Dans sa réplique, la patronne d’AppsTech met à nu le braquage institutionnel dont elle est victime
- Mathieu Nathanaël Njog
- il y a 5 jours
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AFFAIRE SRC CONTRE REBECCA ENONCHONG
C’est une prose au scalpel. Un texte ciselé dans l’acier trempé de l’exaspération, balancé comme une charge de dynamite sur la table en acajou du président du Conseil d’Administration de la Société de Recouvrement des Créances du Cameroun. Le 20 juillet 2026, depuis la métropole économique, la figure de proue de la tech africaine, Rebecca Enonchong, a pris sa plume non pas pour implorer une quelconque clémence, mais pour dresser l’acte d’accusation implacable d’un système. Une dénonciation en bonne et due forme qui met à nu les méthodes baroques et expéditives de la Direction Générale de la SRC, Marie-Rose Thérèse Odile Messi. Un brûlot institutionnel de trois pages qui résonne déjà comme un séisme dans le landerneau politico-financier du pays.

Pour comprendre le séisme, il faut remonter le fil d'un engrenage surréaliste où la légalité semble avoir été piétinée à chaque étape. Tout commence un jour de décembre 2025. Le 15 exactement, un huissier dépose dans des bureaux situés au quartier Akwa, à Douala, une mise en demeure de payer la bagatelle de 7 434 263 FCFA. Une créance supposée sortir tout droit des tiroirs poussiéreux de l'ex-Union Bank of Cameroon (UBC). Premier acte du vaudeville juridique : l’acte est remis à une stagiaire. Deuxième acte : c’est la SRC elle-même qui envoie la copie du document à l'intéressée le lendemain... via des photographies transmises sur son téléphone portable américain par l'application WhatsApp. On repassera pour la solennité des significations de justice. Mais le plus croustillant réside dans le fond. Le document n'indique aucune origine précise de la dette, ne produit aucun titre exécutoire et pousse le vice jusqu'à préciser que le montant est arrêté « sauf erreur ou omission ». Traduction libre : payez d’abord, nous vérifierons si nous avons raison plus tard. À ce jour, aucun justificatif comptable ou bancaire n’a été présenté à la prétendue débitrice.
La fabrique d'un débiteur fantôme
L’histoire bascule définitivement dans l’absurde au mois de mars 2026. Le 16 du mois, la SRC passe à la vitesse supérieure et fait notifier deux commandements de payer, adossés à des « contraintes » signées par la Directrice Générale, Marie-Rose Thérèse Odile Messi le 13 février. Rappelons qu'une contrainte est un titre qu'un organisme étatique s'attribue à lui-même pour faire exécuter une saisie sans passer par la case tribunal. C’est un pouvoir exorbitant accordé par la puissance publique, qui exige en retour une rigueur de métronome. Or, la première contrainte vise une entité juridique qui n'existe dans aucun registre du commerce. Un pur fantôme. Interpellé sur cette anomalie magistrale, un cadre de la SRC lance à l'entrepreneuse une réponse désarmante d’amateurisme : « le nom importe peu ». Le nom importerait peu ? Dans le droit des affaires où la personnalité morale est le socle de toute obligation, prétendre fabriquer un débiteur en assemblant des mots relève de la farce. Pire encore, la seconde contrainte attaque Rebecca Enonchong « ès qualité de gérante » de cette société fictive. Problème : elle n'a jamais été la gérante de ladite entité. Quant au commandement de payer qui lui est adressé personnellement, il viole frontalement l’article 41 de la loi du 25 juillet 2023 : les cases relatives aux références de la sommation et de la contrainte y sont désespérément laissées en blanc.
Mais le vice de procédure se transforme en supercherie caractérisée au niveau du calendrier. La contrainte autorisant les saisies a été signée par la Directrice Générale le 13 février 2026, soit six jours avant la notification de la sommation sans frais, intervenue le 19 février. Autrement dit, la sanction a été fabriquée et arrêtée avant même que le rappel à l'ordre ne soit signifié au présumé redevable. La cause était entendue, le procès-verbal pré-rédigé, le dossier prémédité. Devant de telles irrégularités, la patronne d’AppsTech saisit le 23 mars 2026 le juge du contentieux de l’exécution du Tribunal de Première Instance de Douala-Bonanjo. Mais la SRC fait la sourde oreille. Incapable de produire la moindre preuve matérielle de la créance, la Société de Recouvrement se réfugie derrière une exception d’incompétence de la juridiction. Un argument déjà balayé par le même tribunal le 26 février 2026 (ordonnance n° 43/C), qui rappelait la hiérarchie des normes : la loi de 2023 s’impose au décret de 2020 dont la SRC se prévaut.

