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Les nouveaux jalons économiques portent sur des subventions de 160 milliards de FCFA du programme 2021-2027

il y a 22 heures
8 min de lecture

COOPÉRATION CAMEROUN - UNION EUROPÉENNE

Le Ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire, Alamine Ousmane Mey, a accordé le 11 septembre 2026 une audience inaugurale à la nouvelle Ambassadrice et Cheffe de la Délégation de l’Union européenne au Cameroun, S.E. Veronika Boskovic Pohar. Entre consolidation des 244 millions d’euros (environ 159,576 milliards de FCFA) de subventions du programme 2021-2027, offensive d’investissements structurants via l’initiative « Global Gateway » et réalignement sur l’Émergence 2035, les deux parties dessinent la trajectoire d'un partenariat renouvelé, axé sur l'impact social direct et la soutenabilité macroéconomique.


Il est des rites diplomatiques dont la sobriété apparente dissimule mal la densité des enjeux. L’installation officielle, le 02 septembre 2026, de Son Excellence Veronika Boskovic Pohar à la tête de la Délégation de l’Union Européenne (UE) en terre camerounaise s’inscrivait déjà dans cette logique de continuité institutionnelle. Mais c’est l’audience accordée neuf jours plus tard, le 11 septembre 2026 au Cabinet ministériel du Ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire (MINEPAT), qui est venue poser la charpente opérationnelle de sa mission à Yaoundé. Face à Alamine Ousmane Mey, grand argentier du développement et stratège des politiques d'investissement de l’État, la diplomate européenne n’est pas venue livrer un simple exercice de politesse protocolaire. Dans les arcanes du MINEPAT, les poignées de main d'usage ont rapidement laissé place à une immersion dans les dossiers chauds de la coopération bilatérale. La feuille de route est claire : il s'agit d'évaluer la trajectoire des engagements en cours, d’ajuster les aiguillages financiers et de projeter l'axe Bruxelles-Yaoundé vers des réalisations à fort impact social et économique.

Pour le Cameroun, engagé dans la mise en œuvre exigeante de sa Stratégie Nationale de Développement à l’horizon 2030 (SND30), l’UE ne représente pas un partenaire quelconque ; elle constitue le pilier historique de ses échanges extérieurs et le bailleur de fonds de premier plan pour ses grandes infrastructures. Cette rencontre inaugurale intervient à un tournant critique de la conjoncture internationale et sous-régionale. Entre chocs inflationnistes globaux, contraintes de soutenabilité budgétaire et impératifs de transition énergétique, la relation Cameroun-UE doit renouveler son vocabulaire. Le temps des aides au développement classiques s’efface progressivement au profit de partenariats stratégiques fondés sur le co-investissement, l’attractivité des capitalisations privées et la création de valeur locale. En accueillant S.E. Veronika Boskovic Pohar, Alamine Ousmane Mey entend marquer le territoire des exigences nationales : toute initiative future doit impérativement s'aligner sur les priorités souveraines de l'État, avec un retour sur investissement tangible pour le panier de la ménagère et l'emploi des jeunes.

 

Les plus de 160 milliards de FCFA sous la loupe de la performance

Au cœur du dialogue entre le MINEPAT et la diplomate européenne réside l’enveloppe globale de 244 millions d’euros (environ 160 milliards de FCFA) de subventions allouées au Cameroun pour le cycle 2021-2027. Si ce montant témoigne de la constance de l'engagement européen, sa consommation efficace et son orientation stratégique constituent le véritable juge de paix pour l'administration camerounaise. Loin de s'en remettre à une arithmétique auto-satisfaisante, les deux parties ont réaffirmé la nécessité de privilégier la performance des programmes sur le terrain. Cette programmation pluriannuelle, qui touche des domaines aussi vitaux que la gouvernance démocratique, le développement durable, l'inclusivité sociale et l'appui aux réformes institutionnelles, exige une vigilance constante dans sa chaîne d'exécution. Alamine Ousmane Mey n'a pas manqué de rappeler la vision du gouvernement camerounais : l'aide publique doit agir comme un levier catalytique, propre à attirer les capitaux privés et à réduire les disparités territoriales.

