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Genève prend la mesure du naufrage démocratique camerounais avec le verrouillage de l’espace civique

il y a 19 heures
5 min de lecture

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CAMEROUN

À Genève, lors de la 63ème session du Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies, l’ONG Un Monde Avenir et ses partenaires associatifs dressent un réquisitoire implacable contre la dérive autoritaire du pouvoir de Yaoundé. Entre verrouillage institutionnel, condamnations judiciaires rocambolesques, arrestations arbitraires et tortures en cellule, l'engagement civil et politique subit un nettoyage méthodique au pays de Paul Biya.

Philippe Nanga, Coordonnateur d'Un Monde Avenir participant au 63è Conseil des Droits de l'Homme des Nations Unies
Philippe Nanga, Coordonnateur d'Un Monde Avenir participant au 63è Conseil des Droits de l'Homme des Nations Unies

La tribune de Genève est souvent le dernier refuge des voix étouffées. En cette 63ème session du Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies, les diplomates et observateurs internationaux ont assisté à la présentation d’un tableau saisissant. L’Association pour le Développement Social et la Participation Citoyenne (Un Monde Avenir - 1MA), ONG dotée du statut consultatif spécial auprès de l’ECOSOC et observatrice auprès de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, y a porté la parole des opprimés. Sous la plume de son Coordonnateur Philippe Nanga, l’Organisation non gouvernementale dénonce sans détours ce qu'il convient d'appeler un verrouillage en règle de l'espace civique au Cameroun. Bien que l’État camerounais soit partie prenante à de multiples conventions internationales et régionales garantissant les libertés fondamentales, le constat sur le terrain est affligeant : musellement systématique, harcèlement administratif et criminalisation systématique de la contestation politique et sociétale.


La démocratie confisquée : Quand les lois réinventent la succession et l'élection

Le coup de grâce porté aux velléités d'alternance démocratique au Cameroun a pris une forme législative. Le 14 avril 2026 restera gravé comme un jour noir pour le suffrage universel. Ce jour-là, le Président de la République a promulgué deux textes d'une gravité inédite. La première loi, révisant la Constitution, ouvre la porte à une transmission du pouvoir non choisie par le peuple, permettant à une personnalité désignée en cours de mandat de se hisser au sommet de l’État. La seconde, modifiant l'article 170 du Code électoral, octroie au Chef de l’État le pouvoir d'étendre indéfiniment le mandat des Conseillers municipaux. Ces manœuvres juridiques dépouillent le citoyen camerounais de son droit constitutionnel et universel d'élire librement ses dirigeants lors d'échéances périodiques, sincères et équitables. Le souverainété primaire est purement et simplement écarté de l'équation républicaine. Genève prend la mesure du naufrage démocratique camerounais

L'asphyxie administrative des OSC et la farce judiciaire contre le REDHAC

Pour couper toute tête qui dépasse, le régime s'attaque aux structures. L’ONG Un Monde Avenir elle-même subit cette asphyxie : depuis 2021, la demande de renouvellement de son agrément, exigée par le Ministère de l’Administration Territoriale (MINAT), reste bloquée dans les tiroirs ministériels malgré des relances incalculables. La loi de 1999 prévoit pourtant une reconduction tacite après cinq ans, mais l'administration préfère maintenir les défenseurs des droits humains dans une insécurité juridique permanente. Le cas du Réseau des Défenseurs des Droits Humains en Afrique Centrale (REDHAC) illustre le cynisme ambiant. Suspendu arbitrairement pour trois mois en décembre 2024 par l'Administration Territoriale, le siège du REDHAC est resté scellé pendant dix mois, ne rouvrant que le 6 octobre 2025. Mais le scandale s'est poursuivi devant le Tribunal de Première Instance (TPI) de Douala-Bonanjo. Accusées de « rébellion et bris de scellés », la Co-PCA et la Directrice Exécutive ont traîné leur peine pendant 14 renvois. Lors de la 15ème audience du 21 septembre 2026, la sentence tombe : Me Alice Nkom, figure emblématique du Barreau du Cameroun et de la défense des droits humains, est condamnée à un an de prison avec sursis, 500 000 FCFA d'amende et 62 100 FCFA de dépens. Une hérésie juridique au regard de l'article 191 du Code pénal, car les scellés initiaux n'avaient jamais fait l'objet d'une procédure légale ou judiciaire.

