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Au-delà du rituel d’Elecam, les angles morts d’un fichier à 8,2 millions d’inscrits

Dernière mise à jour : il y a 21 heures


REVISION DES LISTES ELECTORALES 2026

Alors que le rideau est tombé le 31 août sur la campagne annuelle de révision des listes électorales, le Directeur général d'Elections Cameroon a livré, le 1er septembre à Yaoundé, une comptabilité brute de 252 830 nouveaux inscrits, portant le corps électoral provisoire à 8 238 778 personnes. Derrière ce rituel administratif orchestré avec un vernis technologique rafraîchi, l'introduction de kits biométriques de « troisième génération » —, l'organe en charge des élections entame sa phase la plus opaque : le « toilettage ». Entre impératif d'assainissement technique et persistance des doutes de l'opinion publique sur la sincérité des chiffres, décryptage d'une arithmétique électorale sous haute tension.

Point de presse du DG ELECAM, ERIK ESSOUSSE
Point de presse du DG ELECAM, ERIK ESSOUSSE

Au lendemain du 31 août, échéance légale fixée par l’article 74 du Code électoral, la grand-messe d’Elections Cameroon (ELECAM) a tenu toutes ses promesses d’usage. Face à la presse le 1er septembre à Yaoundé, le Directeur général des Élections, Erik Essousse a déroulé le bilan de la campagne 2026. L’exercice s’est voulu rassurant, appuyé sur le déploiement d’outils technologiques présentés comme le gage ultime de modernité : des kits biométriques de troisième génération, censés pallier les failles logistiques de jadis grâce à une meilleure autonomie et un traitement accéléré des données. Sur le papier, la moisson affiche 252 830 nouveaux électeurs enregistrés au niveau national et dans les bureaux de la diaspora. Un chiffre qui porte le grand total brut à 8 238 778 inscrits. Mais derrière la froideur de ces statistiques, la réalité du fichier électoral camerounais s'engage dans une traversée du désert institutionnelle, à la fois hautement technique et profondément politique : le « toilettage ».

La grande alchimie du « toilettage »

Pour l'opinion publique, la tentation est grande de lire ce chiffre de 8,2 millions comme le corps électoral définitif. C'est précisément l'écueil qu'Elecam s'échine à conjurer à coup de notes explicatives. Le fichier rendu public le 31 août n'est qu'une pâte brute. Il entre désormais dans les tuyaux du Centre National de Biométrie Électorale (CNBE) pour y subir une opération de salubrité technique. L'enjeu est connu : purger les doublons, acter les radiations pour décès ou perte de droits civiques, et intégrer les transferts de résidence. L'article 73 alinéa 3 du Code électoral est sans équivoque : lorsqu'un citoyen s'est inscrit à plusieurs reprises, seule sa dernière démarche est conservée, la précédente étant supprimée d'office. C'est cette alchimie algorithmique qui explique pourquoi le chiffre final, attendu plus tard, fluctue inévitablement à la baisse. Pourtant, cette baisse statistique suscite régulièrement la défiance au sein des états-majors politiques et de la société civile, où l'on peine à faire la différence entre une purge légitime de doublons et une éviction arbitraire. ELECAM tente de pédagogie : supprimer un doublon n'est pas radier un citoyen, mais garantir le principe républicain « un homme, une voix ».

Poste d'inscription mobile dans la Commune de Ngoumou
Poste d'inscription mobile dans la Commune de Ngoumou

Le rôle critique du contrôle citoyen

La feuille de route d'ELECAM est désormais jalonnée par deux échéances impératives fixées par la loi : - Le 20 octobre au plus tard : publication des listes électorales provisoires dans les démembrements communaux pour consultation. - Le 30 décembre au plus tard : publication de la liste électorale nationale définitive par le Directeur général. Entre ces deux dates se joue la seule véritable garantie de transparence du système : le recours citoyen. La consultation des listes provisoires n'est pas une simple formalité administrative, mais le cœur battant du contrôle démocratique. C'est durant cette fenêtre que chaque inscrit, comme chaque parti politique, dispose du droit de contester une omission, de signaler une erreur matérielle sur un nom ou de pointer une anomalie d'affectation. Ne pas vérifier son inscription avant la clôture des réclamations, c'est s'exposer aux mauvaises surprises le jour du scrutin.

Distribution des cartes : le défi du dernier kilomètre

En parallèle du traitement biométrique, ELECAM fait face à son éternel serpent de mer : la distribution des cartes d'électeur. L'institution assure avoir renouvelé ses méthodes en associant aux traditionnels SMS une stratégie de porte-à-porte au sein des quartiers. Si l'effort logistique doit être salué, le volume de cartes restant en souffrance dans les antennes communales demeure un indicateur muet mais parlant du fossé qui sépare parfois l'enregistrement administratif de l'engagement électoral effectif. Alors que les équipes d'ELECAM s'enferment dans la phase critique de consolidation des données, la crédibilité des scrutins futurs se jouera dans la capacité de l'organe en charge des élections à faire preuve d'une transparence absolue. La publication des chiffres nettoyés à la fin du mois de décembre dira si le bond technologique vanté par la direction a véritablement servi la cause d'un fichier électoral incontestable.

Mathieu Nathanaël NJOG

Journaliste d'Investigation, Grand Reporter & Analyste des Questions Electorales

 
 
 

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