Statu quo dans la bataille que se livre le MINFI et le PAD autour du scanning des marchandises
- Mathieu Nathanael NJOG
- il y a 4 jours
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PORT DE DOUALA BONABERI
Le bras de fer sur la gestion du scanning au port de Douala-Bonaberi et qui a conduit depuis le 19 janvier 2026 à paralyser les activités de dédouanement des marchandises et à asphyxier l’économie nationale avec des répercutions sérieuses sur les pays de l’hinterland, traduit à suffisance le niveau de pourrissement de la gestion au sommet de l’Etat du Cameroun. Même la réunion convoquée en urgence le 21 janvier, par le Ministre d’Etat, Secrétaire Général de la Présidence de la République, n’a pas permis de départager les protagonistes.

Alors la grogne des opérateurs économique sourde depuis trois jours à cause de l’impossibilité des exportateurs camerounais et des pays voisins de dédouaner leurs marchandises parce que l’administration de la douane a décidé d’appliquer la lettre du 29 décembre 2025, signée du Ministre des Finances, Louis Paul Motaze, sa tutelle, le Ministre d’Etat, Secrétaire Général de la Présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh a convoqué en urgence, le 21 janvier 2026, avec pour objet : « Difficultés liées au scanning des marchandises au Port Autonome de Douala (PAD)». Une réunion de crise, appelé à se tenir le même jour à Yaoundé, à la Présidence de la République avec des participants dont certains doivent partir de Douala à l’instar du DG du Port Autonome de Douala (PAD), Cyrus Ngo’o. Preuve que la situation était préoccupante. En effet, la Direction Générale des Douanes (DGD) et les services compétents du Ministère des Finances avaient décidé depuis quelques jours de s’en tenir aux instructions contenues dans une correspondance signée le 29 décembre 2025 par le Ministre des Finances qui appelaient à respecter le contrat d’inspection par scanner signé par le gouvernement à la Société Générale de Surveillance (SGS) depuis 2015. Cette situation va conduire à la paralysie du port de Douala-Bonaberi et à l’asphyxie de l’économie camerounaise avec des répercutions sur les pays voisins.
Faisant suite au communiqué sanctionnant le Conseil d’Administration du PAD du 26 décembre 2025, annonçant que la concession des opérations non intrusives des cargaisons (Scanning) a été accordée de type Build-Operate-Transfer (BOT) pour une durée de 25 ans à Transatlantic D SA à compter du 1e janvier 2026, le DG du PAD, Cyrus Ngo’o va signer un autre communiqué le 19 janvier 2026 pour réaffirmer que : « Les opérations d'inspection non intrusive des cargaisons (scanning) au Port de Douala-Bonabéri sont effectivement et exclusivement assurées depuis le 02 janvier 2026 par Transatlantic D. S.A.. Concessionnaire de ladite activité ». Et d’ajouter : « À cet égard, il est rappelé que le seul paiement exigible et valide, depuis le 02 janvier 2026, au titre des frais de scanning dans le cadre des procédures de passage portuaire des marchandises au Port de Douala-Bonabéri n'est que celui effectué auprès de Transatlantic D. S.A. » Il va poursuivre : « Par conséquent, toutes les Administrations qui implémentaient le paiement du scanning sur la base de l'ancien système sont invitées à le désactiver et à s'arrimer immédiatement à la nouvelle procédure de scanning afin d'éviter le double paiement des frais de scanning aux chargeurs ». Et de conclure : « Par ailleurs, le système 100% scanning débuté le 02 janvier 2026 par le scanning des conteneurs à l'importation et à l'exportation s'étend désormais, depuis le 10 janvier 2026, à tous les véhicules importés. Tout conteneur ou tout véhicule dont les frais de scanning n'auront pas été dûment réglés ne sera donc pas autorisé à achever ses formalités de passage portuaire ».

