véritable impact économique se situe au niveau de la création d'emplois. En insérant les savoir-faire traditionnels dans les formations professionnelles, le partenariat veut labelliser le travail des artisans locaux (tailleurs de pierre, menuisiers du terroir, spécialistes des matériaux locaux comme la terre stabilisée). Si les lignes bougent, le tourisme culturel pourrait enfin décoller, transformant des quartiers pilotes en pôles d'attraction économique. Le patrimoine bâti devient ainsi un levier d'enrichissement pour les communautés locales, et non plus un simple décor pour nostalgiques de l'époque précoloniale. Tout cela est beau sur le papier en y faisant abusivement ou non toujours référence à la conformité avec la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND30). Mais comme les observateurs avertis adoptent l’attitude d’un chat échaudé craignant l’eau froide. Le MINHDU nous promet un « lancement imminent d’un plan d’actions national ». On attend de voir. Les chefferies traditionnelles, souvent politisées à outrance, sauront-elles collaborer sainement avec des maires parfois plus préoccupés par les parcelles de terrain à vendre que par l'esthétique d'une place publique ? La Route des Chefferies apporte sa rigueur et sa méthodologie ; espérons que la bureaucratie camerounaise ne vienne pas diluer cette belle énergie dans l'océan de la paperasse et des Commissions de validation interminables. Mme Courtès a parlé d'un « acte de foi ». Soit. Mais en matière d'urbanisme au Cameroun, les citoyens, eux, ne croient plus qu'aux miracles visibles. À vos truelles, messieurs-dames, le patrimoine n'attend pas !



Mathieu Nathanaël NJOG à Yaoundé

 
 
 

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