La CEMAC à la conquête de la soutenabilité macroéconomique et de la modernisation institutionnelle
Dernière mise à jour : il y a 37 minutes
ASSEMBLEES FMI-BANQUE MONDIALE 2026
À Bangkok, du 12 au 18 octobre 2026, la délégation de la Commission de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC), sous la conduite avertie de son Président Baltasar Engonga Edjo’o, s’est livrée à une intense diplomatie économique et financière. Entre bilatérales stratégiques avec le Fond Monétaire International, négociations serrées avec le Groupe de la Banque Mondiale et consultations de haut niveau avec les administrateurs africains, la sous-région a plaidé pour une accélération des réformes de fond, la consolidation des réserves de change et l'harmonisation de ses outils statistiques. Décryptage d'un marathon diplomatique aux enjeux vertigineux pour l'avenir des économies d'Afrique centrale.

C’est dans le cadre majestueux et dynamique de la capitale thaïlandaise que se sont ouverts les travaux des Assemblées annuelles 2026 du Fonds Monétaire International (FMI) et du Groupe de la Banque Mondiale. Pour la Commission de la CEMAC, conduite par SE Baltasar Engonga Edjo’o, le défi était de taille : faire entendre la voix d'une zone économique en plein effort de restructuration et de stabilisation macroéconomique. Accompagné d'experts de premier plan, notamment Jean Claude Nguemeni, Directeur de la Surveillance Multilatérale, le Président de la Commission a orchestré une offensive diplomatique sans précédent. Les rencontres bilatérales se sont enchaînées à un rythme soutenu avec les plus hauts responsables des deux institutions sœurs de Bretton Woods. Du côté du FMI, les discussions ont impliqué l’Administrateur du Groupe Afrique III, le Directeur du Département Afrique, le Directeur du Département des Statistiques ainsi que le Directeur Adjoint du Département des Finances Publiques. Du côté du Groupe de la Banque Mondiale, la délégation a conféré avec l’Administrateur du Groupe Afrique II avant de tenir une séance de travail hybride décisive avec les équipes techniques dédiées à la sous-région. Cette présence active a également été marquée par la participation à des concertations multilatérales majeures, telles que la Réunion de haut niveau sur la CEMAC, la réunion du Groupe Afrique III au FMI, la réunion du Groupe Afrique II à la Banque Mondiale, et une séance cruciale entre le Vice-Président de la Banque Mondiale pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre et les Institutions Régionales de la CEMAC.
Intégration et réformes : L'examen de passage face aux équipes du FMI
Le moment fort de ces assises est sans conteste resté la concertation stratégique entre les Institutions Régionales de la CEMAC, avec la participation marquée de la Banque des États de l'Afrique Centrale (BEAC) et de la Commission Bancaire de l'Afrique Centrale (COBAC), et le Département Afrique du FMI. Il s'agissait de dresser un état des lieux rigoureux de la mise en œuvre des directives édictées en janvier 2026 par la Conférence des Chefs d’État de la CEMAC, visant la consolidation des réserves de change et la transformation structurelle des économies sous-régionales. En réponse au tableau brossé par la partie communautaire, le FMI a salué les efforts entrepris tout en traçant une feuille de route claire. Une mission régionale sera prochainement déployée en Afrique centrale pour mener à bien la revue des assurances régionales. En parallèle, le FMI intensifiera ses missions dans les six États membres afin de passer au crible les trajectoires budgétaires nationale, en ciblant particulièrement la conformité des projets de Lois de Finances 2027 avec la soutenabilité de la dette et le renforcement de la position extérieure de la monnaie. Si ces évaluations s'avèrent concluantes, la revue des assurances régionales sera soumise au Conseil d’Administration du FMI dès le mois de décembre 2026. Dans la même lancée, le FMI a sollicité l'expertise de la COBAC pour accompagner le Tchad dans le cadre de son programme d'ajustement, spécifiquement sur le dossier délicat de la restructuration de deux banques publiques. Sur le plan des programmes nationaux, les échanges avec l’Administrateur du Groupe Afrique III au FMI ont permis de mesurer le chemin parcouru depuis la mission de septembre 2026 à Washington. On notera ainsi le démarrage officiel des négociations pour un nouveau programme avec le Congo, des discussions préliminaires bien engagées avec le Gabon, et des sessions virtuelles de travail programmées immédiatement après l'étape de Bangkok. Concernant le Cameroun, l'Administrateur a précisé que la revue post-financement menée en septembre pourra être soumise au Conseil d’Administration du FMI sans attendre le déblocage préalable des assurances régionales.