Mépris du juge et grand spectacle sur le boulevard
Alors que l'affaire est en délibéré et que le Ministère Public est sollicité pour ses réquisitions, la SRC décide de passer en force. Le 15 juillet 2026, le boulevard de la Liberté, artère névralgique du quartier d'affaires d’Akwa, devient le théâtre d’une démonstration de force ahurissante. « Pour emporter des meubles de bureau, pareil déploiement ne servait à rien. C'était une mise en scène : on ne mobilise pas des hommes armés pour une cafetière, on les mobilise pour humilier et pour faire peur. », indique Rebecca Enonchong dans la Lettre adressée au PCA de la SRC (20 juillet 2026) dont la copié est parvenue à notre rédaction. Des dizaines d’hommes en armes, des camionnettes de manutentionnaires, des policiers et gendarmes bloquent la circulation face à la Bourse des valeurs. Pendant près de deux heures, les badauds assistent à ce que la femme d'affaires qualifie ouvertement de « braquage ». Les agents emportent tout : mobilier, tableaux d'art de valeur, téléviseurs, ordinateurs de bureau, réfrigérateurs, et jusqu'au sucre de la pause-café. La valeur des biens saisis dépasse de très loin la modeste créance de 7 millions FCFA revendiquée. Un véhicule est endommagé lors de la manœuvre.
Un message dévastateur pour le climat des affaires
L'arbitraire atteint son paroxysme lorsque la patronne, arrivée sur les lieux, tente de documenter la scène avec son téléphone : un Gendarme lui arrache l'appareil des mains, efface les fichiers et la menace d'arrestation. L'huissier de justice requis pour dresser un constat est purement et simplement expulsé sur le palier, la porte refermée au nez de cet officier ministériel. À 12h36, les scellés sont apposés au nom de la Directrice Générale. Les procès-verbaux abandonnés à la hâte sur la table affirment fallacieusement que l'intéressée était présente dès le début et qu'elle a refusé de signer. Dans son courrier adressé à Robert Bapooh Lipot, Président du Conseil d'Administration de la SRC, Rebecca Enonchong assène une vérité nue et brutale : ni elle, ni aucune de ses entités n'a jamais souscrit un crédit auprès de l'ex-UBC. Pas un centime emprunté, pas une ligne de garantie signée. La SRC ne produit pas de titre de créance parce qu'il n'en existe pas dans le monde réel. Cette méthode de la terre brûlée, qui consiste à ériger l'administration fiscale et de recouvrement en bras armé d'intérêts obscurs, pose une question fondamentale.
Alors que le Cameroun déploie des trésors de diplomatie économique pour séduire les investisseurs internationaux, quel signal envoie-t-on au monde lorsqu'une figure récompensée par la Royal Academy of Engineering et Vice-Présidente de la Chambre de Commerce Internationale est traitée comme une hors-la-loi au mépris des tribunaux ? Une plainte pénale a été déposée auprès du Procureur de la République contre les agents instrumentaires de ce coup de force. D'autres actions sont en préparation devant les juridictions internationales. Rebecca Enonchong, elle, conclut son propos sans rien demander pour sa propre personne, confiant son sort aux juges. Mais son cri d'alarme s'adresse à l'avenir économique du pays : si une personnalité de son envergure peut faire l'objet d'un tel raid institutionnel, quel sort réserve-t-on au petit entrepreneur anonyme de Douala, Bafoussam ou Garoua ? Le Conseil d'Administration de la SRC est désormais placé face à ses responsabilités. Le silence vaudrait complicité.
Mathieu Nathanaël NJOG
Grand Reporter / Anaglyphe & Analyse Stratégique

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