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Comment Octavia Energy a crocheté les géants du pétrole sur le bloc Bolongo dans le Rio Del Rey


EXPLORATION PETROLIERE

En paraphant, le 14 août 2026 à Yaoundé, le Contrat de Partage de Production sur le bloc offshore Bolongo Exploration, l’État du Cameroun et la société Octavia Energy scellent une alliance stratégique de 41 millions USD (environ 23,3 milliards de FCFA). Entre rigueur réglementaire de la SNH, éviction surprise des ténors de la profession et ambitions de relance du bassin du Rio Del Rey, immersion au cœur d'un accord pétrolier majeur.


L’ambiance des grands jours flottait, ce vendredi 14 août 2026, dans les salons d'apparat de la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH), au cœur du plateau administratif de Yaoundé. Entre les embrassades protocolaires et le cliquetis feutré des stylos de luxe, l’État du Cameroun et la firme Octavia Energy Corporation Cameroon SARL ont signé le Contrat de Partage de Production (CPP) sur le bloc « Bolongo Exploration ». À la table d’honneur, le Ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement Technologique (MINMIDT), Pr Fuh Calistus Gentry et la Direction Générale de la SNH conduite par Nathalie Moudiki, Conseiller technique N°2 pour la délégation camerounaise.  En face, la délégation d’OCTAVIA ENERGY était conduite au plus haut niveau par son Président-Directeur Général, Ahmed Nabil Hayel Saeed. Toutes les deux arboraient le sourire serein des grands rendez-vous réussis. Car l’événement dépasse de loin la simple grand-messe administrative : il incarne la reprise en main volontariste d’une stratégie pétrolière nationale confrontée à l’inéluctable déclin naturel de ses champs historiques. Pour saisir la portée de cette signature, il faut remonter au 1er août 2025. Ce jour-là, la SNH, bras armé de l’État camerounais dans le secteur des hydrocarbures, lançait un vaste Appel à Manifestation d’Intérêt (AMI) pour l’attribution de neuf blocs libres répartis entre le bassin du Rio Del Rey (Ndian River, Bolongo Exploration, Bakassi) et le bassin de Douala/Kribi-Campo (Etinde Exploration, Bomono, Kombe-Nsepe, Tilapia, Ntem, Elombo).

Coup de théâtre à la SNH : l'éviction surprise des majors pétrolières

Diffusée à l’échelle internationale à travers des publications de référence comme Upstream et Explorer Magazine, cette campagne de promotion visait un objectif vital : réinjecter du sang neuf dans l’amont pétrolier national. Cependant, le processus d’attribution n'a pas manqué de piquant. Le 30 mars 2026, jour de clôture de la remise des offres, la Commission Permanente de Dépouillement et d’Évaluation des Offres (CPDEO) déballe cinq soumissions. Mais la rigueur réglementaire frappe immédiatement : les propositions géantes présentées par Perenco Rio Del Rey, Perenco Cameroon et Tower Resources Cameroon sont rejetées séance tenante pour non-conformité des plis aux exigences de l'AMI. Seules deux entités franchissent le filtre des exigences formelles : Murphy West Africa Ltd et la société Octavia Energy. À l'issue de l'évaluation technique du 14 mars 2026, l’Administrateur Directeur Général de la SNH officialise le 24 avril 2026 l'ouverture des négociations exclusives. Mais pour Octavia Energy, encore inconnue dans les précarrés institutionnels yaoundéens, le parcours du combattant s'est prolongé par une étape stricte de due diligence ordonnée par la CPDEO, incluant des vérifications poussées à son siège et sur ses sites opérationnels avant l'ouverture de la champagne. Mais qui est donc cet entrant qui vient de griller la politesse aux géants traditionnels du Golfe de Guinée ?

