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Le Cameroun à la conquête de nouveaux capitaux à Londres pour financer mieux plutôt qu'emprunter plus

il y a 23 heures
3 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 11 heures


FINANCEMENT DU DÉVELOPPEMENT

Les 9 et 10 septembre 2026, une délégation camerounaise de haut niveau s’est déployée au cœur du prestigieux Marlborough House à Londres pour un Market Sounding – Road Show d'envergure, co-organisé avec le Commonwealth Enterprise and Investment Council (CWEIC). Au-delà de la simple opération de séduction financière, Yaoundé a exposé devant le gratin des investisseurs de la City sa nouvelle vision de l'attraction des capitaux : passer de l'endettement classique à la structuration de financements durables, innovants et à coûts soutenables pour alimenter la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND30).


Le décor majestueux de Marlborough House aura servi de théâtre à un virage stratégique assumé. En ouvrant les travaux face aux Fonds d'Investissement, Institutions financières et Décideurs du réseau Commonwealth, le Ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a fixé le cap sans détours diplomatiques. Pour le grand argentier de l'État, l'heure n'est plus à l'accumulation aveugle de créances traditionnelles, mais à la recherche d'une ingénierie financière sophistiquée. Le message porté à la City est limpide : La délégation camerounaise - qui comptait également Félix Mbayu, Ministre délégué chargé de la Coopération avec le Commonwealth, Paul Tasong, Ministre délégué chargé de la Planification, Auguste Mbappe Penda, le Directeur général du Conseil National des Chargeurs du Cameroun (CNCC) ainsi que Philippe Camille Akoa, le Directeur général du FEICOM - n’est pas allée à Londres en demandeur de crédits d'urgence, mais en partenaire structuré en quête de capital-risque, de financements mixtes (blended finance), de garanties souveraines optimisées et de mécanismes d'ingénierie financière capables d'alléger la charge de la dette tout en maximisant l'impact sur la croissance réelle.

Fondamentaux macroéconomiques et appel à l'ingénierie privée

Pour convaincre une place financière Londonienne réputée pour sa rigueur et son aversion au risque non rémunéré, l'exécutif camerounais s'est appuyé sur une cartographie d'indicateurs macroéconomiques particulièrement solides : -Dynamisme résilient : Une croissance économique établie à 3,5 % en 2025, marquant une régularité remarquable pour la troisième année consécutive. - Diversification effective : Près de 98 % de l'activité économique globale est désormais portée par le secteur non pétrolier, illustrant la mutation progressive de l'appareil productif national. - Masse critique : Un Produit Intérieur Brut (PIB) nominal qui atteint le seuil historique de 34 474 milliards FCFA. - Marge de manœuvre budgétaire : Un ratio d'endettement public contenu à 43,7 % du PIB à la fin 2025, offrant un différentiel confortable face au plafond communautaire CEMAC fixé à 70 %. Cette discipline budgétaire vise un objectif précis : soutenir le financement colossal de la SND30, chiffré entre 88 000 et 89 000 milliards FCFA. L'État camerounais ne comptant pas porter seul cette charge, 45 % du montant total devra provenir des partenaires au développement et, surtout, du secteur privé international. Les chantiers prioritaires présentés aux investisseurs britanniques et internationaux couvrent l'ensemble du tissu industriel et infrastructurel : - L’énergie, adossée à un potentiel hydroélectrique dépassant les 12 GW ; - Les infrastructures de transport, l'agro-industrie et les mines ; - L'industrie manufacturière, le numérique, l'accès à l'eau et les réseaux urbains.


Souveraineté verte et finance durable aux projets bancables

L'autre pivot stratégique de cette offensive Londonienne repose sur l'alignement avec les exigences de la finance verte internationale. Fort de son Cadre de Financement Durable adopté en 2024, le Cameroun a détaillé son agenda d'émissions d'obligations vertes, sociales et durables (GSS Bonds). En intégrant 406 milliards FCFA de dépenses budgétaires favorables au climat pour la seule année 2026, le pays entend valoriser monétairement son dividende écologique et son rôle central dans le bassin du Congo. L'accès aux marchés carbone et aux fonds de transition constitue désormais un levier clé pour abaisser le coût moyen du capital L'initiative menée avec le CWEIC marque une rupture nette avec la promotion économique passive. La délégation camerounaise a affirmé son ambition d'accélérer la conversion des opportunités brutes en projets « bancables » (bankable projects), prêts à accueillir des capitaux de long terme avec des profils de risque partagés. En posant ses marques à Londres, le Cameroun ne cherche pas seulement à diversifier ses sources de financement hors des réseaux obligataires traditionnels : il ambitionne d'inscrire durablement sa signature sur la carte des flux financiers mondiaux à impact.

Mathieu Nathanaël NJOG

Journaliste d'Investigation, Grand Reporter & Analyste des Questions Economiques

 
 
 

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