L'art du grand écart entre rigueur budgétaire et piège de la dette, la feuille de route de Washington pour éviter le crash économique
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Cameroun – FMI
Après deux semaines de conclave sous les lambris dorés du ministère des Finances à Yaoundé, la mission du Fonds monétaire international conduite par Christine Dieterich a rendu sa copie le 30 septembre 2026. Derrière le langage feutré de la diplomatie financière, le verdict est sans appel : le Cameroun paie le prix fort des dérapages de l’année électorale 2025. Entre impératif de resserrement budgétaire, gouffre des subventions aux carburants et dette étouffante, le régime de Paul Biya se retrouve contraint à une cure de sobriété. Analyse d’un tête-à-tête où l’orthodoxie économique se heurte aux réalités d'une gouvernance à bout de souffle.

Le décor était planté. D'un côté, la délégation du Fonds monétaire international (FMI), menée avec fermeté par Christine Dieterich. De l'autre, Yaouba Abdoulaye, Ministre délégué auprès du Ministre des Finances, flanqué de l'état-major du Ministère de l’Economie, de la planification et de l’Aménagement du Territoire (MINEPAT), des émissaires du Premier Ministère et de la Présidence de la République. Pendant quatorze jours, la technocratie camerounaise et les experts de Washington ont épluché les comptes de la nation. Et le tableau dépeint lors de la restitution du 30 septembre 2026 ne prête guère à la complaisance. L’année 2025, marquée par l’incertitude et la fièvre de l’élection présidentielle d’octobre, s'est soldée par une nette détérioration des indicateurs macroéconomiques. Les chiffres parlent avec une cruauté mécanique : le déficit budgétaire global s'est dégradé de 1,5 % du PIB en 2024 à environ 2 % en 2025. Pire encore, le déficit primaire hors pétrole a littéralement explosé pour atteindre 2,6 % du PIB, soit presque le double de la cible initiale fixée à 1,4 %. Ce glissement de terrain financier s'explique par le cocktail classique des périodes préélectorales sous les tropiques : une contre-performance flagrante des recettes non pétrolières, jumelée à un emballement incontrôlé des dépenses courantes. Le choc post-électoral d’octobre 2025 est venu parachever la bérézina, grippant les rouages du commerce, des services et des investissements. Résultat des courses : la croissance s’est tassée à 3,1 %, bien en deçà des ambitions affichées.
Les exigences de Washington : La purge avant le crédit
Pour la mission du FMI, le temps de la récréation est définitivement clos. Même si cette mission ne conditionne pas un décaissement immédiat, le Programme Economique et Financier (PEF) s’étant achevé en juillet 2025, les recommandations de l’institution de Bretton Woods sonnent comme un ultimatum catégorique avant toute nouvelle concrétisation financière. Pour redresser la barre, le FMI exige de Yaoundé un traitement de cheval articulé autour de quatre axes prioritaires : - Une maîtrise draconienne de la dépense publique et un nettoyage méthodique des niches fiscales inefficaces. - Le ciblage chirurgical des subventions aux carburants et à l'énergie, jugées budgétivorement insoutenables et socialement régressives. - La limitation stricte du recours à l’endettement, en veillant particulièrement à l'abaissement du coût du service de la dette. - La restructuration transparente des entreprises publiques (SONARA, CAMWATER, CAMTEL), véritable panier percé de l'État. Le FMI ne s’y trompe pas : les fleurons du portefeuille étatique, étranglés par des créances croissantes, épuisent les caisses publiques à coups de recapitalisations répétées sans jamais produire de valeur ajoutée. L'institution conditionne désormais toute bienveillance future à des plans de redressement débarrassés des scories de la gestion politique.

