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Face à la crise des repères, l’ONG Un Monde Avenir met la jeunesse et l’exigence de justice au cœur du débat

il y a 3 heures
4 min de lecture

JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA PAIX

À l’invitation de l’ONG Un Monde Avenir et sous le haut parrainage de la Commission Nationale pour la Promotion du Bilinguisme et du Multiculturalisme, jeunes, journalistes et figures historiques de la société civile se sont retrouvés ce 21 septembre 2026 à Douala. Loin des litanies institutionnelles, ce café-débat placé sous le thème « Regard croisé des jeunes sur la Paix et la Justice au Cameroun » a mis à nu les fractures d’une société en quête de repères, entre impératifs moraux, exigences de gouvernance et déferlement des discours de haine.


Au Cameroun, la paix est une formule consacrée, une ritournelle politique que l’on dégaine à la première crispation du corps social. Pourtant, en ce lundi 21 septembre 2026, dans la tiédeur de Douala, les travées de l’espace de parole ouvert par l’ONG Un Monde Avenir portaient la marque d’une gravité sans fard. Réunis à l’occasion de la Journée Internationale de la Paix, acteurs de la société civile, professionnels des médias et jeunes citoyens ont refusé le piège de la commémoration cosmétique. Face à la crise sécuritaire étoilée qui endeuille le pays depuis un décennie, la question de fond s’est imposée sans détour : de quelle paix parlons-nous lorsque le sentiment d’injustice et la précarité existentielle gangrènent le quotidien ?

L'État pédagogue et le sermon de la loyauté

L’ouverture des échanges a offert une illustration saisissante du décalage entre la grammaire administrative et l'urgence du terrain. Prenant la parole pour un discours introductif d'une stricte orthodoxie républicaine, le Délégué régional du Ministère de la Jeunesse et de l’Éducation Civique (MINJEC) pour le Littoral, Etia Ebele Christopher Didier, fraîchement installé dans ses fonctions, a tenu à fixer le cadre. Se définissant comme un « petit serviteur loyal aux institutions », l'autorité administrative a tenté un exercice de marketing institutionnel, rappelant la généalogie de son département ministériel de l'autonomie interne de 1958 au décret de 2011 pour réaffirmer le rôle fondamental de l'État dans l'encadrement civique. Dans un style teinté d'autorité bienveillante et de recadrage tactique, le représentant de l'État a mis en garde la salle contre toute « dispersion » des débats. Saluant le travail d'Un Monde Avenir et la présence de figures tutélaires telles que Dora Sende, doyenne de la société civile, le Délégué a rappelé le rang stratégique des ONG « cinquième pouvoir » à ses yeux, tout en les exhortant à « inverser les narratifs » sur une ville de Douala trop souvent qualifiée de frondeuse. Pour l’autorité publique, la paix demeure une construction disciplinée qui passe par des gestes élémentaires : la politesse, l'acceptation de l'autre et le respect strict des symboles de la Nation. Une vision de l'ordre moral que les participants n'ont pas tardé à confronter à la réalité des faits.


La paix au péril du ventre vide et de l'impunité

Dès la libération de la parole, le vernis institutionnel a craqué. S'appuyant sur l'esprit de la Résolution 2250 des Nations Unies sur la jeunesse, la paix et la sécurité, les intervenants ont recentré la réflexion sur l'imbrication indissociable entre paix et justice, au cœur de l'Objectif de Développement Durable 16 (ODD 16). Peut-on décemment prêcher la tranquillité publique à un individu spolié de ses droits ou broyé par la misère ? La réponse de l'assemblée a été sans équivoque : la paix ne saurait se réduire à une simple absence de guerre ou au silence des armes. La justice n'est pas le corollaire de la paix ; elle en est le terreau exclusif. Sans institutions équitables, sans lutte acharnée contre l'impunité et sans une répartition juste des richesses, les appels à la retenue ressemblent à une injonction à la résignation. Les intervenants ont ainsi dénoncé le piège d'une paix factice qui consisterait à maintenir le calme social par la coercition ou le déni des souffrances individuelles. Pour la jeunesse présente, le véritable chantier de la cohésion nationale passe impérativement par la garantie de la dignité humaine, la tranquillité réelle et l'assainissement de la gouvernance politique et économique.

 

La pieuvre des réseaux sociaux et le vide générationnel

Au-delà de la critique des institutions, le débat a fouillé les plaies intimes de la société camerounaise. L'un des constats les plus amers formulés par l'assistance touche à la déliquescence de l'éducation informelle et à l'effondrement des repères moraux. À l'ère du numérique, la prolifération du discours tribal et des contenus véhiculant la haine sur les réseaux sociaux constitue un poison mortel pour la nation. Les intervenants ont pointé du doigt cette hyper-influence incontrôlée qui supplée la responsabilité défaillante de la famille nucléaire et pervertit l'esprit des plus jeunes. Il a été souligné avec gravité que les jeunes souffrent aujourd'hui d'un déficit criant de « référents éthiques ». Livrée à la communication inversée et à la recherche du gain facile, cette jeunesse se retrouve prise au piège d'un choc générationnel violent. Si certains acteurs appellent la jeunesse à adopter des comportements irréprochables pour préserver le vivre-ensemble, de nombreux jeunes présents ont rétorqué se sentir systématiquement tenus à l'écart des instances de décision et de la co-construction de la cité. Un sentiment d'abandon qui alimente la frustration et affaiblit l'état d'esprit indispensable à la fabrication d'une paix citoyenne.

 

De la parole aux actes : un engagement au présent

À l'heure des conclusions, la rencontre s'est gardée de verser dans le piège de la pétition de principe. Écartant les paradigmes éculés qui entravent l'action publique, les participants ont convenu que la construction de la paix exige une transformation profonde des mentalités. L'éducation civique ne doit plus être un slogan administratif, mais un réarmement moral effectif, capable de stopper net les dérives tribales et la dépravation des mœurs. Le café-débat organisé par Un Monde Avenir s'est ainsi achevé non pas sur des vœux pieux, mais sur la prise d'engagements individuels clairs. Chaque participant, du représentant de l'État au simple citoyen, est reparti investi de la mission d'être un « ambassadeur de la paix » dans son environnement quotidien. Car si la justice demeure le devoir inaliénable du pouvoir public, la paix, elle, se négocie chaque jour au creuset de la responsabilité de chacun.

Mathieu Nathanaël NJOG

Journaliste d'Investigation, Grand Reporter & Analyste spécialisé des Questions des Droits Humains

 
 
 

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