Octavia Energy : les ambitions d'un challenger agile

Enregistrée à Hong Kong et pilotée depuis ses bureaux de Londres, du Caire, du Yémen, de Brazzaville et de Yaoundé, Octavia Energy est une junior indépendante d'environ 200 collaborateurs. Ne vous fiez pas à sa discrétion institutionnelle : l'entreprise s'appuie sur plus de deux décennies d'expertise dans l'amont pétrolier et gazier. Entre 2018 et 2022, elle a englouti plus de 150 millions de dollars US (environ 75 milliards de FCFA) dans des programmes de relance de production et de forages au Yémen et en Afrique centrale. Octavia n'arrive d'ailleurs pas en terre totalement inconnue au Cameroun. La société détient déjà des intérêts majeurs dans le vaste projet Etinde (détenu via le rachat de New Age), recelant près de 100 millions de barils de liquides et 800 milliards de pieds cubes de gaz naturel. Elle revendique un portefeuille global garni de plus de 100 millions de barils de liquides et 1 200 milliards de pieds cubes de gaz (1,2 Tcf), avec une capacité de production brute de 14 000 barils par jour et un objectif affiché de franchir le cap des 50 000 barils quotidiens. En prenant les commandes directes de Bolongo Exploration via sa filiale locale Octavia Energy Cameroon SARL, l’entreprise effectue son entrée officielle en tant qu’opérateur sur le sol camerounais.



381 km² d'enjeux et 41 millions USD engagés

Sur le terrain, le bloc Bolongo Exploration s’étend sur une superficie de 381,51 km² au cœur du bassin du Rio Del Rey, le berceau historique de l'or noir camerounais. Bordé au nord par les blocs Bomana et Ngosso, au Sud par l’AEE Etinde, à l’Ouest par l’AER Thali et à l’Est par Ndian River, le bloc bénéficie d’un écosystème pétrolier éprouvé. Entre 1967 et 1980, quatre puits y avaient déjà décelé la présence d'un système pétrolier actif, renforcé par les découvertes voisines des gisements Oak, Njonji et Dissoni Nord. Pour révéler le potentiel enfoui sous les sédiments marins, Octavia Energy s'engage sur un programme minimum de travaux étalé sur une phase de recherche de sept ans, découpée avec précision : une période initiale de trois ans consacrée au retraitement des données sismiques 3D et aux études géologiques, suivie de deux périodes de renouvellement de deux ans comportant chacune le forage d'un puits d'exploration. Au total, le ticket d'entrée financier souscrit par l'opérateur s'élève à 41 millions de dollars US (environ 23,3 milliards de FCFA).

Partage des revenus : la souveraineté économique verrouillée à 70 %

Sur le plan budgétaire et économique, l'État a su préserver les intérêts de la collectivité nationale tout en offrant des conditions attractives. Les termes contractuels prévoient un partage particulièrement équilibré des revenus en cas de découverte commerciale sur la base d'un gisement standard de 30 millions de barils d'huile. Si le cours du baril de Brent s'établit à 60 dollars US (environ 30 000 FCFA), le Cameroun percevra 883 millions USD (environ 441,500 milliards de FCFA) soit 70 % contre 378 millions USD (environ 189 milliards de FCFA) soit 30 % pour l'opérateur. Si le baril s'envole à 100 dollars US (environ 50 milliards de FCFA), la manne étatique grimpera à 1,707 milliard USD (environ 853,5 milliards de FCFA) soit 70 % contre 728 millions USD (environ 364 milliards de FCFA) pour Octavia soit 30 %. Au-delà de l'alignement des chiffres, ce contrat de partage de production consacre l'attractivité préservée du domaine minier camerounais dans un contexte mondial de transition énergétique. En imposant des obligations fermes de transfert de technologie, d'emploi prioritaire pour les nationaux et de protection rigoureuse des écosystèmes marins, les autorités camerounaises entendent faire de cet accord le catalyseur d’un renouveau pétrolier rentable, responsable et résolument tourné vers l'avenir.

Mathieu Nathanaël NJOG

 
 
 

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