Ponce-pilatisme au sommet de l'Etat
Une sortie qui ne va pas arranger la situation d’un seul iota. Surtout que la société Transatlantique D SA en service depuis le 2 janvier n’est malheureusement pas connectée à Camcis et e-Guce qui sont des plateformes des opérations de dédouanement. Conséquence, la validation des documents contribuant à libérer les marchandises est impossible. Et par ricochet, non seulement cela entraine l’engorgement de la plateforme portuaire et empêcher l'État de jouir de ses taxes diverses. Face à cette situation gravissime, la réunion d’urgence à la Présidence de la République portait tous les espoirs des opérateurs économiques d’une sortie définitive de crise. Malheureusement, elle a accouché d’une souris. Présidée par le Conseiller Technique, Jean Claude Mauger Ayem avec autour de la Table le Ministre des Finances, Louis paul Motaze ; le Ministre des Transports, Ernest Massena Ngallè Bibehe ; le Directeur Général du PAD, Cyrus Ngo’o ; et le Directeur Général des Douanes, Fongud Edwin Novaga, les parties n’ont pas pu s’accorder, chacune campant sur ses positions. Alors que le DG du PAD dit faire de la reforme du scanning une affaire de souveraineté nationale, avec le démarrage des activités de scanning des marchandises depuis le 1er janvier 2026, par l'opérateur TranstAtlantic D SA qui a été validé par le Conseil d’Administration, l’Authorité Portuaire Nationale et l’Assemblée Générale de la Communauté portuaire du Cameroun.
Pour sa part, le Ministre des Finances a rappelé qu’il a demandé de s’en tenir aux dispositions pertinentes du Contrat d'Inspection par Scanner (CIS), que le Gouvernement a conclu avec la SGS depuis 2015. La DGD a souligné l'impact de ladite situation sur les recettes douanières et l'engorgement du combinat portauire de Douala-Bonaberi. Toutefois, il a souligné qu'à l’analyse du scanning effectué par l'opérateur TranstAtlantic D SA, l'état des images est en recul avec les attentes de ses services et par ricochet ne favorisent pas une meilleure exploitation. A l’issu des échanges et malgré les aspects juridiques abordées, le Conseiller Technique à la Présidence de la République ne pouvant pas prendre une décision définitive pour défaut de qualité a promis de faire une restitution fidèle à sa hiérarchie. Toutefois, dans un ponce-pilatisme, il a conclu par quelques recommandations : - Les parties s’en tiennent au stade actuel aux instructions données par le Chef de l'État ; - C'est au Gouvernement d'appliquer lesdites Instructions ; Dans l'attente de la décision finale du Chef de l’Etat, les dispositions doivent être prises par les parties pour assurer la fluidité des opérations portuaires au PAD. ; - Les parties sont instruits d’organiser une séance de travail entre la DGD et le PAD pour pour permettre aux Inspecteurs de visiter et de traiter les conteneurs déjà scannés par TranstAtlantic ; - . Pour la période transitoire, le PAD devrait associer la TranstAtlantic et la SGS pour la gestion du scanning des marchandises en attendant l’arbitrage du Chef de l’Etat.
Il est clair que le bras de fer reste maintenu puisque ni le MINFI ni le PAD n'ont eu gain de cause sur l'opérateur qui devrait assurer même de manière transitoire le scanning des marchandises. Suite à cette réunion, le PAD, la Direction des Douanes et TransAtlantic SA D ont tenu une séance de travail technique pour mettre en œuvre les recommandations émanant de la réunion avec le Secrétariat Général de la Présidence de la République. Pour certains observateurs, le MINETAT/SGPR, Ferdinand Ngoh Ngoh ne pouvait pas présider personnellement cette réunion en face d’un autre cacique du Sérail qu’est le MINFI, Louis Paul Motaze et donné gain de cause à son poulain, le DG du PAD, Cyrus Ngo’o. Puisque ces experts soupçonnent que c’est lui qui tire les ficèles dans l’ombre afin que prospère cette insubordination notoire. Qui, en somme, montre bien que le capitaine du bateau Cameroun n’a plus toutes les facultés physiques pour gérer son 8è mandat. Pour les mêmes sources, le Port de Douala étant alors très stratégique, cette bataille traduit la guerre des clans qui fait rage dans le sérail pour le contrôle du pouvoir. Sacrifiant toutes les exigences de transparences dans les recettes de l’Etat comme l'oppose désormais les Bailleurs de Fonds dans le cadre du programme d'ajustement structurel que le Cameroun renouvelle pour bénéficier encore de son assistance financier. Ce qui fait par exemple l’obligation à toutes les institutions de l’Etat de payer d’ici fin 2026 leurs factures d’électricité ENEO, ainsi que la disparition des interventions directes de l’Etat au niveau de la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH). Afin que la SNH transférera au Trésor Public, toutes les recettes issues de la vente d’hydrocarbures sans déduire les transferts et paiements dus par l’État à la SNH.
Mathieu Nathanaël NJOG


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