À Douala, la Diamond Capital Convention veut briser le paradoxe de l’épargne stérile en Zone CEMAC
MARCHÉS FINANCIERS
Dans la capitale économique camerounaise, les états-majors de la finance sub-saharienne, les régulateurs, les bâtisseurs d'infrastructures et les capitaines d'industrie se sont donnés rendez-vous ce 23 septembre 2026 au Best Western Hôtel pour le coup d'envoi de la première Diamond Capital Convention (DCC). Sous le haut patronage du Premier Ministre et en présence du Ministre des Finances Louis-Paul Motaze ainsi que de la présidente de la COSUMAF Jacqueline Nkembe, l'initiative portée par Joseph Eyok, Ingrid Obouh-Fegue et la maison Almasi Capital & Advisory entend révolutionner l'architecture des financements régionaux. L'enjeu est colossal : sortir d'un modèle bancarocentré à bout de souffle pour transformer le bas de laine sous-régional en moteur d'industrialisation et de croissance durable. Reportage au cœur d'un événement qui ambitionne de faire bouger les lignes.

Il règne dans les salons feutrés du Best Western Hôtel de Douala, en ce matin du 23 septembre 2026, cette atmosphère singulière où le pragmatisme des affaires rencontre l’urgence des destinées nationales. Les figures marquantes de la finance de la Zone CEMAC (Cameroun, Gabon, Congo, RCA, Guinée Équatoriale, Tchad) ont convergé vers les rives du Wouri avec une interrogation partagée, lancinante et presque iconoclaste : comment une région structurellement riche en épargne, regorgeant d'entreprises ambitieuses et bordée de ressources naturelles inestimables, peine-t-elle encore à financer ses propres infrastructures et ses champions industriels ? C’est précisément à ce nœud gordien de l'économie d'Afrique centrale que s'attaque la Diamond Capital Convention (DCC). Pour Joseph Eyok, Président du Conseil d’Administration d’Almasi Capital & Advisory, le diagnostic ne souffre d’aucune ambiguïté : « L’Afrique évolue, et ses mécanismes de financement doivent se réinventer dès aujourd’hui ! La CEMAC ne manque pas de capital. Elle doit mieux organiser sa rencontre avec les opportunités. » Pendant trop longtemps, le récit économique sous-régional s'est enfermé dans un contresens tragique. D'un côté, des banques commerciales surliquides mais contraintes par des ratios prudentiels stricts, hésitant à prêter à long terme pour des projets structurants ; de l'autre, des entreprises locales étouffées par des dettes à court terme aux taux prohibitifs, et des États contraints de recourir à l'endettement extérieur en devises, s'exposant ainsi aux soubresauts des marchés internationaux et aux risques de change. La Diamond Capital Convention naît de ce refus du statu quo. Elle réunit pour la première fois sous un même toit l'ensemble des maillons de la chaîne de valeur : ceux qui portent les projets, ceux qui détiennent et orientent le capital, ceux qui structurent les ingénieries financières et ceux qui édictent les règles du jeu régulatoire.
Quand l’épargne cherche ses projets
Pour comprendre l'esprit et la genèse de ce rassemblement inédit, il faut écouter la vision portée par la cheville ouvrière de l'événement. Dans son message adressé aux délégués et aux décideurs venus de toute la sous-région, Ingrid Obouh-Fegue, Directeur Général d'Almasi Capital & Advisory, pose le socle philosophique et stratégique de la convention : « Nous avons créé la Diamond Capital Convention à partir d'une conviction simple : l'Afrique centrale ne pourra pas financer ses ambitions uniquement avec les mécanismes d'hier », souligne Ingrid Obouh-Fegue. Le constat dressé par la patronne d'Almasi Capital & Advisory est aussi lucide que combatif : la sous-région ne manque ni de projets prometteurs, ni d'entrepreneurs audacieux, ni d'épargne dormante, ni d'institutions financières spécialisées. Ce qui a trop longtemps fait défaut, ce sont les passerelles fluides et structurées entre ceux qui portent les ambitions, ceux qui détiennent le capital, ceux qui conçoivent les outils de financement et ceux qui garantissent la régulation du marché. C'est précisément cette rencontre au sommet que la DCC provoque à Douala pendant trois jours. En ouvrant gratuitement les portes de cette convention aux entreprises, aux jeunes entrepreneurs et au grand public, les organisateurs affichent une volonté manifeste de démocratiser la culture boursière et financière. L'ambition déclarée est claire : faire de la DCC un rendez-vous biennal de référence et installer durablement Douala comme la capitale incontournable du dialogue financier en Afrique centrale.


