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Après le choc et la tempête, le parti officialise sa nouvelle direction pour succéder à Anicet Ekane


MANIDEM

Il régnait ce jeudi 30 juillet 2026 au siège historique du Mouvement Africain pour la Nouvelle Indépendance et la Démocratie une atmosphère singulière. Celle des après-orages où la terre s’accroche à ses racines pour ne pas glisser dans le néant. On y sentait peser l'ombre immense, tutélaire et douloureuse d'Anicet Ekane, figure historique du parti, survenu dans le contexte des événements post-électoraux de 2025. Mais au-delà du recueillement, la convocation de la presse n'avait rien d'une liturgie funèbre. C'était un acte de survie politique, une démonstration de résistance institutionnelle, un message envoyé de plein fouet au régime de Yaoundé : la flamme de l'upécisme prolétarien ne s'est pas éteinte dans le sang des martyrs.


Le Mouvement Africain pour la Nouvelle Indépendance et la Démocratie (MANIDEM) a présenté sa nouvelle équipe dirigeante lors d’une conférence de presse tenue jeudi 30 juillet 2026 à son siège de Douala. Cette rencontre avec les médias intervient à la suite du décès d'Anicet Ekane, tombé au front des convulsions électorales de 2025. Il s'agissait de présenter le visage de la nouvelle Direction sortie des arbitrages du Comité directeur réuni le 13 juin dernier. Une réorganisation qui porte désormais à la tête du parti Valentin Dongmo, figure de l'ombre mais pilier doctrinal, porté au sommet d'une formation politique qui refuse d'abdiquer devant l'usure du temps et la férocité de l’appareil d'État. Militant du courant Upéciste engagé depuis 1991, Dongmo avait rejoint le MANIDEM dès 1995 lors de sa création. Le parti met en avant ses origines populaires pour souligner une continuité idéologique axée sur la représentation des classes prolétariennes. Mais c'est surtout le profil sociologique du nouveau Président que le parti met en exergue avec une fierté assumée. Né et élevé dans les milieux prolétaires, Valentin Dongmo incarne cette « politique d'en bas » que le MANIDEM oppose à ce qu'il qualifie de « politique Rdpciste », cette gestion patricienne des affaires publiques réservée à la caste des « gens d’en haut ». Cinquième camarade affecté à cette tâche et sixième président du MANIDEM en 30 années, il sera secondé par Mbappe Toto à la Vice-présidence et soutenu par un secrétariat remanié avec sobriété, le nouveau président hérite d'une lourde tâche : alimenter la flamme Upéciste dans un environnement politique plus hostile que jamais

 

Les secousses internes et la dignité retrouvée

Le propos liminaire n'a pas laissé de place à l'ambiguïté. Le ton, trempé dans l'encre de la mémoire collective et du combat nationaliste, s'est ouvert par un hommage sans fard aux victimes des répressions de 2025. Anicet Ekane n'est plus, fauché dans la tourmente électorale aux côtés de dizaines de compatriotes. Mais au siège du MANIDEM, le culte des morts se refuse à la résignation dolente. « Nous ne sommes pas des membres d'un groupe de religieux célébrant simplement des morts patriotes. Nous sommes d'abord des humains qui savent que la vie continue », tranche sans détours la Direction du parti. Le ton est donné : honorer la mémoire d'Ekane ne consiste pas à tresser des couronnes d'immortelles dans la nostalgie, mais à poursuivre le combat politique pour démanteler ce que le parti persiste à nommer la « dictature néocoloniale ». La mémoire des disparus s'inscrit désormais en filigrane d'un serment de fidélité réitéré face aux journalistes. Pour le MANIDEM, l’émotion ne saurait être une posture ; elle demeure le carburant d'un projet d'émancipation nationale. On aurait pu croire que le MANIDEM est vacillant, ébranlé par la perte de son guide et traversé par les soubresauts inhérents aux deuils politiques. Surtout que les coulisses de la préparation des obsèques d'Anicet Ekane avaient laissé filtrer quelques éclats de voix, notamment le « coup de sang » du camarade Ketchateng, ravivant le spectre des querelles intestines. Mais les dirigeants ont précisé que des ajustements internes et des discussions avaient permis d'apaiser les tensions observées au sein de l'organisation lors des obsèques du leader défunt. Sur le plan symbolique, l'ancrage familial du parti a également été souligné pour éteindre les rumeurs de rupture : au sein de la famille éprouvée du leader défunt, la veuve et cinq des onze frères d'Anicet Ekane demeurent des militants actifs et convaincus du Mouvement. L'héritage n'est pas confisqué ; il est partagé et assumé.

