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L’attente d’un pseudo-deal modèle sur le papier menace de sacrificier 9 000 familles

Dernière mise à jour : il y a 24 minutes

SOSUCAM

Entre velléités de souveraineté tardive, paranoïa bureaucratique et signaux catastrophiques envoyés aux investisseurs nationaux, le blocage par Yaoundé de la vente de la SOSUCAM par le géant Castel à un consortium camerounais vire au vaudeville industriel. Récit d’un gâchis annoncé au pays de l’éternel retournement de veste, qui repousse ses propres enfants.

Au Cameroun, la comédie du pouvoir adore les décors sucrés. Mais ces jours-ci, du côté de Mbandjock et de Nkoteng, l’odeur de la canne à sucre a le goût amer des rendez-vous manqués et des contradictions étatiques. La scène se joue à guichets fermés. D’un côté, le Groupe SOMDIAA, filiale du géant français Castel, cherche poliment la porte de sortie après des années de bons et loyaux services dans la rhétorique du développement. Désireuse de solder sa participation majoritaire (82 %) pour tourner la page, l'entreprise veut surtout éviter de financer la prochaine campagne sucrière, dont l’échéance presse à grands pas. De l'autre côté, un consortium d’investisseurs locaux guidé par l’homme d’affaires Joseph Pagop Noupoué avec en embuscade des figures aguerries de la haute finance internationale comme William Nkontchou se montre prêt à poser 138 milliards de FCFA sur la table et à injecter 210 millions d’euros (environ 137,34 milliards de FCFA) d'investissements. Inspiré du modèle sénégalais, ce plan prévoyait la modernisation de l'outil industriel et la sécurisation de près de 9 000 emplois locaux sans coûter un centime au contribuable. Mieux encore : à trois mois des récoltes, alors que le cédant français n'a plus aucune envie d'allonger les billets pour financer les intrants, cette reprise offrait l'assurance d'une transition de gré à gré, pragmatique et souveraine.


Les potentiels repreneurs camerounais combattus pour des raisons fallacieuses
Les potentiels repreneurs camerounais combattus pour des raisons fallacieuses

Le réveil tardif du Moloch administratif

Sur le papier, cette cession avait tout du scénario parfait et de la belle histoire patriotique, celle que les communicateurs de l'Émergence aiment raconter lors des banquets diplomatiques. C’était compter sans la fébrilité du pouvoir central. Alors que les cédants français et les repreneurs nationaux actaient leur entente, le Premier ministère est brutalement sorti du bois pour hausser le ton et imposer un coup de frein. Le 25 août dernier, un « Comité Stratégique de Pilotage » a été dépêché sur les sites de Mbandjock et Nkoteng, gelant immédiatement la transaction pour décortiquer le dossier pendant six longs mois. Motif invoqué avec des trémolos dans la voix : la SOSUCAM serait un joyau « stratégique », l’État étant propriétaire des terres et garant de la souveraineté alimentaire du pays. L’argument prête à sourire tant il détonne avec l’historique du dossier. Où était cette méticuleuse vigilance domaniale lorsque les leviers du sucre national étaient abandonnés des décennies durant à des intérêts étrangers ? Comment expliquer que le pavillon national devienne une menace lorsqu’il est hissé par des citoyens camerounais, alors qu’il ne posait aucun problème de conscience tant qu’il restait dans le giron d’un groupe multinational ? Quelle ironie mémorable ! Quand le groupe français gouvernait le sucre national, la souveraineté dormait du sommeil des justes. Mais au moment où des enfants de la diaspora et du terroir proposent de remettre la main sur l'outil de production, la bureaucratie découvre soudain la valeur patrimoniale de la terre de Mbandjock. On se pince pour y croire.

Arbitrage poussif du Premier Ministère
Arbitrage poussif du Premier Ministère

Le double discours sur l’effort patriotique et L’urgence du terrain 

Ce blocage en dit long sur la schizophrénie du climat des affaires à Yaoundé. Dans les enceintes internationales comme dans les forums économiques, le discours officiel multiplie les appels du pied lyriques à la diaspora et aux champions nationaux pour qu’ils réinvestissent au pays. Mais dès que des acteurs privés locaux mobilisent des fonds considérables pour acquérir un fleuron industriel, s'émanciper des tutelles historiques et dépasser les réseaux de rente habituels, la machine administrative se dresse pour leur barrer la route. Sous couvert d'expertises stratégiques et de comités exploratoires, la haute bureaucratie préfère hésiter, laissant planer la rumeur d’autres repreneurs régionaux comme le groupe nigérian Dangote. En agissant de la sorte, l’État installe le doute, décourage les vocations et envoie un signal délétère : au Cameroun, la réussite financière des enfants du pays effraie davantage qu’elle ne rassure. Pendant que les commissions siègent et que les rapports s’empilent dans les bureaux ministériels, l’horloge industrielle continue de tourner. La campagne agricole n’attend pas la fin des arbitrages administratifs : le capital s’impatiente, et les 9 000 familles qui vivent directement de la canne retiennent leur souffle. En paralysant l’opération pour un semestre, les autorités prennent le risque calculé d’asphyxier l’entreprise et de briser la dynamique d’un secteur déjà sous tension. Le gouvernement n’affirme pas sa puissance : il étale ses hésitations et transmet le pire des messages aux marchés. À quoi bon inciter les forces vives du pays à bâtir des empires chez elles si c'est pour leur dresser des barrages de police administrative au premier tournant ? Dans cette affaire, la SOSUCAM risque bien d’être le théâtre d'une nouvelle défaite industrielle, sacrifiée sur l'autel des calculs d'appareil. Il est grand temps que les décideurs comprennent qu’on ne bâtit pas une économie forte sur le rejet de ses propres investisseurs.

Mathieu Nathanaël NJOG

Journaliste d'Investigation, Grand Reporter & Analyste des Enjeux Économiques

 
 
 

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