Subventions et fiscalité : Le casse-tête de la soutenabilité
C'est sur le terrain des subventions aux carburants que le bras de fer s'annonce le plus délicat pour le pouvoir de Yaoundé. Alors que le FMI presse le gouvernement d'accélérer la sincérité des prix à la pompe, l'exécutif craint l'étincelle sociale. La recommandation formulée par Christine Dieterich appelle à une transition vers un « ciblage protecteur » des populations vulnérables, une pirouette sémantique pour désigner la fin progressive du soutien généralisé aux prix des hydrocarbures. Parallèlement, la question de la collecte fiscale remet sur la table les défaillances structurelles du modèle camerounais. Le Fonds exige un élargissement réel de l'assiette fiscale. Cela passe obligatoirement par la rationalisation de la TVA et, surtout, l'intégration progressive du secteur informel, ce géant économique qui échappe presque intégralement à l'impôt tout en faisant vivre la majorité des citoyens. L'objectif affiché par le budget 2026 de ramener le déficit à 1,7 % du PIB est salué par les experts de Washington comme un « resserrement adéquat ». Mais sur le terrain, cette discipline imposée ressemble fort à un funambulisme budgétaire où chaque arbitrage manqué peut fragiliser le corps social.
Le spectre du piège de la dette et la face sombre des rentes
Au-delà de la rigueur budgétaire, le Cameroun fait face à un défi systémique majuscule : la soutenabilité de sa dette souveraine. L'ère des crédits non productifs, contractés au fil de négociations de gré à gré à des taux prohibitifs pour financer des éléphants blancs ou des dépenses de fonctionnement, touche à sa fin. Le FMI exhorte le pays à privilégier exclusivement des emprunts concessionnels et à approfondir sa présence sur le marché régional. Mais le rapport du FMI (n°26/81) soulève un lièvre encore plus encombrant : la gouvernance opaque du secteur extractif. Alors que le déficit courant menace de se creuser à 3,9 % du PIB à l'horizon 2029 sous le coup de la baisse des volumes d'exportation de brut, la gestion des revenus pétroliers continue d'alimenter les critiques. Le constat dressé conjointement avec la Banque Mondiale pointe du doigt la persistance de mécanismes parallèles : revenus pétroliers non déclarés et subsistance de caisses noires gérées en dehors de tout contrôle parlementaire ou budgétaire classique. Une opacité institutionnalisée qui compromet la crédibilité de la parole publique et sape l'impact des politiques de développement.

L'urgence des infrastructures : Le dilemme des choix stratégiques
Si le FMI intime l'ordre de couper dans les dépenses inutiles, il identifie néanmoins des secteurs critiques où le désinvestissement serait suicidaire : l'électricité et les infrastructures routières. Le Cameroun ne pourra prétendre à une croissance inclusive tant que son tissu industriel demeurera asphyxié par les délestages chroniques et que ses bassins de production agricole resteront enclavés. La feuille de route dressée à l'issue de cette mission du 30 septembre 2026 impose une refonte complète de la chaîne de planification et d'exécution des investissements publics. Chaque franc CFA investi devra désormais faire la preuve de sa rentabilité économique et sociale. L’équation posée à Yaoundé est complexe : comment financer des routes et des barrages sans aggraver le déficit ni souscrire de nouvelles dettes toxiques ? La réponse réside dans la capacité de l'État à assainir le climat des affaires pour offrir des garanties au secteur privé et faciliter son accès au crédit, une autre des réformes de fond exigées par les institutions de Bretton Woods.
Arrêter de vivre au-dessus de nos moyens : Le courage de la vérité
En clôturant leurs travaux ce 30 septembre 2026, la mission du FMI et la partie camerounaise ont réaffirmé leur volonté de poursuivre un dialogue structuré. Mais au-delà de la rhétorique feutrée des communiqués officiels, le message adressé au Cameroun, et à travers lui à l'ensemble des pays d'Afrique subsaharienne, est d'une clarté limpide : l'heure de la responsabilité a sonné. On ne peut durablement financer un train de vie étatique fastueux, entretenir des entreprises publiques moribondes et masquer des dérapages électoraux par le recours compulsif à la dette extérieure. Le resserrement budgétaire validé pour 2026 ne doit pas être perçu comme un diktat subi depuis Washington, mais comme un sursaut de souveraineté indispensable. Le Cameroun dispose d'atouts économiques incontestables et d'une résilience avérée. Il lui reste à faire la preuve qu'il sait transformer des recommandations d'experts en un véritable contrat de gouvernance éclairée. Sans cette rupture systémique, le pays continuera de danser au bord du précipice financier, pris au piège d'une dette stérile et d'une croissance confisquée
Mathieu Nathanaël NJOG
Journaliste d'Investigation, Grand Reporter & Analyste Spécialisé et des Enjeux et Questions Economiques


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