 

L’Union Pour le Changement : La stratégie du front commun

Sur le plan stratégique, le MANIDEM a réaffirmé son ancrage au sein de la coalition de l'« Union Pour le Changement », qui regroupe plus de 52 formations politiques d'opposition formées lors du scrutin présidentiel de 2025. La Direction du parti s'est dite disposée à poursuivre les concertations avec d'autres forces politiques, même celles avec lesquelles il y a eu désaccord dans la participation aux obsèques de leur leader sous l’organisation du pyromane venant jouer les sapeur-pompiers. Ceci sous réserve que celles-ci partagent deux orientations fondamentales : - La contestation de l'influence néocoloniale dans la gestion des affaires publiques. - La refondation des institutions nationales sur la base de consultations démocratiques. En effet, face à la machine hégémonique du parti au pouvoir, dont les ressources matérielles et l'appareil d'État paraissent sans limites, le MANIDEM refuse la stratégie de la cavalcade solitaire. L’expérience du cycle électoral de 2025 a ancré une certitude chez les stratèges du parti : seule la mutualisation des forces permettra d’inverser le rapport de force. La main reste tendue à toutes les forces démocratiques de l'opposition, mais sous une condition préalable et rigide. Le parti a par ailleurs indiqué que ses responsables ne posaient pas la conquête de mandats électifs comme une condition préalable à leur engagement politique. Seul l’intérêt général du peuple avide du changement est la priorité des priorités.  Face à la presse, le message se voulait limpide : « Tout a été purgé en interne. Sans rancœur et sans état d'âme », a souligné Valentin Dongmo, le nouveau Président du MANIDEM. Tout en réaffirmant que la vraie grandeur réside dans l'effacement des ambitions personnelles devant l'intérêt supérieur de la nation. Un parallèle audacieux mais assumé est dressé avec les figures totémiques de la résistance nationale : Ruben Um Nyobè, Douala Manga Bell, Ernest Ouandji et tous les héros dont la place est au panthéon national n'ont jamais brigué de mandats électifs ni cherché le confort des prébendes.

 

Le préalable des libertés et l’exigence de vérité

Raison pour laquelle, les dirigeant du MANIDEM ont rappelé sans fioriture que l'engagement politique y reste un sacerdoce, loin des calculs d'opportunité. Pour la nouvelle Direction, le peuple a fait la preuve de son immense maturité et de son esprit de sacrifice au cours des récents événements. Ce qui fait défaut aujourd'hui, c'est la structuration méthodique d'une opposition véritable, capable de transcender les egos et les guerres d'apôtres. C’est pourquoi, le feuilleton post-électoral de 2025 ne sera pas refermé par un simple coup d'éponge. Le MANIDEM place la libération des prisonniers politiques au cœur de son cahier de revendications immédiates. Il exige la libération sans condition de tous les citoyens embastillés lors de la crise, l'arrêt immédiat des poursuites judiciaires ciblées, notamment celles qui frappent leur camarade, Trésorère nationale, Florence Titcho, ainsi que le retour garanti et sécurisé de tous les exilés politiques. Pour Valentin Dongmo et ses camarades, le Cameroun est à la croisée des chemins. Le pays s'enfonce dans une crise d'une gravité inédite qui exige des hommes et des femmes de courage, animés par un minimum de sincérité et de patriotisme. En remettant « la balle au centre » ce 30 juillet 2026 à Douala, le MANIDEM prévient : le temps des calculs étroits est révolu. Les trente dernières années n'étaient qu'un apprentissage de la persévérance. La nouvelle équipe dirigeante prend les rênes d'un parti meurtri mais débout, prête à mener la bataille de l'implantation sur le terrain et à poursuivre le travail d'éducation populaire. Le régime est averti : l'esprit d'Anicet Ekane n'a pas quitté les quartiers populaires de Douala.

Mathieu Nathanaël NJOG

 
 
 

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