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La Pr Félicité Owona Mfegue a signé son chef-d’œuvre dans le théâtre des illusions amoureuses

Dernière mise à jour : il y a 1 jour


LIVRE

À Paris, dans le cadre feutré du cabinet Avocat, l’universitaire, avocate et internationale Kourra Félicité Owona Mfegue usant du nom de plume d'Inna O. a dévoilé « La Corde lâche » dans une cérémonie de dédicace très courue. Un événement littéraire d’une rare intensité où la rigueur du droit rencontre l’incandescence de la passion amoureuse, sur fond de fantômes politiques et de luttes de libération.


Il est des soirs où la littérature cesse d’être une simple distraction pour devenir une cérémonie sacrée. Dans les salons élégants du Cabinet Avocat à Paris, sous le patronage attentif et la bienveillance feutrée de Me Caline Nkonchou Kamya, ancienne membre du Conseil National des Barreaux et figure tutélaire de cette sororité juridique et intellectuelle, l’atmosphère était empreinte d’un vertige particulier. On s’y pressait : universitaires de renom, ténors du barreau, esprits curieux, esthètes et la cohorte fidèle de ces lecteurs que l'auteure nomme tendrement les Innalove. Tous étaient venus pour assister à une métamorphose. Celle d’une femme de loi, le Professeur Kourra Félicité Owona Mfegue, drapée d’ordinaire dans la sévérité des traités diplomatiques et des prétoires internationaux, revenant à son feu secret sous le pseudonyme d'Inna O. Après la rigueur des essais et la subtilité troublante des recueils de nouvelles comme « Le Bal des salauds », « Les Sulfureuses ou Le Leurre », elle livre aujourd’hui son grand roman : « La Corde lâche ». Ce titre est en soi une promesse et un avertissement. « La Corde lâche », c’est la métaphore souveraine des liens fragiles qui unissent deux êtres : ces filiations tendues jusqu’à l’incandescence, ces nœuds qui étranglent, ces amarres qui se rompent au moment exact où l’on pensait y trouver un ancrage définitif. Au cœur du récit, le huis clos d'une chambre d'hôtel devient le théâtre d'une tragédie intime et universelle. Une femme pressent tout. Elle devine la méfiance de son amant, mesure l'impossibilité d'être un jour conduite au lit conjugal, et porte en elle la certitude cruelle d'être sautée plutôt qu'aimée. Et pourtant, avec une candeur désarmante et une générosité tragique, elle se donne. Elle offre son corps, son espérance, ses années. Pour découvrir, au terme de ce fil d'Ariane déroulé sans filet, qu'elle n'aura reçu qu'un fragment. Que la corde s'était promise à lâcher dès l'origine, condamnée à craquer comme la branche sur laquelle Judas s'est pendu, ployant sous le poids de la félonie.

Quand l’intime percute le politique

Mais réduire l’œuvre d’Inna O. à une simple élégie sentimentale serait méconnaître la profondeur de son regard. Derrière la fresque d'un amour contrarié se dresse une vérité plus âpre, une perspective historique et sociologique saisissante. Chez Félicité Owona Mfegue, la Politique apparaît comme une maîtresse jalouse et dévorante. Les guerres de libération lusophones, avec leurs traumatismes non résolus, continuent de hanter les corps et les mémoires. L'auteure tresse un parallèle saisissant entre la vanité des promesses amoureuses et l'illusion des discours de développement : l'éphéméride des unes ferait pâlir de jalousie tous les coïts interrompus des autres. Cette écriture incandescente et érudite puise sa force dans le parcours exceptionnel de son auteure. Fille du regretté Professeur Joseph Owona, figure tutélaire du droit public camerounais, et de la diplomate burkinabè-malienne Woya Guindo, sœur du politologue Mathias Éric Owona Nguini, Félicité Owona Mfegue porte un héritage intellectuel colossal. Docteur en droit public de l’Université Paris-X sous la direction du Professeur Alain Pellet, Avocate au Barreau de Paris, enseignante à l’IRIC (Institut des Relations Internationales du Cameroun) où elle est la première femme à dispenser une leçon inaugurale portant sur le thème : « COVID-19, une pandémie au prisme des relations internationales », médiatrice pour l’Union Africaine et Experte électorale internationale, elle connaît les arcanes du pouvoir, la froideur des rapports de force et la complexité des institutions. Et c’est précisément parce qu’elle maîtrise les structures rigides du monde académique et diplomatique qu’elle sait si bien en dépeindre les failles intimes. Écrivant depuis Yaoundé, là où l’Histoire et l’intime ne cessent de se heurter, Inna O. ne s'embarrasse d'aucun artifice. Sa prose est un aveu chuchoté à l'oreille du lecteur, une réflexion sans concession sur la fragilité de nos vertiges.


Un événement sous le signe de l'élégance et de la mémoire

La soirée de dédicace parisienne, orchestrée de main de maître dans l'écrin d'Avocat, a démontré s'il le fallait la place singulière qu'occupe désormais l'Universitaire dans le paysage littéraire afropéen. Entre les interventions érudites des avocats du Barreau de Paris et les témoignages émus des amoureuses des belles lettres, la rencontre a célébré une parole libérée. Parmi les moments de grâce de cette célébration, la présence de la gastronomie camerounaise portée par les établissements emblématiques de la place parisienne a donné à l'événement une saveur chaleureuse, rappelant que la culture est un tout où l'esprit et les sens se répondent. En refermant « La Corde lâche », on reste hanté par cette écriture sans filet. Félicité Owona Mfegue signe là un roman magistral, une œuvre élégiaque et incantatoire qui confirme que sous la robe d’Avocate et la targe du Professeur d’Université bat le cœur vif d’une grande romancière. Un livre essentiel sur la passion et ses mensonges, sur cette ligne de crête d'une infinie délicatesse qui sépare le rêve de la chute. Une plongée littéraire dans les zones troubles du désir, de l’attente et de l’amour confronté aux logiques du pouvoir…  Elle a tenu la corde du début à la fin… sans jamais la laisser lâcher. Sa présence, son engagement, sa disponibilité, son sens de l’accueil et son soutien indéfectible quoique toujours élégamment discret ont largement contribué à faire de cette rencontre dédicace un moment d’exception. Ce roman proposé aux Innaloves, est à lire d'urgence, pour ne pas oublier que même lorsque la corde lâche, la grâce de l'écriture, elle, reste suspendue.

Mathieu N. NJOG & Will O. Eyoum N. Correspondance particulière à Paris

 
 
 

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