Les subventions européennes ne doivent plus se disperser dans des séminaires ou des études à répétition, mais s’incarner dans des chantiers physiques et des appuis directs aux acteurs économiques locaux. Pour S.E. Veronika Boskovic Pohar, l'enjeu est de démontrer l'agilité des mécanismes d'assistance de l'UE dans un environnement sous-régional concurrentiel. La réactivité des décaissements et la simplification des procédures d'octroi deviennent des impératifs d'efficacité. En remettant la question de l'impact direct au centre de l'audience du 11 septembre, les deux décideurs jettent les bases d'un audit permanent des performances. Il s'agit de garantir que chaque euro engagé à Bruxelles se traduise à Yaoundé, Garoua ou Douala par des avancées concrètes en matière d’adduction d’eau, d’électrification rurale, de routes de désenclavement et de renforcement des capacités institutionnelles.

 

Global Gateway et Nachtigal : Le flagship de la transition énergétique

Si la coopération conventionnelle assure la stabilité des projets sociaux, l'initiative Global Gateway incarne le nouveau bras armé de la diplomatie économique de l’Union européenne. Conçue pour rivaliser avec les grandes stratégies globales d'infrastructures, cette doctrine vise à mobiliser des investissements durables et de haute qualité technique dans la connectivité numérique, le climat, l'énergie et les transports. Au Cameroun, cette ambition trouve son illustration la plus spectaculaire dans le sous-secteur de l'électricité. Le projet d’aménagement hydroélectrique de Nachtigal, d’une capacité installée de 420 MW, s’impose comme la vitrine incontestable de ce partenariat réussi. Élevé au rang d'ouvrage modèle en Afrique centrale, le barrage de Nachtigal ne représente pas seulement une prouesse d'ingénierie financière et technique ; il est la clé de voûte de l'indépendance énergétique du pays.

En participant massivement au tour de table financier de cette infrastructure stratégique, l’Union européenne et ses institutions financières (à l'instar de la Banque européenne d'investissement) ont démontré leur capacité à porter des projets industriels de très grande envergure. Lors des échanges au Minepat, le dossier de l'énergie a occupé une place prépondérante. L'injection progressive des mégawatts de Nachtigal dans le Réseau Interconnecté Sud (RIS) offre de nouvelles perspectives pour le tissu industriel camerounais. Cependant, Alamine Ousmane Mey et S.E. Veronika Boskovic Pohar ont partagé le même constat : l'offre de production doit s'accompagner d'une modernisation des réseaux de transport et de distribution, afin d'éviter les goulots d'étranglement qui pénalisent les entreprises et les ménages. La prolongation de la doctrine Global Gateway vers les lignes de haute tension et l'électrification décentralisée dans les zones septentrionales et rurales constitue ainsi la nouvelle frontière de cette coopération énergétique.

 

Barrage de Nachtigal
Barrage de Nachtigal

La balance commerciale : 1 524 milliards de FCFA de dépendance positive ?

L'analyse de la relation UE-Cameroun ne saurait faire l'économie d'une lecture rigoureuse des flux commerciaux. Les chiffres publiés par l'Institut National de la Statistique (INS) pour l'exercice 2023 apportent un éclairage saisissant : les exportations camerounaises vers les pays de l'Union européenne ont atteint la somme de 1 524,6 milliards de FCFA. Ce volume colossal représente à lui seul 51 % des exportations totales du Cameroun dans le monde. Cette prédominance européenne dans le commerce extérieur camerounais masque toutefois une équation complexe que le MINEPAT cherche à résoudre : - Une concentration sur les matières premières : Les exportations restent largement dominées par les produits bruts ou très faiblement transformés, notamment le pétrole brut, le gaz naturel liquéfié, le cacao en fèves, le bois en grumes ou sciages, et l'aluminium. - La vulnérabilité aux cours mondiaux : Cette structure d'exportation expose l'économie nationale à la volatilité des prix des commodities et aux fluctuations monétaires. - L'impératif de l'Accord de Partenariat Économique (APE) : La montée en charge des démantèlements douaniers exige une hausse rapide de la qualité des produits camerounais pour soutenir la concurrence sur le marché communautaire européen. L'audience du 11 septembre a permis de poser le diagnostic : la dépendance commerciale vis-à-vis de l'UE doit se transformer en un levier d'industrialisation. Alamine Ousmane Mey a réaffirmé l'urgence de passer du statut d'exportateur de ressources brutes à celui de producteur de biens transformés. Pour l'UE, la conformité aux exigences environnementales et sociales de ses marchés (notamment les nouvelles réglementations sur la déforestation importée) impose d'accompagner techniquement et financièrement les filières camerounaises. Il ne s'agit plus seulement d'acheter du cacao ou du bois camerounais, mais d'aider le Cameroun à certifier, valoriser et fabriquer sur son sol des produits finis répondant aux standards internationaux les plus drastiques.

