Le Cameroun au cœur des enjeux de la transition et des investissements hydrocarbures
Dernière mise à jour : il y a 33 minutes
AFRICAN ENERGY WEEK 2026
Rendez-vous incontournable du monde énergétique continental, l’African Energy Week (AEW) 2026 s’est achevée le 16 octobre au Cap, en Afrique du Sud, sur un bilan d’engagements financiers colossaux excédant 17 milliards de dollars (environ 8 500 milliards de FCFA). Au milieu de ce grand banquet des décideurs, investisseurs et capitaines d’industrie, la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) du Cameroun s'est imposée comme une figure de proue, déployant une vision prospective centrée sur la valorisation de son amont pétrolier et la révolution du gaz naturel au service de l'économie numérique.

Pendant cinq jours, du 12 au 16 octobre 2026, la ville du Cap est devenue la capitale mondiale des décisions énergétiques africaines. Sous le thème unificateur : « Investir dans les énergies africaines : des apports énergétiques abondants et abordables pour l’Afrique », plus de 12 000 délégués venus de plus de 100 pays ont arpenté les allées du Cape Town International Convention Centre. L’édition 2026 restera gravée dans les annales comme celle de tous les superlatifs. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : la salle de négociation Premier Invest Deal Room a mis en lumière 15 projets majeurs sollicitant plus de 16 milliards de dollars, tandis que le African Farmout Forum exposait 23 opportunités d'exploration dans les bassins établis et frontières. Des gouvernements comme la Côte d'Ivoire (qui a dévoilé sa stratégie d'expansion de 10 milliards de dollars (environ 5 000 milliards de FCFA), le Sénégal (présentant 104 blocs) ou le Libéria ont rythmé les annonces. Parallèlement, des avancées majeures ont été confirmées pour des projets structurants tels que Yakaar-Teranga au Sénégal ou Coral North FLNG d'Eni au Mozambique. C'est dans cet aréopage d'ambitions partagées et de compétitivité accrue que le Cameroun a su imposer sa voix, guidé par une exigence de pragmatisme et de modernisation.
La SNH en première ligne de séduction et de diplomatie économique
Menée par Mme Nathalie Moudiki, Conseiller N°2 de la SNH, et épaulée par S.E. M. Solomon Azoh Mbi, Haut-Commissaire du Cameroun en Afrique du Sud, la délégation camerounaise a porté haut les couleurs du pays. Entre interventions remarquées lors des panels, audiences bilatérales stratégiques et animation d’un stand pris d'assaut par les investisseurs internationaux, l’équipe camerounaise a déployé une diplomatie économique offensive. Le premier axe majeur de cette offensive repose sur la promotion du domaine minier national. Dans le cadre d'un Licensing Round particulièrement attendu, la SNH a exposé les atouts comparatifs de ses blocs libres, tant dans l'amont traditionnel que dans les bassins en développement. Par ailleurs, les données présentées lors des sessions techniques ont illustré la viabilité persistante du bassin mature de Rio del Rey, aux côtés d’opérateurs partenaires comme Perenco, démontrant que l'expertise technique camerounaise demeure un gage de sécurité pour les capitaux étrangers. Le résultat ne s'est pas fait attendre : plusieurs lettres d'intention et perspectives de partenariats ont été enregistrées, positionnant le Cameroun parmi les destinations les plus attractives pour les flux financiers en recherche de rendement durable dans la région de la CEMAC.

RG2D-NUBIATECH : la convergence audacieuse du gaz et de la data
La véritable attraction technologique du pavillon camerounais est survenue lors des présentations dédiées à l'initiative innovante RG2D-NUBIATECH (« Refinery Gas to Data »). Dans un paysage énergétique en pleine mutation où la décarbonation exige une valorisation intelligente des ressources fossiles, la SNH propose un paradigme novateur : transformer le gaz naturel local en énergie propre et stable pour alimenter des centres de données (data centers) et dynamiser de nouvelles zones économiques spéciales. Cette approche, à la croisée de l'indépendance énergétique et de la souveraineté numérique, a suscité un vif enthousiasme auprès des fonds d'investissement et des experts technologiques présents au Cap. En liant l'exploitation gazière à la digitalisation de l'économie africaine, le Cameroun ne se contente plus d'exporter des molécules brutes : il crée une chaîne de valeur industrielle intégrée, garante d'emplois qualifiés et de croissance résiliente.
Un mix énergétique et le Cap 2027 déjà dans le viseur
Le message fort porté par le Cameroun résonne à l'unisson des grands débats de l'AEW 2026. Alors que d'autres nations africaines explorent des voies complémentaires, à l'instar du Sénégal dont le Secrétaire Général du Ministère de l'Énergie, Cheikh Niane, a rappelé la pertinence de l'énergie nucléaire civil en appoint du gaz et des renouvelables, le continent réaffirme unanimement son droit à une transition juste et réaliste. Comme l'a illustré la Déclaration finale de la SNH, l'entreprise d'État entend assumer pleinement son rôle de catalyseur du développement national. L'objectif ultime dépasse la simple rente pétrolière : il s'agit d'édifier un écosystème énergétique robuste au service du tissu industriel local et de l'éveil économique global du continent africain. Alors que les lampions s'éteignent sur une édition 2026 historique, organisateurs et participants ont déjà les yeux rivés sur l'avenir. L'African Energy Week reviendra au Cap du 11 au 15 octobre 2027. Pour la SNH et le Cameroun, l'intermède d'une année sera consacré à la concrétisation des accords ébauchés et au suivi des intentions d'investissement engrangées cette semaine. Le Cameroun s'impose désormais comme un acteur incontournable de la carte énergétique africaine, résolument tourné vers l'avenir.
Mathieu Nathanaël NJOG
Journaliste d’Investigation, Grand Reporter & Analyste des Enjeux et Questions Financièress et Economiques



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