Le MINEE et le FMI passent au scanner sans complaisance des urgences électriques du Cameroun
ÉLECTRICITÉ
Dans le cadre de l’évaluation de la trajectoire macroéconomique du Cameroun, le Ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a accordé le 21 septembre 2026 une audience capitale à la mission du Fonds Monétaire International (FMI) conduite par Christine Dieterich. Loin du simple protocole, ce rendez-vous crucial a permis de disséquer sans complaisance les faiblesses structurelles et les leviers de redressement du secteur électrique. Entre risques hydrologiques, goulets d'étranglement dans le transport, pertes d'exploitation et envolée de la demande industrielle, le Gouvernement a exposé sa feuille de route pour sortir l’économie camerounaise de l'étau énergétique.

Le ballet diplomatique et financier entre le gouvernement camerounais et les institutions de Bretton Woods passe irrémédiablement par le prisme de l’énergie. Le 21 septembre 2026, au Ministère de l’Eau et de l’Énergie (MINEE), les civilités ont rapidement laissé place aux exigences de la vérité technique et financière. Autour du Ministre Gaston Eloundou Essomba, le Secrétaire général du MINEE et la haute chaîne des responsables des structures techniques du secteur ont fait face à l'équipe du FMI dirigée par Christine Dieterich, Cheffe de mission pour le Cameroun. À l'ordre du jour : un diagnostic exhaustif du secteur de l’électricité. Production, régularité de la fourniture, intégrité des réseaux de transport et de distribution, hémorragie des pertes techniques et commerciales, viabilité financière du secteur et adéquation de l'offre face à une demande en forte accélération... Aucun sujet tabou n'a été éludé. Face aux interrogations précises du bailleur de fonds sur l'efficience des deniers publics et la stabilité financière de l'écosystème, la tutelle s'est employée à fournir des repères factuels, sans masquer les vulnérabilités existantes. Sur le terrain de la qualité de service, le diagnostic ministériel part d'un constat lucide : la fourniture d’électricité demeure émaillée de coupures qui pèsent lourdement sur le quotidien des ménages et l’activité économique. Toutefois, les données accumulées mettent en lumière une courbe d'amélioration progressive, portée par les chantiers de consolidation du réseau engagés ces dernières années. Les efforts se concentrent prioritairement sur la maintenance curative et préventive des réseaux de transport, le relèvement des capacités de transformation dans les postes névralgiques et la sécurisation des artères de distribution. Le chantier le plus emblématique de cette modernisation physique reste sans doute l'éradication progressive des fragilités structurelles de la distribution. Sur un parc national évalué à environ 1,5 million de supports en bois dont la vétusté et la pourriture constituent l'un de tous premiers facteurs de rupture de courant, le Gouvernement a engagé la grande transition vers le béton. Une première phase d'envergure, financée avec l’appui décisif de la Banque Mondiale, vise le remplacement imminent de 50 000 poteaux en bois par des structures en béton armé à travers les dix régions du pays. Le cap est clair : priorité absolue est donnée aux lignes d'ossature, ces colonnes vertébrales du réseau qui acheminent le courant vers les grands bassins de population.
Nachtigal et le goulet de transport : le facteur hydrologique au centre des débats
Symbole des ambitions industrielles du pays, la centrale hydroélectrique de Nachtigal a naturellement été au centre des discussions. Le Ministre Eloundou Essomba a tenu à apporter un éclairage précis sur sa situation opérationnelle. Si les équipements de production de la centrale sont parfaitement fonctionnels et prêts à tourner, l'infrastructure se heurte à une contrainte physique majeure : la disponibilité de la ressource en eau. La saisonnalité et les variations hydrologiques de la Sanaga ne permettent pas, lors de certaines fenêtres temporelles, de mobiliser la totalité de la puissance installée. Un paramètre qui rappelle avec acuité le poids critique du risque climatique et hydrologique sur la sécurité énergétique nationale. Au-delà de la production, la problématique de l'évacuation de l'énergie demeure le véritable nœud gordien. Si l’électricité produite à Nachtigal alimente désormais sans encombre la capitale politique, Yaoundé, la bataille décisive se joue désormais sur l'axe menant vers Douala, véritable cœur économique et poumon industriel du pays. Pour désenclaver la métropole économique, la finalisation du corridor de transport dédié est érigée en priorité absolue. Lors de cette séance de travail avec le FMI, les responsables ont affirmé que les chantiers sur ces liaisons haute tension affichent des taux d'avancement décisifs. Les entreprises adjudicataires ont reçu des instructions fermes pour accélérer le cadencement des travaux, avec une ligne rouge infranchissable : l'opérationnalité complète du corridor d'évacuation vers Douala avant la fin de l'année 2026. En parallèle, le dossier des pertes d'énergie qu'elles soient d'origine technique ou commerciale (fraudes et comptage défaillant) a fait l'objet d'un examen minutieux. La résorption de cette évaporation énergétique est indispensable pour rétablir l'équilibre financier de la filière, et repose sur un triptyque strict : modernisation des réseaux, rigueur dans l'entretien et tolérance zéro face au vol d'énergie. Leur réduction passe par la modernisation des infrastructures, un entretien rigoureux et un renforcement de la lutte contre les branchements anarchiques.