 

Du DACC au Fonds PROTO : La grande bataille de la transformation locale

En écho aux discussions stratégiques menées au MINEPAT, le secteur des Petites et Moyennes Entreprises (PME) apparaît comme le terrain d'application concrète du partenariat bilatéral. La transition récente marquée par les visites de courtoisie de l'Ambassadeur sortant, Jean-Marc Châtaigner, auprès du Ministre des PME, de l'Économie Sociale et de l'Artisanat (MINPMEESA), Achille Bassilekin III, a mis en lumière les dispositifs de soutien au secteur privé. Des programmes emblématiques tels que le Dispositif d’Appui à la Compétitivité du Cameroun (DACC) et le Projet d’Appui au Développement Écon omique par la Promotion des Chaînes de Valeur et de l’Initiative Privée (PAD-CV) ont tracé la voie. La feuille de route confiée à S.E. Veronika Boskovic Pohar prévoit d'amplifier ces acquis en ciblant le cœur du tissu productif national. L'attention se porte désormais sur des mécanismes d'innovation financière, à l'instar d'un accompagnement envisagé pour le Fonds de prototypage (Fonds PROTO). Cet outil novateur vise à combler le vide béant entre la recherche appliquée, l'invention artisanale et l'industrialisation commerciale, en permettant aux jeunes créateurs d’entreprises d'obtenir les fonds nécessaires à la validation technique de leurs innovations.

La stratégie d'import-substitution promue par le Gouvernement trouve ici un écho direct. Trois filières prioritaires concentrent désormais les attentes de cette coopération industrielle : - La transformation poussée du bois : Rompre définitivement avec l'exportation de grumes pour soutenir des unités d'ébonisterie, de menuiserie industrielle et de matériaux de construction en bois certifié. - La filière Coton-Textile : Revitaliser la chaîne de valeur du bassin septentrional, en transformant la fibre locale en textiles et vêtements prêts à l'emploi. - Le pôle Peaux et Cuir : Structurer les abattoirs et les tanneries artisanales ou semi-industrielles pour alimenter l'artisanat d'art et la maroquinerie nationale. L'enjeu ultime reste l'amélioration continue du climat des affaires. Comme l'ont souligné les représentants diplomatiques européens, l'efficacité des subventions et des programmes d'appui demeure tributaire d'un environnement réglementaire, fiscal et judiciaire prévisible. C'est à ce prix que l’initiative privée pourra libérer son potentiel créateur, générer des emplois décents pour la jeunesse et permettre au Cameroun de tirer le meilleur parti de l'ouverture des marchés scellée par l'APE.

 

L'épreuve du terrain pour le tandem Mey - Boskovic Pohar

L'entrée en fonction de S.E. Veronika Boskovic Pohar et son premier tête-à-tête avec Alamine Ousmane Mey ouvrent une séquence politique et économique chargée de promesses, mais bordée d'exigences opérationnelles. Au-delà des déclarations d'intention et des formules consacrées de la chancellerie, la réussite de ce nouveau mandat se mesurera à la capacité des deux parties à transformer les orientations financières en chantiers visibles et pérennes. Le Cameroun, engagé dans la consolidation de ses équilibres budgétaires et la quête d’une croissance durable, ne peut se contenter d’effets d’annonce. Le MINEPAT a clairement posé les jalons : les projets financés par l'Union européenne doivent répondre de manière chirurgicale aux priorités fixées par le Chef de l'État dans la SND30. Qu'il s'agisse de la souveraineté alimentaire, du développement des infrastructures de transport ou de l'accès universel à l'énergie, chaque programme devra présenter un ratio coût-bénéfice social irréprochable. Pour la Délégation de l'Union européenne à Yaoundé, le défi consiste à préserver le statut de partenaire privilégié dans un paysage africain en mutation rapide, où l'offre de financement s'est diversifiée et complexifiée. En misant sur la valeur ajoutée de ses normes environnementales, sur la puissance de frappe du Global Gateway et sur un soutien ciblé au secteur privé local, l'UE tente de prouver la pertinence de son modèle. L'audience du 11 septembre 2026 n'était que le premier chapitre d'un récit d'action : celui d'une coopération bilatérale appelée à prouver, jour après jour et chantier après chantier, qu'elle demeure un moteur central de la modernisation du Cameroun.

Mathieu Nathanaël NJOG

 
 
 

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