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Condamné à payer Piccini 250 milliards FCFA, l'État lâche encore 3,45 milliards FCFA pour calculer le prix des finitions

Dernière mise à jour : il y a 12 heures


COMPLEXE SPORTIF D’OLEMBE

Alors que le Groupe italien Piccini vient d’arracher une victoire cinglante face à l’État du Cameroun devant les tribunaux internationaux, l’ONIES dégaine un nouveau chèque de plus de 3,4 milliards FCFA. Non pas pour poser une seule brique de l'hôtel ou de la piscine olympique, mais pour... « assister » la maîtrise d’ouvrage. Plongée au cœur d'un gouffre financier où les sous-traitants locaux étouffent, pendant que la facture globale frôle désormais des hauteurs vertigineuses.


Dans la mythologie des grands chantiers camerounais, le Complexe sportif d’Olembé occupe une place de choix, quelque part entre la caricature administrative et l’abîme financier. Alors même que les projecteurs de la CAN 2021 (jouée en 2022) sont éteints depuis bien longtemps, la cuvette de 60 000 places continue de dévorer les deniers publics avec une appétence peu commune. Le dernier épisode en date de ce feuilleton rocambolesque porte la signature de François Félix Ewane, administrateur de l’Office national des infrastructures et équipements sportifs (ONIES). Le 24 juillet 2026, à la faveur d’une décision mûrie dans le secret des Cabinets ministériels, l’ONIES a attribué un marché de 3 455 030 250 FCFA TTC à l’entreprise AMA Consultants. Vingt mois de prestation payables en trois tranches, adoubés au préalable par le Ministère des Marchés Publics (MINMAP). Mais attention au trompe-l'œil : cette coquette somme ne servira pas à couler le moindre mètre cube de béton, ni à poser le premier carreau de la piscine olympique abandonnée. Non. Il s’agit exclusivement d’un marché d’« assistance à maîtrise d’ouvrage ». En clair : l'État paye plus de 3,4 milliards pour qu’on lui explique comment achever ce qu’il n’a jamais su terminer.

 

Le cimetière des ambitions et le bal des prestataires

Cette nouvelle rallonge intervient pourtant dans un climat de déroute juridique et financière totale pour l’État du Cameroun. Au moment exact où l’ONIES engage ce contrat d’accompagnement, la sentence tombe : le Groupe italien Gruppo Piccini remporte son arbitrage international contre l’Etat du Cameroun. L’État du Cameroun est condamné à verser 250 milliards FCFA à Gruppo Piccini pour l’éviction abusive du Groupe italien du chantier du stade d’Olembé. Une facture qui plombe les finances publiques. Évincé sans ménagement en 2019 au profit des Canadiens de Magil Construction, qui ont eux-mêmes fini par claquer la porte sur fond d’impayés et d’invectives, Piccini vient de transformer l’amateurisme contractuel local en une addition salée pour le contribuable. : L’État du Cameroun est condamné à verser 250 milliards FCFA à Gruppo Piccini pour l’éviction abusive du chantier du stade d’Olembé. Cette facture vient gonfler la dette de l’Etat.  Pendant que les géants internationaux se battent à coups de milliards dans les prétoires genevois ou parisiens, sur le terrain, le spectacle est désolant. Sous les gradins déserts, l’hôtel 4 étoiles promis n’est qu’une coquille vide, le Centre commercial relève du mirage, et les terrains de tennis ou de basket subissent les outrages du temps. Les coûts globaux, qui oscillaient déjà entre 200 et plus de 400 milliards de FCFA selon les grilles de lecture, s’envolent vers des sommets surréalistes.


Pascaline Maguine Ekombe Wanki, Administrateur adjoint;  Joseph Antoine Bel,, Président du Comité d'orientation et  François Félix, :Administrateur de l'ONIES
Pascaline Maguine Ekombe Wanki, Administrateur adjoint; Joseph Antoine Bel,, Président du Comité d'orientation et  François Félix, :Administrateur de l'ONIES

Les sous-traitants dans la nacelle du désespoir

Mais le drame d’Olembé ne se jouant pas seulement dans les salons feutrés, il faut descendre au niveau de la poussière. Car derrière les joutes judiciaires et les contrats d’assistance de haut vol, se trouve la piétaille : des dizaines d’entreprises sous-traitantes locales, essorées, asphyxiées, agonisantes. Depuis l’arrêt brutal des gros travaux, ces PME camerounaises réclament en vain le paiement de leurs factures. Certaines ont mis la clé sous la porte, d’autres ont vu leurs dirigeants ruinés ou poursuivis par leurs propres créanciers. Sur le chantier, le souvenir des ouvriers travaillant sans contrat, réclamant leurs arriérés de salaire sous le soleil de plomb de 2018, hante encore les mémoires. À l'époque déjà, les arrêts de travail de deux mois succédaient aux promesses sans lendemain. Huit ans plus tard, si le stade principal a pu abriter quelques matchs de football, la méthode n'a pas changé. En confiant 3,45 milliards FCFA à AMA Consultants pour simplement « surveiller et conseiller », l’ONIES pose une question terrifiante : si la simple supervision coûte plus de trois milliards, combien faudra-t-il réellement débourser pour poser le dernier coup de peinture à Olembé ? Une chose est sûre : à Yaoundé, les chantiers ne s'achèvent jamais, ils se refinancent.

Mathieu Nathanaël NJOG

Journaliste d'Investigation, Grand Reporter & Analyste des Questions Sportives

 
 
 

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