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Les pèlerinages de Mbassa Ndinè à Douala 2ᵉ, 4ᵉ et 6ᵉ : entre opération de séduction, comptes d’apothicaire et colères sous cape


BILAN COLLABORATION CUD-CAD

C’est un exercice de style dont le superficiel le dispute à l’acrobatie politique. En cette fin de mandature 2020-2025, avec une prorogation jusqu’en fin 2026, le Maire de la Communauté Urbaine de Douala (CUD), Dr Roger Mbassa Ndinè, a entrepris de faire le tour des popotes. En modifiant le format des Rencontres avec les Élus Municipaux (REM) organisées chaque fin d’année en une « tournée de reddition de comptes », susurre la communication officielle, soigneusement enrobée dans le verbiage technocratique d’une « démarche de proximité ».


Chaque fin d’année, l’exécutif de la Communauté Urbaine de Douala, conduit par le Maire Roger Victor Mbassa Ndinè, organise dans un cadre institutionnel la Rencontre des Élus Municipaux (REM) pour présenter le bilan des réalisations de l’exercice et les perspectives de l’année à venir. Cette année, à la faveur d’une anticipation sur la convocation du corps électoral pour les élections de proximité (législatives et municipales) prochaines, le format a été modifié. Le Super-Maire a choisi de faire une tournée de reddition de comptes dans les six Communes d’Arrondissement de Douala (CAD). Quittant le confort feutré de l’Hôtel de ville de Bonanjo, l’édile de la métropole économique est allé porter la bonne parole à New-Bell (Douala 2ᵉ), repasser le film des promesses érodées à Bonassama et Bojongo (Douala 4ᵉ), avant de poser son maroquin sur la terre insulaire de Manoka (Douala 6ᵉ). Trois étapes sur six. Un mi-parcours institutionnel qui ressemble davantage à une tournée de rattrapage aux entournures, sur fond d'un bilan au goût d'inachevé. Car derrière les sourires de façade, les poignées de main appuyées et l’alignement discipliné des apparatchiks, le miroir de cette itinérance renvoie une image bien moins reluisante : celle d’une gouvernance verticale, d’une trésorerie utilisée comme levier de soumission politique, et de projets imposés qui frisent trop souvent le contresens démocratique.

La Dotation Générale de Fonctionnement : le chantage à la caisse

Pour comprendre l’ambiance délétère de cette tournée, il faut plonger dans les arcanes des finances de la CUD. En coulisses, les Maires des Communes d’Arrondissement de Douala (CAD), la plupart réduits au rang de figurants budgétaires, ravalent mal leur fiel. Le point de friction majeur ? La très controversée Dotation Générale de Fonctionnement (DGF). Légalement due aux Communes d’Arrondissement pour assurer la gestion quotidienne de leurs territoires, la DGF est devenue, sous le règne du Dr Mbassa Ndine, une arme de dissuasion massive. Invariablement reversée avec des retards vertigineux, elle est distillée au compte-gouttes, quand elle n’est pas purement et simplement bloquée pour tuer dans l’œuf les velléités d'indépendance de certains exécutifs municipaux. Plus grave encore, le secret de polichinelle s’étale au grand jour : la DGF est distribuée à la tête du client.

Un traitement de faveur pour les bons élèves dociles, et le régime de la disette pour les contestataires. Au moment où Roger Mbassa Ndinè entame cette tournée, dans toutes les Communes d’Arrondissement, la complainte est la même : la DGF pour l’exercice 2026 n’est toujours pas versée alors qu’on est à quatre mois de la fin de l’exercice budgétaire et à quelques encablures des prochaines élections municipales. À Douala 2ᵉ, où la maire Me Denise Fampou a appris depuis longtemps l’art d’arrondir les angles diplomatiques sans trop courber l’échine, la pilule passe mieux. Le Super-Maire n’a pas manqué de mettre en scène l’augmentation de la DGF versée à cette Commune d’Arrondissement, permettant l'achat d'engins de salubrité. À Douala 6ᵉ, on agite bruyamment le chiffre vertigineux de 1,479 milliard de FCFA cumulé versé entre 2020 et 2025. Une arithmétique d'affichage bien commode. Mais ce que le Maire de la ville oublie de préciser dans sa communication lisse, c’est le nombre de trimestres de retard qu'il a fallu endurer, les asphyxies financières répétées et les humiliations administratives subies par les Maires pour entrer en possession de ces sommes, pourtant inscrites dans le marbre des lois de la décentralisation.