Salle des travaux du 63è Conseil des Droits de l'Homme des Nations Unies
Salle des travaux du 63è Conseil des Droits de l'Homme des Nations Unies

La prison pour un commentaire Facebook : Le drame de Patrick Mengue


Dans ce Cameroun sous surveillance, la liberté d'expression s'arrête là où commence la paranoïa du pouvoir. Le 11 avril 2026, le jeune Patrick Mengue est enlevé à Yaoundé par des agents sans mandat. Gardé au secret pendant un mois au Secrétariat d’État à la Défense (SED), il est présenté au Procureur de la république puis expédié à la prison centrale de Yaoundé - Kondengui. Son crime ? Avoir partagé la publication d'un lanceur d'alerte relative au décès de l'ancien Président du Sénat, assortie d'une prière ironique : « Seigneur, tu te rapproches déjà de la cible, encore un effort s'il te plaît ». Le 26 juillet 2026, la justice le frappera d'une peine de six mois de prison ferme pour « outrage au Chef de l'État ».

Torture en cellule Gendarmerie : L'enfance martyrisée de Willy Taboola Owona

L'arbitraire n'épargne même pas les mineurs. Le 11 juin 2026, Taboola Owona Willy, 17 ans à peine, est embarqué de force par les Gendarmes à la Compagnie de Ndonbong sous le prétexte d'un prétendu mandat d'amener. Auditionné sans Avocat, l'adolescent subit un calvaire au fond de sa geôle : coups de machette sur la plante des pieds, traitements inhumains, cruels et dégradants. Victime d'une grave infection suite à ces actes de barbarie, le jeune Willy ne doit son salut qu'à la prompte réaction de l'ONG Un Monde Avenir, qui obtiendra sa libération in extremis le 18 juin 2026.

Tribunaux militaires et détentions secrètes : La justice d'exception pour les civils

Le recours systématique à la justice militaire contre les civils constitue une autre dérive alarmante. L’assassinat non élucidé d’Achille Simo Fokam (50 ans), abattu par balle le 29 octobre 2025 à Bilonguè par un élément des forces de défense, témoigne d'une impunité crasse. Malgré les saisines formelles du Tribunal Militaire, de la DGSN et du SED, l'enquête s'est enlisée, laissant une famille endeuillée sans justice ni réparation. Autre figure du cauchemar judiciaire : Abassi Djoubaierou, enlevé le 24 décembre 2024 à Ngaoundéré, séquestré 3 mois au SED sans contact extérieur, puis jeté en détention provisoire. Malgré une demande d’habeas corpus introduite en juin 2025 devant le Tribunal de Grande Instance du Mfoundi, la procédure piétine de renvoi en renvoi sous prétexte de « mise en état du dossier », le maintenant indéfiniment au cachot. Enfin, le traumatisme de la crise post-électorale d’octobre 2025 pèse lourdement. Plus de 2 000 civils, dont 50 mineurs et des personnalités politiques majeures telles que Ludovic Daga, Parfait Aloys Mbvoum Mbvoum et Djeukam Tchameni, croupissent toujours à Kondengui. Accusés de rébellion, attroupement ou défaut de CNI, ils défilent au ralenti devant les juridictions militaires de Douala, Yaoundé, Bafoussam ou Garoua.

L’appel de Genève d’Un Monde Avenir pour sauver ce qui reste de liberté

Face à ce sombre bilan, Philippe Nanga et ses partenaires ont soumis au Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies une série de recommandations fermes : -Commission d'enquête indépendante : Exiger de l’État du Cameroun la création d’une instance neutre pour traduire en justice les auteurs et commanditaires des violations post-électorales. - Libération immédiate : Mettre un terme aux arrestations arbitraires et libérer tous les prisonniers politiques des crises post-électorales de 2018 et 2025. - Annulation des réformes antidémocratiques : Adopter une résolution contraignant le pouvoir exécutif à renoncer à la succession de gré à gré via la Vice-présidence et à réviser la prorogation indéfinie des mandats électoraux. - Protection des militants : Interpeller le gouvernement sur l'obligation stricte de protéger les défenseurs des droits humains et leurs organisations. Le message délivré depuis la Suisse est limpide : le Cameroun ne peut continuer à étouffer sa jeunesse et sa société civile sans que la communauté internationale ne tire la sonnette d'alarme.

Mathieu Nathanaël NJOG

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