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L’Afrique en séquelles et en lumières sur les splendeurs et misères d’un convoi élargi

COUPE DU MONDE FIFA 2026

La Coupe du Monde 2026, drapée dans son gigantisme américano-mexicano-canadien, s'annonçait comme la kermesse de l’abondance pour le football africain. Dix ambassadeurs, des bannières déployées de l’Atlas au Cap, du golfe de Guinée aux rives du Nil. Une armada jamais vue, censée acter le grand basculement géopolitique du ballon rond. Pourtant, à l’heure où les lampions du premier tour et des premiers couperets s’éteignent pour laisser place au cénacle exclusif des quarts de finale, le rétroviseur offre une image ambivalente : un mélange de fureur créative, de bravoure inachevée et, indécrottablement, de vertiges bureaucratiques et mentaux.


L’Afrique a marché sur l’Amérique avec la superbe de ceux qui n’ont plus rien à prouver artistiquement, mais tout à conquérir structurellement. Le bilan comptable, froid comme un couperet de justice, dit ceci : une phase de poules en fanfare, une présence massive en seizièmes de finale, puis l’hécatombe. Un élagage par le haut où les branches les plus feuillues. Le Sénégal souverain mais friable, et la Côte d'Ivoire flamboyante mais naïve, ont rompu sous le vent de la rigueur tactique. Le football africain a, une fois de plus, offert au monde le spectacle de sa propre tragédie : un génie brut incapable de s’institutionnaliser dans la durée. Pourquoi ce surplace dans l'opulence ? La réponse n'est plus à chercher dans les pieds, mais dans la tête et dans les bureaux. Le mondial 2026 a mis en exergue ce que l'on appelle désormais « le syndrome des dernières minutes ». Comment expliquer que le Sénégal, menant 2-0 face à la Belgique à la 85e minute, s’effondre pour s'incliner en prolongations ? C'est le reflet d’une fragilité émotionnelle chronique, ce moment précis où le complexe de l'opprimé resurgit au moment de porter le coup de grâce. L'Afrique footballistique souffre d'un déficit de cynisme. Elle joue pour plaire, elle joue pour exister, elle oublie parfois de jouer pour tuer le match.

Au-delà du rectangle vert, le manquement est systémique. Les sélections subsahariennes, en particulier, continuent de voyager avec le virus de l'impréparation. Quand l'Europe et l'Amérique latine abordent la compétition comme une science exacte usant de la data, de la récupération moléculaire et d’une logistique millimétrée, certaines délégations africaines en sont encore à régler des querelles de primes dans les lobbies d'hôtels ou à subir les diktats de choix politiques au détriment de la méritocratie sportive. Le respect exagéré des nations dites traditionnelles a fait le reste : voir l'Afrique du Sud ou la Côte d'Ivoire réciter un football timoré face au Canada ou à la Norvège prouve que le complexe d'infériorité a la peau dure. Le talent sans rigueur n'est qu'une promesse non tenue. Et pourtant, quel héritage ! Le monde n’est pas sorti indemne de cette communion avec le football du continent. Si la FIFA cherchait du spectacle pour valider son format à 48 équipes, l'Afrique lui a offert son âme. Qu'on se souvienne de l'épopée solaire du Cap-Vert, ces « Requins Bleus » devenus les chéris du Nouveau Monde, poussant l'Argentine de Lionel Messi dans ses derniers retranchements au bout d'une nuit d'anthologie à Miami. Ce football-là, affranchi des calculs d'apothicaires, a rappelé au monde que le football est d’abord un art vivant, une affaire de rythme, de déhanchements et de fierté brute.

 



Ce que l’Afrique a laissé aux yeux du monde : La poétique de l'inattendu

L’Afrique a laissé sur les pelouses américaines une leçon de résilience et d’esthétisme. Le public de Dallas, de Vancouver ou de Mexico a vibré non pas devant la froideur des blocs-équipes, mais devant l’audace des transitions, l’insolence technique d’un Azzedine Ounahi ou la puissance dévastatrice d’un Soufiane Rahimi. Le football africain a redonné ses lettres de noblesse à l'individualité créative dans un sport de plus en plus robotisé. Il a prouvé que la standardisation globale n'avait pas encore tout à fait tué l'instinct. Au milieu des ruines des espoirs déchus, deux géants se dressent, portant sur leurs larges épaules le destin de tout un continent en quarts de finale : le Maroc et l'Égypte. Ce n'est pas un hasard si le Nord de l'Afrique dicte sa loi. C'est le triomphe de la méthode, de l'infrastructure et de la stabilité institutionnelle. Le Maroc de Mohamed Ouahbi ne surprend plus ; il confirme. En corrigeant le Canada (3-0) après avoir dompté les Pays-Bas au bout du suspense, les Lions de l'Atlas s’offrent un deuxième quart de finale consécutif, un exploit inédit dans l'histoire du continent. Le Maroc possède une culture de la gagne qui fait défaut au reste du continent. Porté par une colonne vertébrale immuable, l’infranchissable Yassine Bounou, le métronome Achraf Hakimi et le génie retrouvé d’Ounahi, cette équipe sait souffrir sans rompre pour ensuite piquer avec une violence inouïe en contre-attaque.

Le choc face aux Bleus de Kylian Mbappé s'annonce homérique. Pour franchir ce cap et venger le souvenir de 2022, le Maroc devra élever son niveau de jeu en première mi-temps, là où le Canada l'a bousculé. Les perspectives sont pourtant immenses : cette équipe a brisé le plafond de verre psychologique. Elle n’a plus peur de l’Europe. De son côté, l'Égypte s’avance avec la force tranquille de ceux qui connaissent le poids de l'histoire. Qualifiés après une guerre d'usure face à l'Australie, les Pharaons rappellent au monde que le football est aussi une affaire de ruse, de vice tactique et de maîtrise du temps de jeu. Une solidarité défensive de tous les instants et cette capacité unique à punir l'adversaire sur sa moindre erreur. L'Égypte joue un football de tournoi par excellence, hermétique, physique, presque chirurgical. Face aux ogres qui se dressent sur leur route, les Égyptiens devront prouver qu'ils peuvent exister offensivement sans dépendre exclusivement d'un exploit individuel. Si le bloc reste compact et que la transition fonctionne, l'Égypte a les armes pour étouffer n’importe quelle armada sud-américaine ou européenne. Au bout du compte, la Coupe du Monde 2026 n’aura pas été le cimetière des illusions africaines, mais le grand miroir de ses vérités. L’Afrique n’est plus une curiosité folklorique que l'on applaudit pour sa sympathie ; elle est une superpuissance en gestation qui sabote parfois ses propres fondations. Que le Maroc ou l'Égypte monte sur le toit du monde ou s'arrête aux portes du dernier carré, la leçon reste identique. Le talent ne suffit plus dans le football du XXIe siècle. Pour que les neufs places directs de demain ne soient pas de vastes invitations au voyage mais des rampes de lancement vers le sommet, l'Afrique doit troquer l'émotion contre la rigueur, le lyrisme contre la structure. Le monde attend le couronnement du roi Lion ; encore faut-il que le roi apprenne à gouverner son propre royaume.



André Som N.

 
 
 

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