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Pourquoi la renaissance tourne à une comédie administrative sur l’autel des querelles institutionnelles


PARCOURS VITA DE DOUALA

C’est une drôle de scène que nous donne à voir Douala depuis quelques semaines. Un décor champêtre, autrefois temple des foulées matinales et des suées dominicales, transformé par la grâce d'une bureaucratie aux abois en un champ de tir institutionnel. Sur la piste reprofilée à la hâte, l'herbe haute cédait hier encore le passage aux agresseurs de grand chemin – deux morts sur le carreau, tout de même, sans compter les portefeuilles volés et le sentiment d'abandon – avant que le bon sens ne pointe de nouveau le bout de son nez. Et ce bon sens porte aujourd’hui un nom, un visage et un pedigree : Nkeng Koung Pamphile.

Le nouveau Directeur du Parcours vita, Phamphile Nkeng engage les travaux de refection                                   malgré que son bureau reste sous scellé
Le nouveau Directeur du Parcours vita, Phamphile Nkeng engage les travaux de refection malgré que son bureau reste sous scellé

« Pamphile », comme l'appellent familièrement les habitués du coin, est de retour. L’expert en sciences des activités physiques et sportives, qui a traîné sa bosse et ses baskets durant deux décennies dans ces parvis (dont dix bonnes années comme directeur), est revenu ramasser les morceaux d'une institution laissée en ruine. Mais dans le style très particulier de nos amours administratives, le revenant prend ses fonctions... dans un bureau provisoire. Pour cause, la porte du bureau officiel reste barrée de scellés. Des scellés de vaudeville, posés le 9 décembre dernier pour marquer la fin de règne d'un certain Valentin Njoh, et conservés contre vents et marées par les séides d'une tutelle qui refuse de lâcher le morceau. Pourtant, mardi 1er septembre, lors d'un Conseil d'Administration de crise, Roger Mbassa Ndine n'a pas fait dans la dentelle. Le Maire de la ville a sifflé la fin de la récréation. Budget de 110 millions de FCFA en poche, plan de développement à 14 points sous le bras, le magistrat municipal exige des résultats. Et vite. Sécurisation foncière contre les velléités de grignotage du domaine public, mise en service immédiate du poste de police au fond de la piste, remise en état des ateliers d'exercice, relance du complexe sportif abandonné par Karl Toko Ekambi, retour de la régie publicitaire... Il s'agit ni plus ni moins que de restaurer la vie.

Un revenant dans les scellés du vaudeville

Car pendant que le Ministère des Sports et de l’Education Physique (MINSEP) et la Communauté Urbaine de Douala (CUD) se livrait une guéguerre de clocher, le bas peuple payait le prix fort. Les moniteurs s'étaient dispersés, les sportifs avaient fui l'insalubrité et la criminalité rampante, et la nature avait repris ses droits. « Le temps mort a tout détruit », diagnostique Pamphile Nkeng Koung avec le pragmatisme d'un homme du terrain. Pour lui, le calcul est simple : un parcours vita ne peut pas passer un mois sans le passage d'une débroussailleuse, sous peine de livrer les marathoniens du dimanche aux coupe-jarrets. Mais que voulez-vous ? Au Cameroun, la mort clinique d'un espace public importe peu, tant que les précarrés ministériels restent intacts. Il fallait voir le pathétique baroud d'honneur déployé du côté du Ministère des Sports et de l'Éducation Physique. Le 29 juillet dernier, dans une tragi-comédie dont nous avons le secret, le Délégué Régional du Minsep fait irruption sur le site pour briser les scellés apposés par la Mairie, au nez et à la barbe de la Police municipale. Un acte de pur vandalisme institutionnel, exécuté à la hâte pour tenter de redonner un peu de superbe à un Ministre, le Pr Narcisse Mouelle Kombi, qui exige le respect de la tutelle qu’il assure sur les infrastructures sportives publiques là où on l’oppose le transfert des compétences comme l’a prescrit le Premier Ministre en conformité des très hautes directives du Président de la République dans sa politique de décentralisation.

 

Séance d'activité sportive à l'esplanade du Parcours Vita
Séance d'activité sportive à l'esplanade du Parcours Vita

Coup de massue juridique et coup de semonce de la Primature

Cette gesticulation désespérée s'apparente, il faut le dire sans fard, à un coup d'épée dans l'eau. Car sur le terrain du droit, le Préfet du Wouri lui-même, Mvogo Marie Sylyac qu'on ne saurait soupçonner d'un amour immodéré pour le Maire de la ville, a fini par lâcher du lest. Prenant la parole le 30 juillet devant les Conseillers communautaires, le juge de la légalité a dû se rendre à l'évidence : le vent de l'histoire souffle irrémédiablement vers la décentralisation. Même le Tribunal administratif de Douala, saisi d'un recours sur le sursis à exécution de l'Arrêté préfectoral qui prétendait réinstaller Valentin Njoh, a donné un coup de massue au camp des conservateurs, le 16 juillet 2026. Le juge a tranché : l'exercice effectif des compétences transférées aux Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD) en vertu de la loi de 2019 et des arrêtés de 2012 ne saurait être annihilé par une lecture crispée des textes ministériels. Le plus cinglant des démentis est d'ailleurs venu des bureaux du Premier ministre. Par la plume de Fouda Séraphin Magloire, le SG/PM, Joseph Dion Ngute a remis les pendules à l'heure : le MINSEP doit inviter les chefs des exécutifs urbains à prendre la gestion effective des Parcours Vita et se cantonner, comme le prévoit la réglementation, à son simple rôle de contrôle et d'évaluation. Circulez, il n'y a plus rien à négocier !

L'heure du terrain a sonné

Le temps des batailles de chiffonniers entre bureaux feutrés de Yaoundé et majestueux bâtiments de la Communauté Urbaine de Douala (CUD) doit s'arrêter. Les milliers de citoyens de Douala qui arpentent la piste et qui en ont trop souvent payé le prix dans leur chair ne demandent pas un diplôme de droit administratif. Ils veulent simplement courir en paix, retrouver leurs moniteurs et revoir briller leur Parcours Vita. Pamphile Nkeng Koung se donne deux ans pour réussir ce pari. Les passagers et amoureux de cet espace de vie croisent les doigts, l'œil sévère mais le cœur plein d'espoir, pour que la page de ces années noires soit enfin définitivement tournée. Afin que ce don du Chef de l’Etat, retrouve la plénitude de son essence. Réhabilitation du circuit fermé de 2,8 km jonché avec des ateliers d'exercices physiques, des escaliers d'entraînement de 140 m et 80 m, ainsi qu'un vaste parking où sont souvent organisé des grands rendez-vous culturels et évènementiels. C’est une lapalissade de dire que le site fait face à des problèmes d'entretien, de dégradation des espaces verts et d’une insécurité galopante.

Mathieu Nathanaël NJOG

Journaliste d'Investigation, Grand Reporter & Analyste des Questions Sportives

 
 
 

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