Cyrille Sam Mbaka plaide pour un nouveau paradigme politique au Cameroun
- Mathieu Nathanael NJOG

- il y a 5 jours
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DÉDICACE LITTÉRAIRE
L’histoire a parfois la mémoire courte, mais les hommes qui l’ont forgée gardent l’encre de la vérité au bout des doigts. C'est dans une ambiance de ferveur républicaine et de nostalgie constructive que l'homme politique de premier plan, Cyrille Sam Mbaka, a procédé à la dédicace de ses ouvrages le 13 mars 2026 au La Chaumière Jazz Club de Bonapriso (Douala). Cette grande messe collective a été un moment de pure transmission mémorielle, replongeant sans ménagement l’assistance dans l’ambiance électrique des années 1990.

Souvenez-vous. Le mur de Berlin venait de s'effondrer, emportant dans ses décombres les certitudes des régimes monolithiques. Au sortir du célèbre discours de La Baule, l'appel à la démocratie et au multipartisme s'imposait comme un impératif catégorique à l'ensemble du continent. Si d'aucuns, sous d’autres cieux subsahariens, choisissaient la voie de la Conférence Nationale Souveraine, l’accouchement du pluralisme politique au Cameroun s’est fait dans la douleur, les larmes et une indicible tension. C'est cette fresque monumentale que le leader politique restitue avec une précision chirurgicale dans son premier opus majeur : Les luttes politiques au Cameroun (1990-1991). « Si je prends un peu de recul, je dois dire que j'ai commis ce livre parce que je me suis rendu compte que j'étais un peu nostalgique du passé », confie l'auteur avec une pointe d'émotion. Une nostalgie saine, loin du regret stérile, mais profondément ancrée dans le respect de la personne humaine qui prévalait alors au sein des forces progressistes. Une époque charnière où, malgré les clivages, les acteurs savaient qu'il fallait bâtir un nouveau Cameroun et parvenir, coûte que coûte, à un consensus global pour éviter le chaos. Pourtant, dans cet exercice de catharsis historique, Sam Mbaka ne caresse pas la classe politique dans le sens du poil. Devant un parterre d'invités prestigieux, l'auteur a rappelé un diagnostic lucide posé dès l'aube de notre démocratie : les partis politiques de l'opposition camerounaise n'étaient pas programmés pour vivre ensemble. Face à leurs querelles byzantines et leurs guerres d'ego, le salut ne pouvait venir que d'ailleurs. C'est ainsi que le livre rend un vibrant et digne hommage à des figures de proue de la société civile et du monde associatif, à l'instar de feue Me Marie-Louise Eteki Otabela, figure tutélaire de l'engagement citoyen et « grande sœur » des militants de la première heure –, Henriette Ekwe ou encore de Me Yondo Black Mandengue.
À cette époque, voir des avocats de renom s’engager bénévolement aux côtés des plus vulnérables a suscité une envie terrible chez la jeunesse de s’investir en politique. C’est au plus fort de ces tensions, alors que la rue grondait, qu'un homme comme Mboua Massock est sorti des rangs avec des propositions novatrices pour « faire bouger la maison ». Un plan audacieux qui prouvait qu'à cette époque bénie, les leaders savaient écouter. Nul n’avait besoin d’arborer un doctorat pour avoir la science infuse ; la meilleure idée pouvait jaillir de partout. C’est de ce bouillonnement qu'est né le concept de consensus : venir avec ses idées, écouter l’autre et s'entendre sur un dénominateur commun pour l’intérêt supérieur de la nation. Un outil si puissant qu'au plus fort de la crise des « Villes Mortes », le Chef de l'État avait dû se résoudre à inviter l’opposition et la société civile à Yaoundé pour la mythique « Conférence Tripartite » de 1991, afin de jeter les bases d'un code électoral consensuel et d'une révision constitutionnelle. Témoin oculaire et acteur de premier plan de la Tripartite de 1991, mais aussi du Grand Dialogue National de 2019, Cyrille Sam Mbaka livre dans ses écrits une comparaison sans concession : - La Tripartite de 1991 : Un modèle d'unité nationale au sérieux sacerdotal. Le Chef de l'État s'était engagé à ce que les résolutions soient exécutoires, scellant un contrat synallagmatique entre le Gouvernement, l'Opposition et la Société Civile. Malgré les blocages initiaux du Premier ministre sur la forme de l'État, la médiation historique du Cardinal Christian Tumi a permis de sauver les meubles. - Le Grand Dialogue National de 2019 : Un événement que l'auteur dépouille de toute substance, déplorant la théâtralisation d'un processus cosmétique qui n'a pas su recréer l'union sacrée ni accoucher d'un contrat social contraignant pour le pouvoir.