Pour un marché profond, liquide et ancré dans l’économie réelle
En ouvrant officiellement les travaux au nom du Premier Ministre, le Ministre camerounais des Finances, Louis-Paul Motaze, a prononcé un discours fondateur, martelant les exigences d'une mutation devenue inévitable. S'exprimant devant une assemblée composée de Parlementaires, de Directeurs Généraux, d'Investisseurs institutionnels et de figures du monde des affaires, le Grand Argentier du Cameroun a rappelé le rôle névralgique que doit jouer le marché financier unifié. « Notre ambition collective doit être de construire en Afrique un marché financier profond, liquide, transparent, sécurisé et accessible, capable de mobiliser l’épargne régionale et internationale et de l’orienter vers le financement des investissements », a déclaré Louis-Paul Motaze. Le Ministre a souligné avec force que le crédit bancaire traditionnel, aussi indispensable soit-il, ne saurait porter à lui seul le poids du financement à long terme de nos économies. Si le rapprochement de la BVMAC (Bourse des Valeurs Mobilières d'Afrique Centrale) et l'unification du régulateur sous la houlette de la COSUMAF, représentée aux travaux par sa présidente Jacqueline Nkembe, ont constitué des étapes historiques décisives, l'édifice reste à parfaire. Pour Louis-Paul Motaze, le marché ne doit pas tourner à vide ou se cantonner à une mécanique abstraite : « Le développement du marché financier régional ne se fait pas en soi. Il doit servir l’économie réelle. Derrière chaque financement mobilisé, doit pouvoir se trouver une entreprise qui se développe, une infrastructure qui se construit, des emplois qui se créent et de la valeur ajoutée supplémentaire pour nos nations. » Ce changement de paradigme exige de multiples chantiers simultanés : accroître le nombre et la diversité des émetteurs, instiller une véritable culture boursière au sein du tissu PME local, dynamiser la liquidité du marché des titres souverains, développer les véhicules d'investissement de long terme (Private Equity, OPCVM, obligations vertes et durables) et instaurer un climat de confiance inébranlable soutenu par une régulation stricte.
Les formats signature de la DCC : de la réflexion théorique à la transaction concrète
L'originalité de la Diamond Capital Convention réside dans son architecture méthodologique. Conçue loin des colloques académiques traditionnels, la convention se veut une matrice opérationnelle orchestrée autour de formats dits « Signature », pensés pour transformer les intentions en engagements financiers fermes. - Project Spotlight : Real Projects, Real Capital Needs : Ce dispositif rompt avec la tradition des présentations institutionnelles désincarnées. Ici, les porteurs de projets structurants (infrastructures, énergie, agro-industrie, logistique) viennent exposer directement leurs besoins de capitaux devant des investisseurs en quête de rendement et d'impact. La finalité est claire : transformer l'événement en une vitrine d'opportunités d'investissement prêtes à l'emploi. - DCC Capital Connect : From Conversation to Connection : Au-delà de la tribune, la convention déploie une ingénierie du matchmaking. Des rendez-vous individuels, qualifiés et strictement confidentiels sont programmés entre dirigeants d'entreprises, fonds de private equity, banques d'affaires et bailleurs de fonds. L'objectif avoué est d'accélérer le temps de la négociation et de faire de la rencontre le premier pas mesurable vers la signature de closing financiers. - Legacy Talks : Build, Endure, Transmit : Parce que la finance est aussi une affaire d'expérience et d'éthique, ces grands entretiens croisés donnent la parole aux figures tutorales du monde des affaires africain. L'enjeu est de transmettre aux nouvelles générations de capitaines d'industrie les clés de la résilience, de la gouvernance d'entreprise et de la pérennité financière face aux cycles économiques. - Keynote Addresses : Ideas That Set The Agenda : Des décideurs de premier plan, experts régionaux et leaders d'opinion prennent la parole pour bousculer les certitudes, décrypter les mutations macroéconomiques actuelles et tracer des perspectives d'avenir pour les marchés de capitaux de la sous-région.

Capital Expo : l’écosystème financier en action et perspectives d’avenir
En marge des conférences et des panels de haut niveau, le Best Western Hôtel vibre au rythme de la Capital Expo. Refusant la logique du simple salon commercial, cet espace d'exposition permanent rassemble 20 exposants triés sur le volet, représentant l'ensemble du spectre financier régional : banques d'affaires, sociétés de gestion d'actifs (SGI), cabinets de conseil, fintechs et institutions sous-régionales. La Capital Expo offre un prolongement naturel aux débats de la scène principale. Elle permet aux dirigeants d'entreprises et aux investisseurs de passer des théories globales aux solutions pratiques : souscription à un véhicule de placement, ingénierie d'une émission obligataire, restructuration de dette ou intégration de technologies financières de pointe. Au moment où les premiers panels s'animent à Douala, la Diamond Capital Convention porte une exigence d'impartialité et d'efficacité. Comme l'a rappelé le ministre Louis-Paul Motaze dans son appel solennel aux participants : « Nous connaissons suffisamment nos difficultés. Le temps est désormais venu de faire émerger des solutions susceptibles de renforcer la mobilisation de l'épargne, d'accroître l'offre de titres et d'améliorer la liquidité du marché. » La réussite de cet événement pionnier ne se mesurera pas uniquement à la qualité des discours prononcés sous les lustres du Best Western, mais à la capacité des acteurs régionaux à concrétiser les engagements pris. Pour la Zone CEMAC, le défi est monumental mais à portée de main : réussir l'alignement entre les pouvoirs publics (qui doivent écouter et sécuriser), les régulateurs (qui doivent accompagner sans étouffer), les investisseurs (qui doivent faire le pari de la transformation locale) et les entreprises (qui doivent embrasser les exigences de transparence et de gouvernance). Si Douala réussit ce pari pendant ces trois jours d'échanges intenses, la Diamond Capital Convention pourrait bien s'imposer comme le catalyseur d'une finance africaine souveraine, moderne et résolument tournée vers le financement de son propre avenir.
Mathieu Nathanaël NJOG
Journaliste d'Investigation, Grand Reporter & Analyste Spécialisé des Questions Economiques

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