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L’onction de la panique au Sérail et l’illusion d’un sabotage électoral dénoncées par l’opposition

il y a 21 heures
6 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 51 minutes

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SUSPENSION DU FSNC

En signant, le 27 octobre 2026, l’arrêté portant suspension pour une durée de trois mois des activités du Front pour le Salut National du Cameroun (FSNC), le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a remis au goût du jour la mécanique bien huilée du couperet administratif. Motifs invoqués : appel à l’insurrection, atteinte à l’intégrité nationale, troubles graves à l’ordre public. Mais sous le vernis du droit et de l'ordre républicain, cette mesure, prise à la veille de la convocation du corps électoral pour les législatives et municipales de 2027, trahit la fébrilité d’un régime agonisant. Entre indignation multipartite, boycott déjà acté et risposte politique du Grand-Nord, analyse d’une manœuvre administrative qui risque fort de se retourner contre ses propres artificiers.



C’est une ritournelle que les observateurs de la vie politique camerounaise connaissent par cœur. À chaque veille d’échéance électorale majeure, le sérail politique active son levier de neutralisation favori : la sanction administrative disciplinaire. Le prétexte est toujours prêt, soigneusement empaqueté dans le vocabulaire sécuritaire. Ce mardi 27 octobre 2026, l’épée de Damoclès est tombée sur le Front pour le Salut National du Cameroun (FSNC) d’Issa Tchiroma Bakary. Le ministre de l’Administration territoriale (MINAT), Paul Atanga Nji, a paraphé un arrêté qui interdit toute activité du parti sur l’ensemble du territoire national pour une durée de trois mois. Le catalogue des griefs égrainé par la chancellerie de l’intérieur frise la surenchère : appel à l’insurrection, atteinte à l’intégrité territoriale et à l’unité nationale, incitation à la violence ayant occasionné des destructions de biens, troubles graves à l’ordre public, sans oublier la présence à l’étranger de l’un des dirigeants statutaires. Pourtant, le calendrier interroge. Pourquoi suspendre aujourd'hui un parti pour des faits supposés remontant à la suite de la présidentielle d'octobre 2025 ? La coïncidence temporelle n'a rien d'un hasard. À la veille du verrouillage des dossiers de candidature pour les législatives et municipales prévues au début de l'année 2027, la manœuvre saute aux yeux : il s’agit de purger le champ électoral, de créer une insécurité juridique autour des listes concurrentes et d’isoler toute force capable de perturber le confort du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC).


L'étincelle Tchiroma : la hantise du fantôme de l'UPC

Pour comprendre la panique qui s'est emparée des états-majors du pouvoir de Yaoundé, il faut remonter quelques jours plus tôt, au 12 octobre 2026. Lors de son adresse à la nation marquant l'an un de l'élection présidentielle contestée de 2025, Issa Tchiroma Bakary lâchait une phrase qui a fait l'effet d'un séisme dans les corridors du palais d'Étoudi : « Et plus qu’une promesse, je fais le serment devant vous toutes et tous, que j’utiliserai sans exception TOUS les moyens possibles et nécessaires pour faire respecter le choix du peuple souverain ». Cette déclaration a ravivé chez les stratèges du régime le spectre lancinant des contestations historiques. Comme le souligne avec pertinence l’avocat et homme politique Me Christian Bomo Ntimbané, Yaoundé s’est engouffré dans une posture réflexe en s’inspirant de la législation coloniale et de l’interdiction de l’UPC en 1956. Le régime craint un regain de mobilisation populaire qu’il espérait avoir définitivement éteint par la répression, la lassitude et le temps. Mais suspendre le FSNC pour éteindre le feu de la contestation relève d'une profonde méconnaissance des dynamiques sociologiques actuelles. En tentant de museler une voix perçue par une frange majeure de la population comme détentrice d'une légitimité issue des urnes de 2025, le pouvoir ne fait que renforcer l'aura de victime politique de son adversaire, transformant une sanction administrative en un brevet de résistance.

 

Quand le pouvoir interdit un parti qui boycottait déjà

Il y a dans la décision du MINAT une dimension quasi surréaliste que n'a pas manqué de relever la direction du FSNC. Par la voix de son secrétaire général par intérim, Moussa Firissou, le parti a qualifié cette suspension de « grossière mise en scène » et de « non-événement ». La raison de ce mépris affiché est simple : au lendemain du scrutin présidentiel d'octobre 2025, le FSNC avait formellement acté son retrait de tout le processus électoral à venir afin de ne plus cautionner ce qu'il qualifiait de « simulacres démocratiques ». Interdire d'activité pendant trois mois un parti politique qui s'était déjà retiré de son propre chef des joutes électorales relève de l'absurdité bureaucratique. Cette gesticulation trahit la précipitation d'un appareil d'État qui frappe à l'aveugle, prisonnier de ses propres automatismes répressifs. Pour les militants de la première heure, à l'instar de Joseph Espoir Biyong, l'arrêté ministériel glisse sur le cuir tannée de la conviction : « Les suspensions, les manipulations, cela n'engage que ceux qui leur accordent du crédit. Je reste accroché à une seule chose : l'espoir que la vérité des urnes sera rétablie. Le Cameroun est éternel, les hommes passent ».