Photo de famille après la Rencontre des Elus Municipaux de la CAD 2è par le Maire de la CAD Mbassa Ndinè
Photo de famille après la Rencontre des Elus Municipaux de la CAD 2è par le Maire de la CAD Mbassa Ndinè

La « fronde des Maires » et le grand malentendu des priorités

Dans les couloirs des Mairies d'Arrondissement, le constat est sans appel : les édiles locaux n'ont pratiquement pas été associés à l'élaboration, ni à l’exécution des projets portés par la CUD. La méthode Mbassa Ndine brille par son unilatéralisme. On décide à Bonanjo de ce qui est bon pour New-Bell, Bonabéri ou Manoka, sans jamais véritablement consulter ceux qui touchent du doigt le quotidien des populations. Conséquence de ce dialogue de sourds ? Un décalage sidérant entre les investissements de la CUD et les priorités réelles des Communes d'Arrondissement. Les Conseils Municipaux ne cessent de déplorer que ce qui est fait sans ton association est fait contre toi. Prenons le cas de Douala 4ᵉ. Alors que les populations suffoquent sous les montagnes d'ordures, souffrent de l'enclavement de quartiers entiers et que les artères secondaires s'effondrent sous la boue, le Maire de la ville vient faire l'exégèse de chantiers au rythme de tortue, comme la route de Bonendalè, embourbée dans des palabres interminables avec la CAMWATER. Sur la salubrité, le Dr Mbassa Ndine en est réduit à admettre, encore une fois, des « difficultés persistantes », promettant pour la énième fois un renforcement des moyens de l'opérateur GENELCAM. Une bien maigre consolation pour des riverains qui nagent dans l'insalubrité depuis des années. À Manoka (Douala 6ᵉ), l’illusion frôle le tragique. Venu vanter l’installation de 260 lampadaires solaires, des pavés et une Brigade de Surveillance des Mangroves dotée de dix courageux éléments, le Maire de la ville a dû buter sur le dur mur du réel : le fameux projet de débarcadère, indispensable pour le désenclavement de cette île, est à l'arrêt, englouti par les « difficultés d’acheminement du matériel ». Pour calmer les esprits face à cet échec cuisant, le Super-Maire promet désormais, à l'horizon 2027, l'inscription au budget d'une suceuse contre l'érosion côtière et de batterie d'analyses pour la desserte Manoka-Penda Dikoumè ! De la prospective sur papier glacé en guise de réponse aux urgences vitales d'aujourd'hui.

Rencontre des Elus Mu,icipaux de la CAD 6- par le Maire de la CUD Mbassa Ndinè
Rencontre des Elus Mu,icipaux de la CAD 6- par le Maire de la CUD Mbassa Ndinè

L’art de la mise en scène et la tentation du quitus forcé

Partout où il est passé, la rhétorique du Dr Roger Mbassa Ndine est restée la même : autofélicitation, rejet des fautes sur les crises sanitaires passées (la Covid-19 a bon dos) ou sur les opérateurs défaillants, et appels paternels à la « civilité » des citoyens, sommés d'être plus propres. Si Me Denise Fampou à Douala 2ᵉ et Ernest Edimo à Douala 6ᵉ ont joué le jeu du protocole, se fendant des politesses d'usage et orchestrant le « satisfecit » de leurs Conseils municipaux respectifs, personne n'est dupe. Ce « satisfecit » de façade ressemble plus à un quitus forcé accordé à un bailleur de fonds capricieux qu'à un véritable enthousiasme populaire. En réalité, ces trois étapes traduisent une fêlure profonde dans l'architecture de la gouvernance locale à Douala. En n’arrivant pas à faire des Maires d'Arrondissement de véritables partenaires de co-développement, en maintenant un flou artistique sur la péréquation budgétaire et en distribuant les investissements au coup par coup pour des motifs de positionnement politique, le patron de la CUD n'a pas réussi à bâtir une communauté. Il a simplement entretenu un réseau de vassalité. À mi-parcours de cette tournée de bilan, le compte n'y est pas. Douala ne se construit pas dans l'autosatisfaction des discours d’apparat. Elle se fracture sous le poids des rendez-vous manqués et d’une décentralisation confisquée à la haute table de Bonanjo. Il reste encore trois CAD (1ᵉʳ, 3ᵉ et 5ᵉ), qu’on dit les plus frondeuses, à visiter. L'exercice de communication pourra s'y poursuivre, mais la réalité de la rue, elle, continuera de chanter un tout autre refrain.

Mathieu Nathanaël NJOG

​​​​​​​Journaliste d'Investigation, Grand Reporter & Analyste des Questions de Décentralisation

 
 
 

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