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A l’orée du grand soir, le château parle-t-il déjà en paraboles ?

OSWALD BABOKE.

C’est la toute dernière trouvaille de la galaxie d’Etoudi. À l'heure où les rideaux du long théâtre du Renouveau commencent à s'alourdir, voilà que les caciques du régime délaissent les motions de soutien pour s’emparer du psautier. Au centre de ce grand frisson mystico-politique qui secoue le sérail : Oswald Baboke. Le Directeur adjoint du Cabinet civil de la Présidence de la République s'est fendu d’une profession de foi qui fait jaser dans les chaumières et transpirer dans les salons feutrés de Yaoundé. « Je ne sers pas le pouvoir, je sers Dieu dans le pouvoir », jure-t-il, la main sur le cœur et l’œil rivé sur le Ciel.



Une sortie qui suscite déjà une violente polémique. À quoi joue donc le très discret mais hyper-influent Conseiller de l’ombre ? Se démarque-t-il en cette fin de règne aux allures de fin de monde ? Renie-t-il déjà l’origine de sa puissance terrestre, lui dont la trajectoire est intimement liée aux décrets du palais ? Vise-t-il, par ricochet, son propre potier, Paul Biya, le maître absolu du temps et des décrets ? Il faut lire entre les lignes de ce catéchisme de circonstance. En convoquant Joseph auprès de Pharaon, Daniel auprès des rois, ou Esther au cœur de l'empire, l’homme de Dieu d’Etoudi tente une pirouette sémantique audacieuse. Traduction pour le commun des mortels : « Si je suis assis à la table des puissants, ne m’en voulez pas, c’est une affectation divine ». Pratique, non ?

Mais les observateurs avertis de la faune politique camerounaise y voient un tout autre message. En affirmant que « les titres ont une date d’expiration » et que « les fonctions changent de mains », Baboke acterait-il, avant tout le monde, l’inévitable transition ? C’est le propre des fins de règne : quand le navire tangue et que le roi se fait lointain, chacun cherche sa bouée de sauvetage. Pour les uns, ce sont les milliards planqués à l'étranger ; pour Baboke, c'est l'onction du Très-Haut. Une manière subtile de dire qu'il survivra au naufrage, car son patron n’est pas à Yaoundé, mais là-haut. Une distanciation qui ressemble à s'y méprendre à un reniement en douceur de la créature envers son créateur de chair et d'os.

Cependant, le paradoxe est criant, pour ne pas dire indécent. Comment un homme de Dieu, si prompt à prêcher l'humilité devant son Créateur, peut-il être associé, dans la rumeur publique et les dossiers du sérail, à des établissements de jouissance et des réseaux d'influence terrestres si lucratifs ? Peut-on réellement manager la fortune et les secrets de la République tout en gardant les mains blanches des saints ? Le Christ chassait les marchands du Temple ; à Yaoundé, les marchands du Temple gèrent le protocole. Pendant que l'on se dispute la place de Moïse ou de Daniel auprès du Pharaon d'Etoudi, la terre camerounaise, elle, se fait vider de son sang et de son précieux métal jaune dans l'indifférence la plus pieuse. C'est le grand paradoxe de ce Cameroun des miracles : nous avons la foi qui déplace les montagnes, mais nous n'avons pas la loi qui retient nos lingots. Il y a un mois à peine, l’État a dû lever le voile sur un désastre national : 216 sociétés exploitaient illégalement des sites aurifères au Cameroun. Sans titre, sans taxe, sans la moindre traçabilité. Un pillage à ciel ouvert. Aujourd’hui, l’appareil judiciaire feint de se réveiller : plus de 100 entreprises sont promises aux tribunaux, tandis que 22 autres tentent de négocier une régularisation de dernière minute.

Pendant que le Palais prie, l'or fout le camp

On veut nous faire croire que l’impunité dorée touche à sa fin. Mais qui a fermé les yeux pendant des décennies ? Quels « dieux du pouvoir » protégeaient ces pilleurs ? Les chiffres donnent le vertige et illustrent l'immensité du crime économique : - Production industrielle officielle : entre 2 et 3 tonnes d’or par an. - Production artisanale (dans l’ombre) : entre 20 et 40 tonnes par an ! Plus de 1 200 milliards de FCFA de richesse nationale quittent ainsi le triangle national chaque année, en toute clandestinité. L’or prend la direction des gratte-ciels rutilants de Dubaï. Les rivières de l’Est, elles, héritent du mercure qui empoisonne les populations, et les villages n’ont pour seuls vestiges que des cratères béants en guise de paysages. Pendant ce temps, le Trésor public pleure ses devises. Le paradoxe est saisissant, presque criminel : le Cameroun produit des tonnes d’or, mais il mendie des crédits au FMI. L’or sort par conteneurs ; l’école publique, elle, n’entre jamais dans les villages miniers. L’or n’est pourtant pas une malédiction en soi. C’est la gouvernance du Renouveau qui en fait un poison. Sans contrôle, la richesse détruit. Lorsqu’il est pillé avec la complicité passive des hiérarques du régime, le sous-sol camerounais finance le luxe des émirs du Golfe au lieu de construire les routes de Bétaré-Oya.

Pourtant, la recette du bon sens est connue et appliquée ailleurs : formaliser le creuseur artisanal plutôt que de le criminaliser, garantir un prix d’achat équitable via la SONAMINES pour couper l'herbe sous le pied des trafiquants, tracer chaque gramme dès la mine, raffiner localement et exporter sous le contrôle strict de la République. Le Ghana voisin y parvient très bien grâce à un artisanat formalisé. Pourquoi pas nous ? Trois mots doivent désormais guider l’action publique, si tant est qu’il reste un pilote dans l'avion étatique : Poursuites, Production, Profit. - Poursuivre pour briser les réseaux de complicité, y compris ceux qui se cachent derrière des soutanes ou des complets-vestons d'apparat. - Produire légalement pour que la richesse nationale soit comptabilisée. - Tirer profit pour que l’or serve enfin à financer l'école, l'hôpital et la route.  Le Cameroun possède l’or, il possède les textes de loi. Ce qui lui manque cruellement, c'est la constance et la moralité publique. Pourvu que dans un an, le soufflet ne retombe pas, et que l'on ne retrouve pas les mêmes pilleurs blanchis par de nouvelles complicités. Que les 100 poursuites annoncées aillent à leur terme, sans interventions mystiques ou coups de fil nocturnes venus des « sommets » dont parle Baboke. L’or sans loi appauvrit le peuple et enrichit les courtisans. L’or sous la loi construit une nation. Le choix semble affiché par le gouvernement. Il reste désormais à voir si les serviteurs du pouvoir — ou les prétendus serviteurs de Dieu dans le pouvoir — auront le courage de le tenir. Tu crois tout savoir ? Laisse-moi t’ouvrir les yeux. Rien que la vérité. Et puis la fierté.



André Som N.

 
 
 

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