Anticiper l'explosion de la demande : le plan de riposte du Gouvernement
Le dernier axe majeur de cette concertation de haut niveau a porté sur l'adéquation prospective entre l'offre et la demande. Les projections présentées à la délégation du FMI ne laissent aucun doute : la demande nationale en électricité connaît une croissance exponentielle, tirée simultanément par la démographie urbaine et les besoins pressants des nouveaux projets industriels. Pour éviter l'asphyxie et combler le déficit de transition, l'exécutif déploie un ensemble de solutions à court et moyen termes. Au premier rang de ces mesures d'urgence figure un programme d'énergie solaire de 200 MW à déploiement rapide, conçu pour injecter de la capacité immédiate dans le Réseau Interconnecté. Parallèlement, des opérations de réhabilitation lourde et de jouvence sur les centrales thermiques et hydroélectriques existantes doivent permettre de récupérer plusieurs dizaines de mégawatts aujourd'hui indisponibles. Enfin, à Kribi, le Gouvernement entend capitaliser sur les ressources gazières locales pour procéder à l'extension des capacités de la centrale thermique à gaz. Cet ensemble d'arbitrages vise un objectif stratégique : garantir un approvisionnement continu pour les ménages, tout en offrant aux investisseurs industriels une énergie compétitive, stable et abondante, condition sine qua non de la transformation structurelle de l'économie camerounaise. Au terme de cet exercice d'évaluation, la mission du FMI repart avec une vision clarifiée des réalités du terrain, mesurant l'ampleur des contraintes tout comme la cohérence des chantiers engagés par le Cameroun pour bâtir sa souveraineté énergétique.
Voir plus grand : de la couverture nationale à l'exportation sous-régionale
L’axe le plus prospectif des échanges a porté sur l'urgence d'anticiper la demande future. Les projections présentées au FMI confirment une croissance soutenue des besoins, tirée par l'urbanisation et l'industrialisation. Mais le Gouvernement entend désormais changer d'échelle : l'enjeu ne se limite plus à combler le déficit national, mais à bâtir une offre surabondante capable d'alimenter les pays voisins de la sous-région CEMAC. Le Cameroun ambitionne en effet de concrétiser sa vocation de géant énergétique régional, notamment à travers le projet d'interconnexion des réseaux électriques du Cameroun et du Tchad (PIECT), ainsi que l'approvisionnement potentiel des zones frontalières du Nigeria, du Gabon ou du Congo. Pour soutenir cette vision ambitieuse, plusieurs réponses immédiates et à moyen terme ont été exposées : - Un programme solaire d’urgence de 200 MW, conçu pour apporter rapidement de la capacité additionnelle et sécuriser le réseau de manière décentralisée. - La réhabilitation lourde des installations existantes, afin de récupérer les capacités de production actuellement indisponibles. - L’extension de la centrale thermique à gaz de Kribi, exploitant la ressource gazière locale pour renforcer la base ruban du réseau. En intégrant cette dimension sous-régionale, le gouvernement camerounais démontre que l'investissement dans le kilowatt/heure n'est pas seulement une dépense d'infrastructure locale, mais un levier de croissance économique et d'intégration sous-régionale à fort potentiel d'exportation. Au terme de cet exercice d'évaluation, la mission du FMI dispose d'une feuille de route précise : le Cameroun s'attelle à régler ses contraintes techniques immédiates tout en positionnant son réseau électrique comme le futur moteur énergétique de l'Afrique centrale.
André Som N.

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