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Face au poison de la désinformation numérique, la CDHC somme l'État de briser le secret d'État

il y a 22 heures
5 min de lecture

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JOURNÉE INTERNATIONALE DE L’ACCÈS UNIVERSEL À L’INFORMATION 2026

À l’occasion de la 11e édition de la Journée internationale de l'accès universel à l'information célébrée ce 28 septembre 2026, la Commission des Droits de l’homme du Cameroun (CDHC) est montée au créneau. Tout en saluant les avancées notables sur le terrain de la proximité médiatique et de l'innovation numérique inclusive, l'organisme présidé par le Professeur James Mouangue Kobila pointe un doigt critique sur la rétention d'information dans les administrations publiques. Un silence institutionnel qui, à l'ère des réseaux sociaux, offre un terreau fertile aux fake news, aux spéculations et au désordre informationnel. Récit, analyse et enjeux d'une déclaration qui interpelle au plus haut sommet de l’État.


C'est un secret de Polichinelle sous nos latitudes : obtenir un document administratif officiel d'intérêt public s'apparente bien souvent à un parcours du combattant, quand cela ne relève pas simplement de la mer à boire. Ce mutisme quasi atavique de certains pans de notre appareil d'État trouve aujourd'hui son revers de médaille sur le terrain glissant du cyberspace. À l’occasion de la célébration, ce lundi 28 septembre 2026, de la 11e édition de la Journée internationale de l’accès universel à l’information, la Commission des Droits de l’homme du Cameroun (CDHC) a rendu publique une déclaration retentissante. En plaçant sa réflexion sous le prisme du thème retenu cette année par l’UNESCO « Préserver l’intégrité de l’information à l’ère numérique : le rôle de l’accès à l’information face au désordre informationnel », l'institution nationale des Droits de l'Homme remet au centre du débat républicain un enjeu fondamental de gouvernance et de libertés publiques : le droit de savoir.

Aux origines africaines d’un droit fondamental

La CDHC n'a pas manqué de rafraîchir les mémoires sur la généalogie de ce combat civilisationnel. Si le monde entier célèbre aujourd'hui ce rendez-vous du 28 septembre, la genèse de cette prise de conscience porte une empreinte indélébile du continent noir. C’est en effet dès 2002 que la société civile africaine a commencé à battre le rappel des troupes pour exiger une consécration formelle du droit à l'information. Un élan fédérateur dont l'apogée fut l'adoption, le 19 septembre 2011 au Cap (Afrique du Sud), de la célèbre Déclaration de la Plateforme africaine sur l’accès à l’information (APAI). Quinze ans après Le Cap, où en sommes-nous au Cameroun ? Le verre est-il à moitié plein ou à moitié vide ? Dans son diagnostic balancé mais sans complaisance, la CDHC observe un contraste saisissant entre les volontés affichées, les avancées technologiques et la persistance de réflexes bureaucratisants d'un autre âge.


Proximité et inclusion : Des signaux encourageants

Au chapitre des motifs de satisfaction, la Commission salue sans réserve la dynamique imprimée par les pouvoirs publics et leurs partenaires pour démocratiser la parole et l'information au plus près des populations marginalisées. Le Programme national d’extension des radios de proximité, conduit sous le patronage technique et financier de l’UNESCO, constitue à ce titre un motif d'espoir. Alors que 40 radios communautaires sont déjà opérationnelles sur le territoire national, la projection à l'horizon 2030 prévoit l'implantation de 40 nouvelles stations. L'objectif est limpide : irriguer les zones enclavées et donner de la voix aux populations autochtones à travers des grilles d'antenne diffusées dans leurs langues maternelles. Sur le front de l'innovation numérique, l'exécutif engrange également des points. La CDHC met en lumière les initiatives du Ministère des Postes et Télécommunications (MINPOSTEL), concrétisées lors de la 5e Semaine de l’innovation numérique en ce mois de juillet 2026. L'attribution, le 31 juillet dernier à Yaoundé, du Prix spécial du Président de la République au projet InReach, une technologie révolutionnaire rendant les contenus Internet et audiovisuels accessibles aux personnes sourdes et malentendantes, témoigne d'une volonté d'inclusion numérique qu'il convient de saluer à sa juste valeur. Par ailleurs, pour joindre l'acte à la parole, l'institution rappelle à la communauté des chercheurs, des professionnels des médias et du grand public que ses propres bibliothèques spécialisées (au Siège à Yaoundé comme dans ses Antennes régionales) restent grandes ouvertes. On y retrouve un fonds documentaire massif : rapports annuels, compendiums de déclarations, brochures du Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme, textes législatifs et ouvrages pointus sur la prévention de la torture.

