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Entre dynamisme transactionnel et essoufflement des volumes, les arcanes d’un marché financier sous tension

il y a 1 jour
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Dernière mise à jour : il y a 10 heures

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BILAN BVMAC T3 2026 

Le Bulletin Officiel de la Cote (BOC) numéro 011 relatif au troisième trimestre 2026 dresse le bilan d’un marché financier d’Afrique centrale à la fois en ébullition et en quête de profondeur. Entre le repli mesuré de l’indice All Share, l’envolée du nombre de transactions et le glissement vertigineux des volumes échangés, le marché financier sous-régional affiche une physionomie contrastée qui interpelle régulateurs, intermédiaires et investisseurs.


À la clôture du troisième trimestre, le 30 septembre 2026, l’indice phare de la Bourse des Valeurs Mobilières d’Afrique Centrale (BVMAC), ou l’Indice BVMAC All Share, s’est établi à 1 138,71 points. Un niveau qui traduit un effritement modéré de 1,51 % (soit une perte de 17,40 points) par rapport aux 1 156,11 points affichés à la fin du trimestre précédent (30 juin 2026). Loin de traduire une véritable défiance des acteurs économiques vis-à-vis des fondamentaux du marché, cette contraction s’explique principalement par des facteurs mécaniques et techniques endogènes. En effet, la période sous revue a été marquée par le détachement des dividendes au niveau des valeurs phares de la cote marchande, notamment SOCAPALM, SAFACAM, SEMC et BANGE. Ce réajustement naturel des cours ex-dividende a mécaniquement exercé une pression haussière négative sur la capitalisation flottante et, par ricochet, sur l’indice global. Néanmoins, les fluctuations constatées au fil des semaines, particulièrement denses au cours des mois de juillet et de septembre, témoignent d’une animation plus vivace des carnets d’ordres. La volatilité ponctuelle constatée reflète ainsi une variabilité accrue des cours, corollaire d’une participation plus dynamique des investisseurs institutionnels et particuliers.

 

La multiplication des ordres face au tarissement des volumes

L’examen comparatif des indicateurs clés d’activité par rapport au troisième trimestre de l’exercice 2025 met en lumière un paradoxe saisissant. D’un côté, la fréquence des échanges franchit un palier significatif ; de l’autre, la valeur globale des transactions s’effondre lourdement. Sur le front de la liquidité au coup par coup, le nombre de transactions enregistrées sur la plateforme sous-régionale s’est élevé à 322 opérations, marquant un bond remarquable de 48,39 % en glissement annuel (contre 217 transactions un an plus tôt). Cette hausse de l’activité transactionnelle prouve à suffisant que le marché gagne en capillarité et séduit un vivier plus large d’intervenants. Cependant, le volume et la valeur totale échangés accusent un reflux drastique : - Volume des titres : Seuls 48 875 titres ont changé de mains au cours de ce trimestre, contre 876 743 titres au troisième trimestre 2025, soit une chute vertigineuse de 94,43 %. - Valeur globale des échanges : Le montant des transactions dégringole à 574,5 millions de FCFA, alors qu’il atteignait 8,23 milliards de FCFA un an auparavant, matérialisant un recul massif de 93,02 %. Sur le compartiment des actions, la totalité des sept valeurs cotées a enregistré des transactions au cours du trimestre, démontrant une vitalité partagée par l’ensemble des titres cotés. Du côté du compartiment obligataire, le marché secondaire s’est révélé particulièrement sélectif : l’essentiel des transactions s’est cristallisé sur les lignes émises par le spécialiste du financement ALIOS FINANCE et sur les titres de créance souverains de l'État du Gabon.

ALMASI CAPITAL s’empare du leadership dans un paysage restructuré

L’autre enseignement majeur de ce Bulletin Officiel de la Cote réside dans la vitalité du réseau des intermédiaires agréés. Malgré un environnement de marché exigeant, l’écosystème des Sociétés de Bourse (SDB) continue d’étendre son maillage et de renforcer ses compétences opérationnelles. Au 30 septembre 2026, le nombre de SDB en activité s’établit à 21 établissements, contre 16 à la même période en 2025, soit une progression nette de 31,25 %. Cette dynamique s’inscrit dans un marché comptant un total de 29 sociétés agréées (chiffre intégrant le retrait d’agrément d’une SDB prononcé le 21 septembre 2026 par la COSUMAF, l'autorité de régulation du marché), parmi lesquelles 24 sont membres effectifs de la BVMAC. Au classement général des performances du trimestre, une redistribution des cartes s'est opérée en tête du peloton : - ALMASI CAPITAL réalise une percée spectaculaire et s’empare de la première place du classement trimestriel. - ESS BOURSE décroche le rang de dauphin en occupant la deuxième position.

SG CAPITAL CEMAC complète le podium à la troisième place


ELITE CAPITAL SECURITIES et AFRICA BRIGHT SECURITIES ferment ce « Top 5 » de tête, confirmant l’âpreté de la compétition entre les acteurs de la sous-région. OPCVM et gestion collective : La consolidation au service de la mobilisation de l’épargne. Au-delà du marché direct des actions et obligations, la gestion collective s'affirme comme un pilier fondamental de la démocratisation de la bourse en zone CEMAC. La synthèse trimestrielle du BOC répertorie désormais 44 Fonds Communs de Placement (FCP) suivis, offrant aux investisseurs institutionnels et aux ménages une gamme diversifiée d’instruments d’épargne. Les véhicules gérés par des structures de premier plan à l'instar d'ASCA Asset Management, EDC Asset Management, Harvest AM, Emrald Securities Services AM, Corridor AM ou Enko AM affichent des performances de valeur liquidative (VL) orientées à la hausse, oscillant selon la typologie des fonds (Monétaire, Obligataire, Actions) entre 1,00 % et plus de 5,40 % sur le trimestre sous revue. Cette progression constante des Organismes de Placement Collectif en Valeurs Mobilières (OPCVM) témoigne d’une professionnalisation accrue de la gestion d’actifs dans la zone monétaire commune. En canalisant l’épargne institutionnelle et privée vers les instruments financiers, ces fonds contribuent progressivement à pallier l'étroitesse du marché secondaire et à fluidifier la liquidité globale.

Les enjeux d'un marché en quête d'élan financier

Au terme de ce troisième trimestre 2026, la Bourse des Valeurs Mobilières d’Afrique Centrale offre le visage d’un marché structurellement plus fort mais conjoncturellement contraint. La hausse significative du nombre de transactions (+48,39 %) et l’élargissement du collège des sociétés de bourse actives (+31,25 %) apportent la preuve tangible que la culture boursière gagne du terrain au sein des six États membres de la communauté (Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée Équatoriale, Tchad). Toutefois, la chute drastique des volumes négociés remet au centre des débats la lancinante question de la profondeur du marché financier sous-régional. Pour transformer l’essai et faire de la place de Douala un véritable moteur du financement des économies de la zone CEMAC, l’accélération des nouvelles introductions en bourse, tant du secteur privé que des entreprises publiques, demeure un impératif catégorique. Les prochains mois diront si la reprise attendue des émissions souveraines et les politiques d'incitation des États permettront de donner à la BVMAC le second souffle indispensable à son envol définitif.

Mathieu Nathanaël NJOG

Journaliste d’Investigation, Grand Reporter & Analyste des Enjeux et Questions Financièress et Economiques

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