Une opposition en ordre dispersé, mais une indignation convergente

Si la mesure visait à isoler le FSNC, elle a au contraire provoqué une onde de choc au sein des formations de l’opposition, révélant une inquiétude partagée quant à l'asphyxie programmée du pluralisme. Même sans front commun formalisé, les réactions convergent vers le même constat : la dérive autoritaire. - La ligne dure du MP3 et du MANIDEM : Le Mouvement Patriotique pour la Prospérité du Peuple (MP3) a immédiatement qualifié l'arrêté d'acte exclusivement politique et d'atteinte grave aux libertés fondamentales, appelant à l'arbitrage du Premier ministre. Le MANIDEM, de son côté, dénonce une « embuscade politique » destinée à pavoir le boulevard électoral au RDPC. - Le légalisme interrogatif de l'UDC : Tomaïno Ndam Njoya et l'Union Démocratique du Cameroun s'interrogent sur la nature réelle de cette décision : s'agit-il d'une mesure conservatoire ou d'une peine administrative déguisée visant à neutraliser des candidatures dérangeantes ? - L'appel à l'apaisement du PCRN : Cabral Libii et le PCRN, tout en réaffirmant leur attachement à l'ordre public, ont invité Paul Atanga Nji à reconsidérer son arrêté au nom de la paix sociale, tout en demandant à Issa Tchiroma de maintenir le cap de la participation républicaine. - La dénonciation des juristes et alliés : De Maître Alice Nkom parlant d'un « signe de fin de règne » aux cadres du MRC exigeant la levée immédiate des sanctions, le diagnostic est unanime : l'instrumentalisation de l'administration à des fins partisanes fragilise durablement le pacte national.

Le boomerang politique du « Tout sauf le RDPC » dans le Grand Nord

C'est peut-être là le plus grand angle mort du calcul politique du MINAT. En croyant asphyxier le FSNC, le pouvoir central pourrait bien avoir accéléré la recomposition politique qu'il redoutait le plus, notamment dans la partie septentrionale du pays. Dans le Grand-Nord, fief historique du FSNC et bassin électoral déterminant, la sociologie politique obéit à des codes subtils où la patience, la loyauté et la dignité occupent une place centrale. L'opinion publique locale interprète cette suspension comme une humiliation de trop. Comme le souligne l'analyste Danga Wokreo (Le Fils du Soleil), la rupture comportementale est consommée : lorsque l'abus de confiance devient systémique, le refus des populations sahéliennes devient catégorique et définitif. L'interdiction temporaire du FSNC crée mécaniquement un pont d'alliance reportée. Elle offre un boulevard au Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) et aux autres forces du changement déjà implantées sur le terrain. Les militants du FSNC, frustrés d'appareil légal, sont désormais naturellement incités à faire alliance avec les structures partagées lors de la présidentielle de 2025. Un slogan sourd commence déjà à unifier les départements du Nord, de l'Adamaoua et de l'Extrême-Nord pour les scrutins couplés à venir : « Tout, sauf le RDPC dans les urnes ».

Le piège de l’autoritarisme à l’ère des transitions

L’arrêté du 27 octobre 2026 restera comme une illustration parfaite du vertige d'un système politique arrivé au terme de sa logique d'appareil. En voulant fermer administrativement la porte du jeu électoral au FSNC, le ministère de l'Administration territoriale n'a réussi qu'à faire la démonstration de sa propre fragilité. On ne suspend pas des idées par arrêté ministériel, pas plus qu'on ne neutralise un désir d'alternance profondément ancré dans la conscience populaire par des interdictions temporaires de réunion. En politique, le bannissement administratif crée souvent les martyrs d'aujourd'hui et les vainqueurs de demain. Le temps des artifices s'épuise, et le peuple camerounais, silencieux mais observateur, attend l'heure du bilan. Les hommes passeront, mais la vérité politique, elle, finira par s'imposer.

Mathieu Nathanaël NJOG

Journaliste d’Investigation, Grand Reporter & Analyste des Enjeux et Questions Electorales et Politiques

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