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Dans les coulisses du rapport coup de poing présenté à l’ONU par une coalition de la société civile

il y a 22 heures
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Dernière mise à jour : il y a 4 heures

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CAMEROUN

À l'heure où s'ouvre, du 19 octobre au 6 novembre 2026 à Genève, la 146e session du Comité des droits de l'homme des Nations Unies, les regards de la communauté internationale se tournent vers le Cameroun, une coalition de la société civile camerounaise conduite par Nouveaux Droits de l’Homme Cameroun et le REDHAC a déposé un rapport alternatif conjoint accablant. Entre répression électorale, torture, dérive institutionnelle et exactions dans les régions anglophones, ce document de plaidoyer met à nu le fossé vertigineux séparant les textes constitutionnels de la réalité quotidienne.


La diplomatie des prétoires et des salons feutrés des Nations Unies s'apprête à vivre un moment de vérité singulièrement inconfortable. Du 19 octobre au 6 novembre 2026, le Cameroun passe le grand oral de la 146e session du Comité des Droits de l’Homme de l’ONU, réuni pour évaluer la mise en œuvre du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP). Mais à la version polie et convenue que ne manquera pas de présenter la délégation gouvernementale, la société civile camerounaise oppose la dureté des faits, des chiffres et des témoignages. Soumis officiellement le 21 septembre 2026, le Rapport alternatif conjoint porté par une coalition d’organisations citoyennes sous la houlette de Nouveaux Droits de l’Homme Cameroun (NDH), avec le rôle moteur du Réseau des Défenseurs des Droits Humains en Afrique Centrale (REDHAC) dirigé par Maximilienne Ngo Mbe et l’appui technique du Centre CEFODEP, dresse un réquisitoire rigoureux, étayé et sans concession.

Une rigueur méthodique face au déni d'État

Dans les bureaux de Yaoundé et de Douala où le rapport a été compilé, la consigne était claire : atteindre une irréprochabilité méthodologique propre à déjouer toute tentative de contestation balayée d'un revers de main par les autorités. La coalition prend soin de le souligner dans une note liminaire que : « Les chiffres avancés ne sont pas des estimations à la louche, mais de véritables faits documentés ». Grâce à un dispositif combinant une plateforme de signalement, le déploiement de centaines d’observateurs citoyens sur le terrain et plus de 300 entretiens qualitatifs, chaque cas a fait l’objet d’une procédure stricte de triangulation. Les doublons ont été éliminés en recoupant minutieusement les dates, lieux, identités et auteurs allégués. Soucieuse de préserver la vie des victimes, témoins et défenseurs face aux risques avérés de représailles, la coalition conserve les identités complètes dans une annexe confidentielle, accessible aux seuls experts du Comité sous réserve de consentement. Par souci d'honnêteté intellectuelle, les totaux issus de méthodologies différentes ne sont pas additionnés mécaniquement, et les divergences ou allégations non consolidées restent formellement qualifiées comme telles.

Violences postélectorales : le sang du scrutin de 2025

Le cycle électoral d’octobre 2025 constitue le cœur battant de ce rapport. La période ayant entouré la proclamation des résultats de la présidentielle a basculé dans une répression brutale. Le consortium coordonné par le REDHAC a documenté pas moins de 540 cas de violations directement liés au processus électoral. Alors que le gouvernement s'en tient à un bilan de 16 morts, des sources des Nations Unies évoquent au moins 48 victimes tuées, d'autres organisations avançant des chiffres encore plus lourds. Le rapport sort de l'anonymat ces trajectoires brisées : Zouhaira Assana, une enseignante de 34 ans abattue par balle le 21 octobre 2025 à Garoua ; Aboubakar Abache, tué à Douala le 26 octobre ; ou encore les fusillades sanglantes de Bafang le 27 octobre. Les éléments recueillis démontrent que nombre de ces victimes ne participaient à aucun acte violent et ont été fauchées alors qu'elles circulaient ou observaient la scène. À cela s'ajoute le calvaire des observateurs : sur environ 380 volontaires formés par la société civile, seule une centaine a pu obtenir une accréditation, les autres travaillant au péril de leur liberté sous la menace permanente d'arrestations arbitraires, à l'image des cinq observateurs de l’Ong Un Monde Avenir qui ont été interpellés le jour du scrutin à Ngaoundéré.

