Le réquisitoire au vitriol de l’ONG Un Mon Avenir contre la dérive autoritaire du pouvoir de Yaoundé
JOURNEE INTERNATIONALE DE LA DEMOCRATIE
À l’occasion de la Journée Internationale de la Démocratie ce 15 septembre 2026, l’Organisation non gouvernementale Un Monde Avenir dresse un réquisitoire au vitriol contre la dérive autoritaire du pouvoir de Yaoundé. Entre vagues d'interdictions systématiques, judiciarisation abusive du champ politique devant les tribunaux militaires, verrouillage constitutionnel et confiscation de la souveraineté populaire, le modèle démocratique camerounais – jadis vanté à grands renforts de trémolos oratoires – sombre dans les eaux sombres de la répression. Analyse d'une shipwreck institutionnelle où le peuple demeure l'unique bouée de sauvetage.

Il fut un temps où le discours officiel de Yaoundé résonnait comme une symphonie aux accents libéraux. L’État du Cameroun, il y a quelques années encore, arborait fièrement le costume d’un pays résolument engagé dans le couloir de la démocratie et du progrès institutionnel. Cette vitrine diplomatique et juridique s’appuyait sur l’adhésion et la ratification quasi intégrale des instruments et conventions régionaux et internationaux majeurs garantissant la promotion et la protection des droits fondamentaux. Sur la scène politique nationale, cette promesse de renouveau s’incarnait dans la phraséologie présidentielle. Souvenons-nous de Bamenda, en mars 1985. Le chef de l’État, Paul Biya, lançait alors du haut de la tribune de l'instance suprême de son parti : « Le nom Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais n’est pas dû au hasard. Il s’agissait… aussi de démocratiser une société politique qui avait eu sans doute ses mérites à un moment de notre histoire nationale, mais qui paraissait incapable d’évoluer. Il s’agissait enfin, de rapprocher le pouvoir du peuple souverain, afin que celui-ci soit mieux associé à la conduite des affaires publiques… »
L’illusion d’une ouverture maîtrisée prenait corps. Quelques années plus tard, au sortir des turbulences des « villes mortes », le ton se voulait encore plus catégorique et solennel. Devant la représentation nationale à l’Assemblée Nationale, en juin 1991, le Président de la République affirmait : « Graduellement et méthodiquement, nous avons libéralisé et démocratisé la vie nationale. Toutes les lois susceptibles de porter atteinte aux libertés individuelles et collectives ont été supprimées ou révisées de fond en comble ; nous avons instauré le multipartisme. La liberté de la presse et la liberté d’opinion sont garanties. » Pendant plus de trois décennies, cette rhétorique du « libéralisme communautaire » aura servi de paravent à un régime soucieux d'entretenir un vernis de légitimité auprès de ses partenaires financiers et diplomatiques. Mais sur le terrain des libertés réelles, que reste-t-il aujourd’hui de ces promesses solennelles ? La déclaration poignante publiée ce 15 septembre 2026 par l’ONG Un Monde Avenir, dotée du statut consultatif spécial auprès de l’ECOSOC de l’ONU, sonne comme le triste tocsin d’un naufrage annoncé. Le décor dépeint par le Coordonnateur Philippe Nanga et ses équipes ne laisse aucune place au doute : le navire de la démocratie camerounaise ne tangue plus, il chavire sous les coups de boutoir d’un pouvoir aux abois.
Restriction drastique de l’espace civique et répression aveugle
Le constat est étourdissant. Depuis les contestations nées de l’élection présidentielle d’octobre 2025, la puissance publique semble avoir fait le choix de la manière forte pour étouffer le moindre souffle de protestation. Au moins 2 000 civils, dont plus d’une cinquantaine de mineurs et des personnalités politiques de premier plan, se sont retrouvés jetés dans les geôles du pays pour avoir simplement exprimé une opinion défavorable ou manifesté leur désir de marcher pacifiquement. Parmi ces visages du rouleau compresseur judiciaire : Ekane Anicet décédé en détention, Ludovic Daga, Mbvoum Mbvoum Parfait Aloys ou encore la figure historique Djeukam Tchameni. Interpellés à leurs domiciles sans égards pour les règles élémentaires de la procédure pénale, ils végètent toujours derrière les barreaux. Plus grave encore, l'appareil étatique viole systématiquement ses propres textes en traduisant ces citoyens civils devant les tribunaux militaires de Douala, Yaoundé, Bafoussam ou Garoua. Les motifs d'inculpation ? Un chapelet d'infractions brandies comme des épouvantails : « rébellion », « attroupement non autorisé », « propagation de fausses nouvelles » ou « défaut de carte nationale d'identité ». Devant ces prétoires d'exception, les audiences s'éternisent à un rythme d'escargot, prolongeant indéfiniment la détention préventive de citoyens privés arbitrairement de leur liberté.