La rétention administrative, lit du « désordre informationnel »

Mais au-delà de ces fleurs jetées à l'action publique, le constat de fond dressé par la CDHC reste préoccupant. Car l'ère numérique est un couteau à double tranchant. Face à la surchauffe des réseaux sociaux où rumeurs, désinformation (fake news) et manipulations de tous bords se propagent comme une traînée de poudre, la meilleure arme demeure l'accès prompt, transparent et régulier à l'information de source officielle. C'est ici que le bât blesse. La CDHC exprime sa vive préoccupation face aux « réticences ou les lenteurs persistantes de plusieurs administrations à diffuser sans demande préalable, des informations officielles d’intérêt public ». En clair, le vide créé par le silence des ministères et institutions publiques est immédiatement investi par les spéculateurs du Net. Lorsqu'une administration se tait ou tarde à communiquer sur un sujet brûlant d'intérêt national, elle abandonne l'opinion publique à la merci des « marchands d'illusion » numériques. Le manque de transparence devient ainsi, paradoxalement, le premier carburant de la désinformation que l'État prétend combattre.

L'impératif catégorique d'une loi cadre

Face à ce constat qui affaiblit la participation citoyenne éclairée à la vie de la Nation, la CDHC ne se contente pas de déplorer ; elle montre la voie à suivre en rappelant les engagements internationaux du Cameroun. L'opinion se souvient qu'à l'occasion du 4e cycle de l’Examen périodique universel (EPU) le 26 mars 2024, le Cameroun a accepté 220 recommandations de la Communauté internationale, dont deux concernent explicitement le droit d’accès à l’information. Des recommandations que l'INDH (Institution Nationale des Droits de l'Homme) a pris soin de ventiler aux structures étatiques compétentes pour mise en œuvre. Pour transformer l'essai, la Commission formule une recommandation forte à l'endroit du Ministère de la Communication (MINCOM). Il est désormais urgent, souligne l'organisme, de finaliser le cadre législatif général relatif à l’accès universel à l’information et de soumettre sans plus tarder le projet de loi y afférent au Parlement. Selon la CDHC, le futur texte de loi ne devra pas être une coquille vide ou une loi de circonstance. Il devra formellement consacrer : - L'obligation de publication proactive des informations officielles d'intérêt public (sans qu'il soit besoin pour le citoyen d'en faire la demande) ; - Des procédures d'accès claires, simples et débureaucratisées ; - Des exceptions strictement encadrées (afin d'éviter que le « secret défense » ou le « secret d'État » ne soient invoqués à tort et à travers) - Des voies de recours effectives pour le citoyen auquel l'accès à une information publique aura été injustement refusé. Au moment où notre pays traverse une conjoncture sociopolitique exigeante, la salubrité de l'environnement numérique ne se fera pas à coups de formules incantatoires ou de mesures purement répressives. Elle passe inexorablement par le courage politique de la transparence. La balle est désormais dans le camp du Gouvernement.

Mathieu Nathanaël NJOG

Journaliste d'Investigation, Grand Reporter & Analyste Spécialisé des Questions de Communication Sociale

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