Décès en détention, torture et justice militaire

L'onde de choc de la répression postélectorale s'est prolongée dans l'ombre des geôles politiques. Le décès en détention de la figure politique Anicet Ekane, survenu le 1er décembre 2025 après son arrestation le 24 octobre et sa séquestration au Secrétariat d’État à la Défense (SED), incarne la tragédie de l'arbitraire. Malgré ses pathologies connues, l'accès à son dispositif d'assistance respiratoire et aux soins d'urgence lui aurait été refusé ou drastiquement restreint. Les chiffres du suivi judiciaire glacent le sang : des listes dressées par des collectifs d'avocats recensent 312 arrestations dès le 26 octobre 2025, dont 154 personnes maintenues sans présentation à un juge plus d'un mois après. Un registre indépendant au 14 avril 2026 totalise 3 310 dossiers, dont 2 782 personnes toujours écrouées et 2 630 en situation de « pré-procès » (soit 94,5 % des détenus). Plus grave encore, le rapport dénonce l'utilisation récurrente des qualifications de terrorisme, d'insurrection ou de rébellion pour traduire des civils devant des tribunaux militaires, en violation flagrante de l'article 14 du Pacte. Dans la plupart des 79 prisons du pays, l'examen médical systématique à l'entrée est inexistant, laissant toute latitude à la pratique de la torture, des coups de machette, des décharges électriques et des simulacres de noyade.


L'étau sur les libertés fondamentales et le flou présidentiel

L'espace civique camerounais s'apparente désormais à une peau de chagrin. Traitant la simple déclaration préalable de réunion comme un régime d'autorisation discrétionnaire, l'administration étouffe systématiquement l'opposition et les défenseurs des Droits Humains sous le motif commodément élastique de la « menace à l'ordre public ». Le rapport détaille un harcèlement institutionnel ciblé : la suspension et la mise sous scellés des locaux du REDHAC en 2024, les poursuites et convocations visant Me Alice Nkom, les campagnes de diffamation et menaces contre Maximilienne Ngo Mbe, sans oublier la suspension de Reach Out Cameroon ou le cambriolage suspect des bureaux de NDH-Cameroun en 2025. Sur le terrain politique, la révision constitutionnelle d’avril 2026 a acté la création d'un poste de Vice-Président nommé, appelé à succéder au Chef de l'État en cas de vacances sans passage rapide devant les urnes, sapant le principe même de souveraineté populaire garanti par l'article 25 du Pacte. Une préoccupation renforcée par le « court séjour privé » de 74 jours effectué par le Président en Europe au cours de l'été 2026, durant lequel un silence radio absolu entourait l'exercice effectif de la magistrature suprême.


Nord-Ouest et Sud-Ouest : la double peine des femmes et des enfants

Dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, meurtries par des années de conflit, la population civile demeure prise en étau. Pour la seule année 2025, la coalition a documenté 136 incidents majeurs ayant fait au moins 278 victimes directes soit 29 exactions étant attribuées aux forces étatiques et 107 aux groupes armés séparatistes. Les femmes et les filles y subissent un tribut disproportionné, exposées aux féminicides (au moins 9 cas documentés), aux violences sexuelles et au cyber-harcèlement, face à des mécanismes d'enregistrement des plaintes dramatiquement défaillants. L'illustration la plus révoltante de cette dérive réside dans l'arrestation, le 24 juin 2025 à Bamessing, de sept civils d'une même famille, parmi lesquels figuraient deux nourrissons âgés de deux et trois mois. Détenus pendant près de 25 jours à la Brigade de Gendarmerie de Ndop puis transférés à la prison centrale de Bamenda, ces bébés ont été maintenus en captivité au nom d'une logique de responsabilité collective visant un parent soupçonné d'affiliation séparatiste.

Recours utiles et l'épreuve de vérité pour la CDHC

Face à ce tableau sombre, la coalition interpelle le Comité de l'ONU sur l'illusion des recours internes. Sur près de 256 plaintes déposées depuis 2017 contre des Agents des Forces de Défense et de Sécurité (FDS) pour torture ou usage excessif de la force, la quasi-totalité est restée sans suite ni procès. Enfin, le rapport invite à remettre à plat le statut de la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun (CDHC). Bien qu'accréditée du statut A auprès de la GANHRI, l'institution nationale voit son indépendance et son effectivité fortement remises en question. Une contribution spécifique demande un examen spécial de sa gouvernance, pointant un processus de nomination opaque, un manque de pluralisme, des ressources insuffisantes et une soumission de fait au pouvoir exécutif. À Genève, les experts du Comité des droits de l'homme ont désormais entre les mains les preuves d'une exigence de justice que le gouvernement camerounais ne pourra plus feindre d'ignorer.

Mathieu Nathanaël NJOG

 Journaliste d'Investigation, Grand Reporter & Analyste Spécialisé des Enjeux et Questions des Droits Huamains

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