Modernisation fiscale et virage statistique : Le soutien technique réaffirmé
Au-delà de la surveillance macroéconomique, la Commission de la CEMAC a marqué des points précieux sur le terrain des réformes structurelles. Lors de la rencontre bilatérale avec le Département des Finances Publiques du FMI (FAD), les débats ont porté sur l'accompagnement technique en matière fiscale et douanière. Le FAD s'est formellement engagé à déployer trois missions d'envergure dès janvier 2027 autour de piliers stratégiques : - La gestion du risque de conformité ; - La stratégie régionale de mobilisation des recettes fiscales intérieures ; - L'élargissement du chantier d'harmonisation fiscale à de nouvelles thématiques clés. Sur le front statistique, élément névralgique de la surveillance multilatérale, la réunion avec le Département des Statistiques du FMI a permis de consolider les avancées du projet régional HISWACA (Projet d’harmonisation et d’amélioration des statistiques en Afrique de l’Ouest et du Centre), cogéré avec l'ISSEA. Face aux mutations méthodologiques internationales, le FMI s'est dit prêt à co-élaborer une feuille de route pour accompagner la transition des pays de la zone. Les équipes du FMI travaillent déjà sur une matrice pour faciliter le passage au 7ᵉ manuel de la Balance des Paiements, tout en lançant une initiative pionnière pour comptabiliser l’économie informelle dans les comptes nationaux. Une priorité absolue pour le Président Baltasar Engonga Edjo’o, qui a prescrit une participation assidue des services de la Commission aux prochains ateliers de formation du FMI.
Banque Mondiale : Vers un partenariat stratégique renforcé et inclusif
Le volet Banque Mondiale du séjour Bangkokois s'est révélé tout aussi fructueux. Reçue par l’Administrateur du Groupe Afrique II, la délégation de la CEMAC a plaidé l'intégration effective de la Guinée Équatoriale dans le volet communautaire du projet HISWACA ainsi que dans les autres programmes régionaux. Une requête accueillie favorablement, l'Administrateur ayant indiqué que cette extension prendra corps dans le cadre du nouveau Document de Stratégie Pays pour la Guinée Équatoriale, actuellement sous presse. La Commission a en outre soumis une demande de financement additionnel au projet HISWACA dédiée au suivi rigoureux de la performance des entreprises publiques. Lors de la séance de travail hybride du 16 octobre avec les équipes techniques de la Banque Mondiale, l'institution monétaire a rappelé la règle : « Une telle initiative nécessitera l'adhésion formelle d'au moins deux États membres pour être officiellement matérialisée ». Reste que la Banque Mondiale a exprimé toute sa satisfaction quant à l'impact du projet HISWACA sur le terrain. Enfin, à l'heure où l'institution multilatérale affine sa nouvelle stratégie d’intégration régionale pour l’Afrique, un rendez-vous capital a été pris : l'organisation d'un « deep-dive » stratégique avec la CEMAC d’ici la fin de l’année 2026. Une opportunité historique pour le Président Baltasar Engonga Edjo’o de graver les priorités de la sous-région au cœur des politiques de développement de la Banque Mondiale pour les années à venir.
Mathieu Nathanaël NJOG
Journaliste d’Investigation, Grand Reporter & Analyste des Enjeux et Questions Fuinancièress et Economiques



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