Offensive sur les libertés d'expression, d’association et des défenseurs des droits humains
L'étau ne se resserre pas seulement autour des manifestants isolés ; il vise à paralyser les structures d'alerte et de protection de la société civile. L’exemple du REDHAC (Réseau des Défenseurs des Droits de l'Homme en Afrique Centrale) est à ce titre un cas d’école édifiant. Après douze longs mois de fermeture continue imposée à son siège, le réseau voit aujourd'hui ses dirigeantes - la Co-PCA Me Alice Nkom et la Directrice Exécutive Maximilienne Ngo Mbe – traînées devant le Tribunal de Première Instance de Douala-Bonanjo. Une procédure kafkaïenne qui comptabilise déjà 14 renvois, méthode bien connue d'usure morale et financière xprimer une discordance avec le récit officiel est désormais perçu et traité par l’appareil d'État comme un crime d'État. Les journalistes d'investigation, les lanceurs d'alerte, les leaders d'opinion et les responsables communautaires évoluent désormais sous une surveillance étouffante. Le système, devenu hyper-réactif et fébrile à la moindre critique, a étendu sa traque jusqu’aux espaces numériques. L'histoire tragico-comique du jeune Patrick Mengue symbolise à elle seule ce glissement autoritaire. Interpellé le 11 avril 2026, ce citoyen a été lourdement condamné à six mois de prison ferme. Son tort ? Avoir partagé sur sa page Facebook la publication d'un lanceur d'alerte annonçant le décès de l'ancien président du Sénat, assortie de la phrase : « Seigneur, tu te rapproches déjà de la cible, encore un effort s'il te plaît ». Pour une simple boutade numérique, le tribunal a tranché sans état d'âme. À l’inverse, le cas de l'activiste André Blaise Essama et du jeune Nzepang Scotty – enfin acquittés le 19 août 2026 par le tribunal militaire de Douala après près de 300 jours d'une détention abusive sous les prétextes habituels de rébellion et de propagation de fausses nouvelles – prouve le caractère arbitraire d'une justice instrumentalisée.
Verrouillage institutionnel et braquage de la souveraineté électorale, le peuple comme dernière bouée de sauvetage
Le clou de cette déconstruction démocratique réside dans le tripotage effréné de l'architecture législative et constitutionnelle. L'ONG Un Monde Avenir dresse la chronologie de cet odieux hold-up institutionnel : - 25 mars 2025 : Promulgation de la loi prorogeant le mandat des députés de 9 mois supplémentaires, faisant suite à une première rallonge de 12 mois accordée en juillet 2024. - 14 avril 2026 : Promulgation d'une révision constitutionnelle taillable sur mesure. Elle crée un poste de Vice-président de la République nommé, taillé pour hériter du pouvoir suprême sans jamais soumettre sa légitimité aux urnes. - 14 avril 2026 (bis) : Modification de l’article 170 du Code électoral, offrant désormais au Chef de l'État la latitude de proroger ou d’abréger le mandat des conseillers municipaux de manière illimitée. En substituant la volonté d'un seul homme aux suffrages des citoyens, le pouvoir camerounais viole brutalement le droit fondamental du peuple à choisir librement ses représentants au cours d'élections périodiques, honnêtes et équitables. Aujourd'hui, le diagnostic posé par Un Monde Avenir s'impose avec la force de la réalité : le Cameroun et sa démocratie ressemblent à un navire ivre, ayant perdu toute gouverne. Lancé dans une course folle contre l'histoire, le pouvoir écrase sans ménagement les principes fondamentaux du constitutionalisme. En érigeant les contorsions juridiques en méthode de gouvernement, Yaoundé s'impose désormais comme un bien triste référent mondial en matière de contrefaçon démocratique. Face à cette nuit démocratique qui s'installe, une seule certitude demeure. Les engagements internationaux, les pactes et les traités n'ont pas été signés au nom d'une caste d'apparatchiks accrochés à leurs privilèges, mais au nom du « peuple souverain ». Lorsque l'État défaille et que le sommet désire perpétuer l'arbitraire, c'est à ce peuple qu'il appartient de devenir l'ultime bouée de sauvetage. Il incombe à la communauté nationale, aux citoyens conscients et mobilisés, de reprendre le contrôle de ce navire à la dérive et de rebâtir une architecture institutionnelle inébranlable, enfin adossée à la protection absolue des libertés fondamentales. Car si les régimes passent, la souveraineté du peuple, elle, reste éternelle.
Mathieu Nathanaël NJOG
Journaliste d’Investigation , Grand Reporter et Analyste des Questions de Droits Haumains



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