A Douala, la bataille du trône Akwa se rejoue sur les berges de Mbanya à la faveur du réveil d’un volcan coutumier
- Mathieu Nathanaël Njog
- il y a 24 heures
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Dernière mise à jour : il y a 14 minutes
CANTON AKWA
Deux ans après la validation administrative par les services du Premier ministère de la désignation du Dr Louis Din Dika Akwa comme Chef supérieur du Canton Akwa, la cité fluviale s'apprête à vivre le sacre rituel du monarque le 10 octobre 2026. Mais sur les rives du Wouri, l’onction ancestrale se heurte à une fronde coutumière d’une rare intensité. Défait sur le terrain étatique, le camp dissident du Prince Jean-Pascal Ngando Ebongue s’est retranché sur le site sacré de la Mbanya, devenu l'épicentre d'un bras de fer où s'entrechoquent arrêtés préfectoraux, décisions de justice administrative, légitimités de sang et souveraineté ancestrale.

Douala n’a rien oublié. Dans la moiteur des berges du Wouri, la mémoire est un fleuve aux crues impétueuses et aux vengeances tenaces. Deux ans après le sceau de l'appareil administratif déclarant le Dr Louis Din Dika Akwa comme monarque de 1er degré, la Cour royale du Canton Akwa croyait le débat clos. Sous la férule du Comité Stratégique d’Organisation présidé par le Dr Roger Mbassa Ndine et du Président Jacques Elimbi, la machine est lancée : tournois de football, marches sportives et soirées culturelles s’égrènent jusqu'au culte de remerciement du 25 octobre. Pourtant, sous le vernis de cette ferveur officielle affichée lors des récents points de presse des Chefs de villages Bonambela, la succession de Sa Majesté Louis Charles Din Dika Akwa III vacille. Vaincue au sommet de l'État, la dissidence a trouvé son maquis traditionnel. Son sanctuaire : la rivière Mbanya. Le lieu n'a rien d'anodin. C'est ici, sur ce tronçon d'eau et de forêt mystique, que fut sacré en 1984 le Chef de l’État Paul Biya comme « So Yambe Sawa », Grand Dignitaire du peuple des eaux. C'est ici surtout que, de mémoire d'ancêtre, les Rois Akwa reçoivent l'onction rituelle, la purification et la transmission des secrets de la couronne. Mais à mesure que pointe l'échéance du 10 octobre 2026, l'accès au sanctuaire prend des allures de champ de bataille.

Mbanya, la ligne de fracture entre le sacré et l'imposture
Pour le NGONDO, l'Assemblée traditionnelle du peuple Sawa réunie en séance extraordinaire le 20 août sous la signature des Chefs supérieurs Eugène Jacques Matanda et Alexandre Martin Edimo Edjenguele, la cause est entendue : Mbanya est et demeure le sanctuaire inaliénable du Canton Akwa, une « partie intégrante du village Bonamouang ». Sauf que sur le terrain, le site est désormais cadenassé. À la tête de la contestation locale, Pierre Patrick Elong Kotto, intronisé che3f de 3e degré de Mbanya par un Arrêté du Préfet du Wouri, Benjamin Mboutou, daté du 3 septembre 2020. Bien que le Tribunal administratif du Littoral ait rendu le 1er mai 2026 le jugement n°161/QD/26 annulant l'acte de création de cette chefferie, les contestataires ont interjeté appel et durci le ton. Le 10 août 2026, l'accès du site pour les préparatifs du sacre a été formellement refusé aux émissaires du King, contraignant le représentant du Préfet à conditionner tout rassemblement au « maintien de la paix publique ». Sur le terrain coutumier, le camp dissident mené par les partisans du Prince Jean-Pascal Ngando Ebongue Akwa abat une carte maîtresse : la représentativité des lignages.
La guerre des légitimités : « Le sacre de la honte »
Dans une correspondance particulière au vitriol adressée au « Peuple de Bonambela », les contestataires fustigent ce qu'ils qualifient de « sacre de la honte », articulant un réquisitoire précis :- Un désaveu familial massif : 5 des 7 foyers de la famille régnante Bonadika, ainsi que 9 des 11 notables du village royal, soutiennent le Prince Jean-Pascal Ngando Ebongue et réfutent la désignation du Dr Louis Din Dika. - Un vide juridique et institutionnel : La dissidence affirme qu'aucun dossier officiel de succession n'a été transmis par la Préfecture au Ministère de l'Administration Territoriale (MINAT), et dénonce un Arrêté du Premier Ministre « flou », basé sur un procès-verbal de notabilité jugé juridiquement inexistant. - Un déni de représentativité : Selon les opposants, le Dr Louis Din Dika ne disposerait d'aucune lettre d'homologation et ne serait à ce jour ni Chef du village royal Boneleke, ni habilité à fouler le sol sacré de la Mbanya, où il a été officiellement déclaré « persona non grata ». Pour les contestataires, vouloir imposer l'onction royale sur un site dont le statut fait l'objet d'un pourvoi judiciaire relève du « fait accompli » et de la ruse. « Ce n'est pas par la fraude et le faux qu'on devient Chef Supérieur », scandent les notables dissidents sous le mot d'ordre : « Pour la vérité, la justice et la dignité : Non à l'injustice, oui à la tradition ! »
La République face à la boîte de Pandore
L'affaire de la Mbanya met à nu les failles d'une administration post-coloniale tentée de saucissonner les espaces rituels au gré de considérations politiques. En créant par Arrêté une chefferie de 3e degré sur le lit d'une rivière consacrée à l'intronisation des rois, l'État a ouvert une boîte de Pandore administrative. Aujourd'hui, l'imbroglio est total. Peut-on réduire la Mbanya, à la fois rivière, quartier, site de rites et désormais entité administrative contestée, à un vulgaire découpage territorial ? Si le NGONDO prône le calme et rappelle la suprématie de la mémoire ancestrale sur les querelles de clocher, la réalité du terrain demeure explosive. Entre un monarque fort du soutien de l'appareil étatique et d'une majorité de Chefs de villages Akwa, et une dissidence barricadée derrière le droit coutumier et la contestation de la souveraineté du territoire rituel, le Wouri retient son souffle. Le 10 octobre 2026, au lieu-dit Mbanya, les eaux de la rivière charrieront bien plus que des offrandes rituelles. Elles diront si le droit positif et la puissance administrative peuvent l'emporter sur la colère des notables, ou si, sur les terres Sawa, la tradition finit toujours par submerger les prétendants qu'elle n'a pas choisis.
Mathieu Nathanaël NJOG
Grand Reporter / Anaglyphe & Analyste spécialisé des questions communautaires



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