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Entre l'olympe des Lions séniors à Japoma et le calvaire des Lionceaux U17 à Ankara

FECABASKET

Cette fin de week-end du 5 juillet 2026 restera, à cet égard, une date charnière dans les annales du basketball camerounais. Un instant suspendu où la discipline a exposé, de manière simultanée, ses deux visages. D’un côté, la magnificence conquérante des Seniors messieurs, drapés dans une certitude impériale à Douala. De l’autre, le dur, cruel et christique chemin de croix des U17, foudroyés dans l’arène mondiale de Turquie. Un week-end de dunks, de sueur, de larmes et de leçons systémiques.



Qui aurait cru, il y a encore quelques années, que le Complexe multisports de Japoma, ce colosse de béton d’ordinaire dévolu aux chevauchées des footballeurs et aux joutes de la pelouse, se muerait en un somptueux temple de la balle orange ? C’est pourtant le tour de force logistique et populaire auquel la capitale économique a assisté. Sous l’impulsion de la Fédération Camerounaise de Basketball (FECABASKET) et grâce au déploiement stratégique de la Communauté Urbaine de Douala (CUD), qui a irrigué la ville de bus pour convoyer le peuple du basket, permettant à la cuvette de Japoma a vibré au rythme des grands soirs. Sol rutilant aux standards NBA, paniers homologués FIBA, et une ambiance de corrida où les trompettes, les tam-tams et les chants patriotiques ont servi de canevas sonore à une démonstration de force. Sur le parquet, la sélection fanion n'a pas fait de sentiment. Engagés dans la fenêtre 3 des éliminatoires africains de la FIBA Basketball World Cup Qatar 2027, les hommes du sélectionneur national, Alfred Aboya ont assumé leur standing de favoris de la Zone 4 avec une autorité presque insolente. Cinq matches, cinq victoires. Un clean sheet magistral qui redonne ses lettres de noblesse au drapeau.

Mais le chef-d’œuvre de ce récital de Douala fut incontestablement le match de clôture, ce choc des titans contre le Soudan du Sud, épouvantail du continent et leader africain au classement FIBA. Face à des Brésiliens de l’Afrique venus le couteau entre les dents, les Lions ont dû puiser dans leurs réserves stratégiques pour s'imposer sur un score étriqué mais ô combien précieux de 78-74. Dans cette guerre des tranchées, un homme a enfilé le costume de super-héros : Jeremiah Hill. Stratosphérique, l’arrière camerounais a martyrisé la défense soudanaise, terminant meilleur marqueur de la partie avec 22 points et 3 passes décisives. L’impact physique à l’intérieur des cadres, combiné à une alchimie retrouvée entre professionnels expatriés et valeurs locales, a étouffé les velléités adverses. Le Cameroun boucle ce tour initial à la première place du Groupe A. La route vers Doha passe désormais par un second tour dantesque en Algérie, où six joutes face à la Tunisie, au Nigeria et à la Guinée attendent les Lions. Et comme pour aiguiser les appétits, le président de la Fecabasket, Samuel Nduku, a d’ores et déjà lâché la bombe : la légion des binationaux de la NBA viendra renforcer l’armada pour ce second tour. Les Lions ont faim, et la forteresse de Japoma est restée imprenable.



Les U17 en Turquie : L’apprentissage par le vide et la douleur

Pendant que les lampions de l’euphorie s’éteignaient à Douala dans des effluves de victoire, à des milliers de kilomètres de là, en Turquie, les Lionceaux de la catégorie U17 vivaient une expérience d'un tout autre ordre. Engagés à titre « expérimental » pour la première fois de l’histoire du pays dans une phase finale de Coupe du monde, les adolescents camerounais du coach Parfait Bitee ont mesuré l’abîme effrayant qui sépare le talent brut, pur et sauvage de nos parquets de fortune, des exigences cliniques du très haut niveau planétaire. Même l’équipe présentée était essentiellement constituée des binationaux. Le bilan comptable est un couperet froid, une descente aux enfers sans parachute : 7 matches, 7 défaites. Zéro victoire. La fin de parcours face au Venezuela (71-61), malgré les efforts méritoires de Nolan Nganmeni (15 points, 4 passes), a scellé la 16e et dernière place du tournoi pour le Cameroun. Quelques jours plus tôt, l’Italie avait déjà administré une fessée tactique et collective aux nôtres (93-74). Sur le plan technique, les insuffisances ont sauté aux yeux des puristes : une fébrilité défensive chronique, un manque criant d’automatismes collectifs, des pertes de balles rédhibitoires à ce niveau et une naïveté coupable sur les fins de possession. Face à des écuries européennes et américaines hyper-structurées, où les gamins de 16 ans évoluent déjà dans des structures professionnelles précoces, la marche était tout simplement trop haute. Les Lionceaux ont bu le calice jusqu’à la lie.

Pourtant, succomber à la tentation de clouer ces enfants au pilori serait une imposture journalistique et une erreur d’analyse majeure. On n'apprend pas à dompter l'océan en restant assis dans une pataugeoire. Cette expédition ankaraise, bien que douloureuse dans ses proportions chiffrées, doit être lue comme une mine d’or pour l’avenir. Ces jeunes ont touché du doigt la réalité du professionnalisme. C’est à ce prix, souvent lourd, parfois traumatisant, que se forge la cuirasse des futurs champions. Cette double campagne internationale pose en réalité un diagnostic lucide et sans complaisance sur l'écosystème du basketball camerounais. Nous disposons d'une élite senior compétitive, capable de regarder l’Afrique et le monde dans les yeux grâce au talent de ses expatriés et à la maturité de ses cadres. Mais à l'autre bout de la chaîne, les fondations de notre formation locale demeurent désespérément fragiles, privées de championnats de jeunes structurés, réguliers et compétitifs. La Fédération a osé le pari de l'exposition internationale directe. Le retour de bâton est violent, mais le thermomètre ne ment pas. Pour que les U17 de demain ne sombrent plus face à l'Italie ou au Venezuela, il faudra impérativement que le saut dans le grand bain mondial soit préparé sur des parquets nationaux mieux aménagés, dès le plus jeune âge. Le haut niveau est un miroir implacable. Japoma s'est éteint sur une certitude : les Seniors ont la stature des géants. La Turquie s'est refermée sur un chantier immense : la base exige des investissements urgents. À bon entendeur.




Mathieu Nathanaël NJOG

 
 
 

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