De la Tripartite de 1991 au Grand Dialogue National, le choc des méthodes
Malheureusement, la mémoire collective feint souvent d’ignorer la tragédie politique qui a suivi 1991. Alors que les commissions s'attelaient à traduire en lois les aspirations du peuple, un contre-pied présidentiel retentissant sur les ondes de la radio nationale venait siffler la fin de la récréation. Le pouvoir annonçait unilatéralement des élections législatives anticipées, jetant une enveloppe de 500 millions de francs CFA aux partis pour masquer ce coup de force. Ce fut le coup de grâce porté à la dynamique consensuelle. L’opposition se fractura de manière irréversible entre les puristes (la conférence nationale ou rien) et les pragmatiques (participer pour combattre de l'intérieur). Cyrille Sam Mbaka démonte aujourd'hui, avec un sourire teinté d'ironie, le narratif officiel du RDPC qui prétend que l'opposition avait échoué dans les urnes en 1992 : « Non, l'opposition véritable était dehors. Elle avait boycotté ces élections législatives. Ceux qui y sont allés l'ont prouvé quelques années plus tard en entrant massivement au gouvernement. Comment peut-on décemment prétendre que l'opposition avait perdu alors qu'elle avait choisi de ne pas entrer dans le jeu ? » Cette mise au point historique pose une question philosophique majeure qui résonne avec force aujourd'hui : le boycott est-il une arme politique efficace, ou un abandon de poste dramatique ? C’est précisément pour répondre à cette impasse chronique que le Président de l'Alliance des forces progressistes du Cameroun (AFP) publie son second ouvrage : « Pour le Cameroun, je propose un nouveau paradigme ».
Pour Cyrille Sam Mbaka, on ne peut pas construire le Cameroun de demain si l'on ignore les dynamiques d'hier. Face aux défis contemporains, il plaide pour une rupture radicale avec « la politique du tube digestif » et les affrontements stériles, à travers trois piliers : - L'inclusion institutionnelle : En finir avec la centralisation jacobine. La société civile doit redevenir un partenaire de co-législation. - La culture du compromis : Réhabiliter l'esprit de 1991 où la divergence d'opinions était le point de départ d'une synthèse républicaine ; - Le rejet du fétichisme du diplôme : Redonner la parole à la base et aux forces productives réelles, plutôt qu'à une technocratie déconnectée du Cameroun profond. Ignorer les leçons de la Tripartite, c'est condamner le Cameroun à bégayer éternellement son histoire sur le sable mouvant de l'incertitude. C'est le constat partagé par les éminents panélistes qui l'accompagnaient pour cette note de lecture : les professeurs Louison Essomba, Alphonse Amougou et Alice Sadjo, l'éditeur Eric Youmbi, ainsi que le « Combattant » Mboua Massock. La force de l'événement a également résidé dans la diversité politique des participants présents dans la salle, parmi lesquels des figures du RDPC (SM Etouke Mouelle Auguste, Me Joseph Claude Beligha), de l'UPS (Élie Tchembiap Fekoua), du SDF (Gabriel Ngomsi), du NMP (Banda Kani) ou encore Joseph Espoir Biyong (adjoint au Maire de Douala 5e). En somme, Sam Mbaka n’a pas écrit pour le passé, il a livré les clés pour corriger demain. Proposés au prix démocratique de 5 000 FCFA pour rester accessibles à tous, ces deux chefs-d’œuvre s'imposent déjà comme des manuels de survie démocratique indispensables pour la postérité.
Mathieu Nathanaël NJOG



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